À Mahébourg, Rezistans ek Alternativ — La stèle citoyenne réinstallée

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Six ans jour pour jour après la marée humaine qui avait déferlé sur Mahébourg à la suite du naufrage du MV Wakashio, le mouvement Rezistans ek Alternativ (ReA) est retourné sur les lieux symboliques de la résistance citoyenne. Entre la réinstallation de la plaque commémorative et l’ouverture des consultations publiques de la commission de révision constitutionnelle, la formation de gauche entend transformer le souffle populaire de 2020 en réformes institutionnelles concrètes.
C’est un lieu chargé d’histoire et d’émotion militante qui a servi de cadre, hier, à la conférence de presse de Rezistans ek Alternativ. Présidée par Natacha Magradja, entourée notamment d’Ashok Subron, Dany Marie, Sébastien Sauvage et Veena Dholah, la rencontre marquait une double étape : la réinstallation de la stèle citoyenne dédiée à l’élan populaire de 2020 et le lancement d’une vaste campagne civique autour du Constitutional Review Commission Bill.
Prenant la parole, David Sauvage a salué le retour de la plaque commémorative, fruit d’un travail collectif avec les artisans et les habitants de la région. Rappelant la portée du message gravé, « Merci Maurice », l’intervenant est revenu sur l’épopée de ce front de mer transformé, à l’époque, en véritable usine populaire. En défiant l’arrêté interdisant l’accès à la zone côtière par un acte délibéré de désobéissance civile, les Mauriciens avaient fabriqué des kilomètres de bouées artisanales pour contenir les hydrocarbures là où l’appareil d’État avait failli.
Pour le porte-parole de ReA, cette prise en main collective portait déjà en elle les germes d’une refonte démocratique majeure. La marche historique du 12 septembre 2020 dans les rues du village côtier, qui avait rassemblé près de cent mille personnes, avait dépassé la simple indignation écologique pour exiger des ruptures structurelles. Selon David Sauvage, six années d’engagement ont permis d’inscrire ces exigences civiques dans le programme de gouvernement de l’Alliance du Changement, aboutissant aujourd’hui au vote de la loi et à l’ouverture des consultations publiques jusqu’au 28 octobre prochain.
S’appuyant sur les dispositions de l’article 4 du projet de loi constitutionnelle, l’orateur a passé en revue les chantiers prioritaires que les citoyens doivent s’approprier. Il s’agit en premier lieu de graver dans le marbre fondamental les droits économiques, sociaux et culturels, ainsi que la protection accrue des personnes en situation de handicap. L’actualité récente a également rappelé l’impératif démocratique de consacrer le droit à la vie privée, érigé en bouclier indispensable face aux dérives d’écoutes de masse révélées par l’affaire dite « Misie Moustas ».
La justice environnementale et collective figure au cœur des revendications portées par ReA. David Sauvage a fustigé le fait que l’intérêt public demeure « l’enfant pauvre » du système judiciaire mauricien, rappelant le rejet par la Cour suprême des recours intentés au nom des sinistrés du Wakashio faute de mécanismes adéquats. Le mouvement réclame ainsi l’introduction formelle des recours collectifs (class actions) et la reconnaissance constitutionnelle des droits de la nature. Une telle démarche viserait à reconnaître chaque citoyen comme un gardien bienveillant de son patrimoine naturel et à subordonner les impératifs économiques à la préservation des zones écologiquement sensibles.
Sur le plan de la gouvernance et de la redevabilité politique, ReA plaide pour l’inscription des valeurs de paix, de justice et de liberté issues de l’hymne national, la régularité intangible des scrutins municipaux et villageois, la loi anti-transfugisme et l’instauration du droit de révocation des élus (right to recall). S’y ajoutent la transparence du financement des partis politiques, la création d’un comité indépendant pour les nominations aux hautes fonctions publiques, la sanctuarisation de l’indépendance du Directeur des poursuites publiques (DPP) et la mise en place d’une cour d’appel ainsi que d’une division constitutionnelle au sein de la Cour suprême.
David Sauvage a conclu en lançant un appel vibrant à la société civile, aux universitaires, aux syndicats et à la jeunesse. Déclarant qu’il s’agit désormais de confectionner des « bouées démocratiques » pour sauver les institutions comme la population avait tressé des barrages contre le fioul lourd, il a invité les citoyens à un premier grand atelier de réflexion et de partage le 24 septembre prochain, à 17 heures, dans la salle du conseil municipal de Port-Louis.
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