Paul Bérenger a quitté le MMM  : Le déchirement d’une vie  d’une vie! La fin d’un cycle?

• Une rupture revendiquée au nom des principes
La démission de Paul Bérenger du Mouvement Militant Mauricien (MMM) dépasse largement le cadre d’un simple départ politique. Elle marque la rupture définitive entre un homme et le parti qu’il a fondé en 1969 et façonné pendant plus d’un demi-siècle.À ses côtés, sa fille Joanna Bérenger ainsi que Chetan Baboolall ont également quitté le MMM, actant une sortie collective lourde de sens . Ensemble, ils ont officialisé leur décision dans une lettre commune adressée au secrétaire général du parti, scellant une séparation désormais irréversible.Ce départ, qualifié de « déchirement » par Paul Bérenger lui-même, constitue un événement majeur qui reconfigure profondément le paysage politique mauricien.
Dans son message, Paul Bérenger insiste sur le poids de cette décision, qu’il présente comme l’aboutissement d’un long cheminement. Il évoque « plus de cinquante années d’engagement » et rappelle le rôle historique du MMM dans les luttes pour les droits des travailleurs, l’élargissement des libertés et le renforcement des institutions démocratiques .
Mais il dénonce surtout une dérive du parti, pointant « des pratiques que nous avons combattues hier », un manque de rigueur dans l’action gouvernementale et un éloignement des engagements pris devant l’électorat. Le maintien du MMM au sein du gouvernement, sans conditions ni garanties, apparaît comme la ligne de fracture décisive.
« Rester au pouvoir ne doit jamais être une finalité », martèle-t-il, affirmant partir « sans renier l’histoire », mais avec la conviction de rester fidèle à ses principes.
Au MMM, entre tristesse, reproches et volonté de tourner la page
La réaction du MMM est à la fois empreinte d’émotion et de fermeté. Le président du parti, Reza Uteem, se dit « triste »  mais regrette surtout que Paul Bérenger ait « choisi de ne pas écouter la voix des militants » . Il rappelle que les instances du parti — comité central et assemblée des délégués — avaient clairement validé le maintien au gouvernement.
Dans la même ligne, le secrétaire général Rajesh Bhagwan évoque un « moment difficile » pour la famille militante, tout en soulignant un sentiment d’abandon ressenti par les bases du parti. Il insiste sur la nécessité de poursuivre le combat politique dans le cadre de l’Alliance du Changement, notamment pour faire aboutir la réforme électorale grâce à une majorité renforcée .
Le MMM revendique ainsi une continuité, affirmant que le départ de son leader historique ne remet pas en cause ses structures ni ses objectifs. Un leadership collégial est appelé à prendre le relais, en attendant une éventuelle recomposition interne.
Respect et interrogations dans la classe politique
Pour nombre d’analystes, cette démission était devenue inéluctable. L’ancien ministre Jean-Claude de l’Estrac estime que Paul Bérenger était « condamné à démissionner », pris en étau entre une majorité interne favorable au maintien au pouvoir et sa propre position politique .
Il souligne également le paradoxe d’un leader historique tenté par la reconstruction d’un nouveau parti à un stade avancé de sa carrière, dans un paysage politique déjà saturé.
D’autres voix évoquent une « fin de cycle » pour les partis traditionnels. L’idée d’une recomposition profonde du paysage politique mauricien revient avec insistance, certains estimant que cette rupture dépasse largement le cadre du MMM.
Les réactions extérieures oscillent entre respect pour le parcours de Paul Bérenger et interrogation sur l’avenir. Plusieurs figures politiques reconnaissent l’ampleur de son engagement, tout en soulignant la portée historique de ce départ.
Certains parlent d’« un livre qui se ferme », insistant sur l’impossibilité de dissocier Bérenger du MMM. D’autres y voient un signal de fragilité structurelle du parti, estimant que le départ simultané de plusieurs figures importantes révèle des tensions internes profondes .
La question de la relève revient avec insistance : le MMM peut-il se réinventer sans son leader historique ? Et, inversement, Paul Bérenger peut-il reconstruire une nouvelle force politique dans un contexte aussi concurrentiel ?
Une page se tourne, une autre reste à écrire
Loin de se retirer, Paul Bérenger annonce déjà la création prochaine d’un nouveau mouvement politique. Il appelle à un rassemblement autour de valeurs qu’il estime aujourd’hui trahies, affirmant que « le combat continue » .
Avec Joanna Bérenger et Chetan Baboolall, il siègera désormais sur les bancs de l’opposition, ouvrant une nouvelle phase de confrontation politique.
Au final, cette démission consacre une double rupture : celle d’un homme avec son parti, et celle d’un parti avec son fondateur.
Elle marque surtout la fin d’une époque où le MMM et Paul Bérenger ne faisaient qu’un.
Ce qui s’ouvre désormais est une période d’incertitude, mais aussi de recomposition. Une nouvelle bataille politique commence — sans garantie de succès — mais avec, pour Bérenger, la volonté affichée de rester fidèle à ce qu’il a toujours été.

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