TOUR D’HORIZON : Une accalmie fragile avec une crise globale en toile de fond

Comme prévu, Maurice, qui peinait à sortir de la crise économique latente et qui s’évertuait à redresser la situation économique, est aujourd’hui frappée de plein fouet par les effets néfastes des tensions et de la guerre au Moyen-Orient. Après la hausse du coût de l’électricité, de l’eau, du pain et du diesel, nous avons eu droit jeudi à une hausse sensible du prix de l’essence. Selon le ministre Sik Yuen, ce n’est pas fini, car une nouvelle hausse du prix de l’essence semble inévitable.
Le consommateur écorché se demande à quel saint se vouer et ce que vaut encore notre roupie. Les premières victimes sont celles qui se trouvent au bas de l’échelle et qui ne comptent que sur les autorités gouvernementales pour les aider à garder la tête hors de l’eau. Plusieurs voix se sont élevées pour demander si, pour une période temporaire, les droits d’accises sur certains produits de base pouvaient être suspendus. Ces demandes ont été rejetées sans façon.
Derrière cette inflation généralisée se cache une réalité plus profonde. Le renchérissement du carburant, l’augmentation du coût des fertilisants et les pressions croissantes sur le secteur énergétique traduisent une vulnérabilité structurelle face aux chocs extérieurs. Nous sommes totalement dépendants des importations de l’étranger. Souhaitons que les efforts déployés par le ministre de l’Énergie pour économiser l’énergie et pour diversifier les sources énergétiques donnent des résultats.
À cela s’ajoute une autre inquiétude : les signes de fragilité dans l’industrie touristique, pilier de l’économie mauricienne, avec la hausse des coûts des billets d’avion et les difficultés d’accès à des régions clés comme Dubaï. On se demande pourquoi avoir pris autant de temps pour s’ouvrir à d’autres hubs aériens, dont Addis-Abeba. L’industrie aérienne est affectée par les incertitudes internationales.
Sur le plan politique, après plusieurs semaines de turbulences, la crise au sein du Mouvement militant mauricien (MMM) semble avoir cédé la place à une période plus calme. La démission de Paul Bérenger de toutes les instances de son parti a marqué un tournant, ouvrant une nouvelle séquence où celui-ci s’est repositionné dans les rangs de l’opposition sans toutefois occuper le poste de leader, pour les raisons qu’il a expliquées à plusieurs reprises : le refus d’être perçu comme un opportuniste et le poids de l’âge.
La recomposition politique se met en place graduellement. Paul Bérenger annonce que la création de son mouvement politique prendra le temps qu’il faudra. Il se propose de jeter les bases à travers un programme qui doit être rendu public lundi pour faire revivre l’esprit militant. Les députés du MMM au sein du gouvernement continuent leurs activités politiques à travers les instances de leur parti.
Le fonctionnement politique et parlementaire a retrouvé une certaine normalité. Cette accalmie est telle que le Premier ministre Navin Ramgoolam peut se permettre de se rendre à Brazzaville pour assister à l’investiture de son vieil ami, Denis Sassou-Nguesso. Espérons que cette visite se révélera utile en termes de networking avec les pays africains, dont l’Angola, qui est un exportateur de produits pétroliers. Dans tous les cas, le déplacement du chef du gouvernement a permis de booster l’image publique de Shakeel Mohamed, qui occupe pour la toute première fois le poste de Premier ministre suppléant.
Sur le plan international, l’annonce d’un cessez-le-feu entre Israël et le Liban et l’ouverture annoncée des discussions entre les États-Unis et l’Iran laissent entrevoir une accalmie. Mais ces accords et négociations restent entourés d’incertitudes et de conditions, notamment la sécurisation du détroit d’Ormuz, artère vitale du commerce pétrolier mondial. Une initiative a été lancée par Emmanuel Macron et Keir Starmer pour dessiner les contours d’une mission de sécurisation du détroit d’Ormuz une fois que les combats seront terminés.
Les annonces politiques – y compris celles des chefs d’État – doivent être prises avec prudence. Si des déclarations évoquent un accord ou une désescalade, la réalité sur le terrain évolue à grande vitesse, souvent en décalage avec les engagements affichés. Nous en savons quelque chose avec les Chagos. À ce propos, l’ancien Foreign Secretary Vijay Makhan fait la remarque suivante : « Un droit reconnu peut-il être différé au point de devenir négociable ? Si la réponse est oui, alors ce n’est pas seulement Maurice qui est concernée. C’est la crédibilité même du droit international qui se trouve en cause. »

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Jean Marc Poché

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