Cinq jours d’intérim comme PM p.i : Shakeel Mohamed serein à la Primature 

• Sous le signe de la continuité, sérénité et stabilité politiquement assumée
La désignation de Shakeel Mohamed comme Premier ministre par intérim, depuis le 14 avril 2026, à la faveur du déplacement de Navin Ramgoolam en République du Congo, n’aura duré que cinq jours. Mais cette courte séquence aura suffi à placer le ministre du Logement et des Terres, numéro trois du gouvernement, au cœur de l’appareil d’État, dans un rôle aussi symbolique que stratégique.
Dès les premières heures de son intérim, Shakeel Mohamed a donné le ton. Pas de rupture ni de démonstration d’autorité excessive, mais une volonté affichée de s’inscrire dans la continuité. Dans ses premières déclarations, il évoque une mission qu’il entend accomplir avec « sérénité et stabilité », tout en confiant avoir sollicité « courage et vision » pour être à la hauteur de la responsabilité. Un registre à la fois institutionnel et personnel, destiné à rassurer autant qu’à affirmer sa légitimité.
Sur le fond, l’intérim s’est traduit par une prise en main classique, mais active des dossiers. En sa qualité de chef du gouvernement par intérim, il a assuré la coordination de l’action ministérielle, supervisé les dossiers urgents et représenté l’exécutif dans ses engagements officiels. Mais au-delà de la gestion courante, Shakeel Mohamed a également tenu à marquer le terrain.
Il s’est notamment rendu à Yemen pour suivre un projet d’infrastructure routière majeur : la mise en place d’une route de contournement de 8 kilomètres destinée à désengorger la région de Tamarin. Une visite qui illustre sa volonté de rester ancré dans les réalités concrètes, fidèle à son approche de proximité avec la population.
Prix des carburants politiquement assumée
Sur le plan économique, il a été amené à se prononcer sur une question sensible : celle des prix des carburants. Dans un contexte international incertain, il a clairement indiqué qu’aucune baisse immédiate des taxes n’était envisagée, invoquant la nécessité de préserver les équilibres économiques et la compétitivité du pays. Une position prudente, mais politiquement assumée.
L’intérim a également comporté un volet diplomatique. Shakeel Mohamed a ainsi reçu l’ambassadeur d’Arabie saoudite, Fayez Meshel Altemyat, pour évoquer notamment l’encadrement médical des pèlerins mauriciens en vue du Hajj. Une rencontre qui témoigne de la continuité des relations bilatérales, même en période de suppléance.
Par ailleurs, lors d’une intervention publique à Ébène, à l’occasion du lancement d’un ouvrage, il a élargi son discours en abordant des enjeux de fond. Il a notamment insisté sur la nécessité d’une construction nationale inclusive, tout en évoquant la poursuite des réformes, dont celle du système électoral.
Mais au-delà des actions et des déclarations, cet intérim aura surtout été observé comme un moment de test politique. Shakeel Mohamed lui-même n’a pas éludé certaines réalités, reconnaissant qu’il restait « beaucoup de travail et de l’ordre à mettre » dans certains secteurs, en référence implicite à des dysfonctionnements passés.
Naturellement, cette exposition au sommet de l’État a ravivé les spéculations sur son avenir. Certains y voient un galop d’essai en vue d’une éventuelle promotion, notamment au poste de Deputy Prime Minister. Interrogé sur ce point, l’intéressé est resté mesuré, rappelant que toute décision relève exclusivement du Premier ministre.
Au final, cette suppléance, bien que brève, aura permis à Shakeel Mohamed de démontrer sa capacité à occuper les plus hautes fonctions, sans heurts ni excès, dans un style marqué par la retenue et la continuité. Un passage éclair, mais politiquement révélateur.

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