« Une sanction doit avoir une proportionnalité. Celle-ci est un coup de massue ». Aux côtés du leader de l’opposition et du député Uteem, Nando Bodha s’inquiète de l’avenir de la démocratie parlementaire. Pour cause, quatre députés de leur côté de la Chambre ont été expulsés de l’hémicycle suite à une question sur l’ambassadeur, Showkutally Soodhun, ancien président du MSM.

Trois d’entre eux pourraient être tenus hors de l’hémicycle jusqu’à août, s’ils ne présentent pas d’excuses sans condition, comme réclamé par le Speaker, Sooroojdev Phookeer, ancien membre du MSM.

« Il y a peut-être une stratégie derrière », a ajouté Nando Bodha face à la presse, convoquée vers 18h à l’issue des travaux parlementaires. Cette sanction « peut être appliquée envers d’autres députés de l’opposition, qui ne pourra alors plus jouer son rôle pleinement ».

Persona non grata.

Plus tôt au parlement, soit après la pause-déjeuner, le Speaker devait faire une annonce. La question du député Assirvaden, sur le rôle de Showkutally Soodhun auprès de l’Arabie Saoudite, sera retirée du hansard et des enregistrements vidéos des travaux parlementaires.

La semaine dernière, le député de l’opposition avait demandé lors d’une Private Question au ministre Alan Ganoo : « Est-ce qu’on peut savoir du ministre si l’ambassadeur Soodhun est déclaré persona non grata aux Émirats Arabes Unis? »

« I consider the interrogation of Honourable Assirvaden unfounded and misplaced, and puts the Republic of Mauritius in embarassing situation vis-à-vis United Arab Emirates », a déclaré le Speaker cette semaine.

Et d’ajouter : « Par les pouvoirs qui me sont conférés sous le Standing Order 77, j’ordonne que cette interrogation soit retirée du hansard et des enregistrements vidéos ».

Le député Assirvaden tente de loger un Point of Order, mais se fait aussitôt rabrouer par le Speaker. S’en suivent des commentaires virulents des députés de l’opposition, qui ne comprennent une telle décision du représentant de la Chambre.

Quatre députés de l’opposition, Paul Bérenger, Patrick Assirvaden, Arvin Boolell et Rajesh Bhagwan, sont expulsés et la séance est suspendue.

« Koz mem koze ».

Les députés du PTr Assirvaden et Boolell traversent le portail donnant sur la Place d’Armes et s’avancent au devant de la presse en dehors de l’hémicycle.

« Le Speaker est biaisé », taxe Arvin Boolell. « Ce n’est pas la première fois qu’il agit de cette façon. Il est supposé être fiercely independent ».

« Il dit exactement ce que dit (Showkutally) Soodhun », poursuit Patrick Assirvaden. « Li pe vinn koz mem koze ki Soodhun pe koze dan so bann video ».

Le député souligne que la réponse donnée par Alan Ganoo la semaine dernière n’était « pas assez claire ». D’où, dit-il, le communiqué émis par le ministère des Affaires étrangères deux jours après.

Ladite communication informe que Showkutally Soodhun n’agit plus comme ambassadeur avec résidence en Arabie Saoudite, mais comme « roving ambassador » avec résidence dans l’île. Car, il « would be in a better position to coordinate with all stakeholders with respect to crucial projects ».

« Nous voulons savoir ce qu’il adviendra de notre bureau et de notre résidence à Riyad! », soutient Arvin Boolell. « Pour quelles raisons est-il devenu ‘roving ambassador’? »

Soutenant que les raisons derrière cette décision sont bien plus graves que précisé dans le communiqué, Arvin Boolell estime que « cela démontre que la personne désignée (…) n’a pas d’autorité morale pour être ambassadrice ».

Pressions.

Au même moment au parlement, le Premier ministre et leader du MSM, Pravind Jugnauth, présente trois motions secondées par le Deputy Prime Minister, Steven Obeegadoo.

Trois députés de l’opposition, à savoir Paul Bérenger, Rajesh Bhagwan et Arvin Boolell, sont expulsés « of today’s sitting and for the rest of the session unless unreserved apologies are tendered to the house ».

Une motion acceptée par la majorité et approuvée par le Speaker.

« On what kind of ground are they suspended », demande en vain le député Shakeel Mohamed, seul sur le Front Bench du PTr après l’expulsion de ses camarades de parti.

« Nous condamnons fortement ce qui s’est passé », soutiendra le leader de l’opposition, Xavier-Luc Duval, en conférence de presse post-travaux parlementaires.

« Ce qu’il y a de plus grave, c’est que le Speaker n’a pas permis (à Patrick) de soulever un Point of Order », a poursuivi le député Reza Uteem, assis à ses côtés. « Le Speaker est régi par les Standing Orders. Or, il a décidé de lui-même de ne pas écouter le Point of Order ».

Il ajoute : « Ces trois parlementaires d’expérience peuvent manquer les débats sur le Budget, sur les projets de loi, et ne pourrons poser de Private Questions ».

Pour Nando Bodha, « il est clair qu’il y a des pressions de quelque part pour faire ça ».

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