Amiante dans les Ex-CHA/EDC : Vingt ans de rapports, des recommandations, mais toujours l’attente d’une solution durable

·       La députée du Fron Militan Progresis (FM) Joanna Bérenger, ex-Junior Minister à l’Environnement, interpelle le gouvernement sur le suivi des recommandations déjà soumises par le comité qu’elle présidait à cet effet

Le dossier des maisons ex-CHA et EDC contenant de l’amiante est revenu au centre du débat public avec l’annonce de la mise en place d’un nouveau comité interministériel chargé d’examiner la situation des familles concernées. Mais cette relance soulève également une question politique : qu’est-il advenu des recommandations déjà formulées par un précédent comité interministériel mis en place sur le même sujet ?

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Au-delà des débats administratifs, la réalité demeure inchangée pour des milliers de Mauriciens qui vivent encore dans des logements construits il y a plus de soixante ans et contenant des matériaux dont les risques sanitaires sont aujourd’hui largement reconnus.

Plus de 1 500 logements encore occupés

Les chiffres officiels montrent l’ampleur du problème. Construits dans les années 1960 sur 59 sites à travers le pays, 3 113 logements ex-CHA et EDC contiennent des plaques en amiante-ciment, principalement dans les murs. Une enquête menée en 2022 par la NHDC, la Solid Waste Management Division (SWMD) et le ministère du Logement a confirmé que 1 560 de ces unités existaient encore, la grande majorité étant toujours occupée.

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Après plus de six décennies d’exposition aux intempéries, les matériaux se dégradent progressivement. Si l’amiante présente peu de risques lorsqu’il demeure intact, il peut libérer des fibres dangereuses lorsqu’il devient friable. Ces fibres sont associées à plusieurs maladies graves, notamment certains cancers et des affections respiratoires chroniques.

Pour de nombreuses familles, cette situation est d’autant plus difficile qu’elles n’ont jamais choisi les matériaux utilisés dans la construction de leur maison. Ces logements ont été bâtis par l’État avant d’être vendus à leurs occupants à partir de 1990.

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La nécessité d’une intervention publique n’est pas nouvelle. Le rapport du Dr Sibartie en 2006, celui de la Truth and Justice Commission en 2011 ainsi que le rapport annuel 2017-2018 de l’Ombudsperson for Children ont tous recommandé une action prioritaire en faveur des habitants des Ex-CHA et EDC, notamment les enfants, les personnes âgées et les familles les plus vulnérables.

Le gouvernement avait lui-même reconnu l’ampleur du défi en prévoyant une enveloppe de Rs 800 millions dans le Budget 2022-2023 pour la reconstruction d’environ 1 800 logements. Pourtant, les progrès sur le terrain restent limités. Depuis 2015, seulement 224 maisons ont été démantelées et la SWMD ne reçoit qu’une douzaine de demandes volontaires par an pour l’enlèvement de l’amiante.

Joanna Bérenger : « Les recommandations existent déjà »

C’est sur ce constat que s’appuie aujourd’hui Joanna Bérenger, qui avait présidé un premier comité interministériel lorsqu’elle occupait les fonctions de Junior Minister auprès du ministre de l’Environnement Rajesh Bhagwan. Selon elle, ce comité avait déjà mené de nombreuses consultations avec les ministères concernés, les organismes publics et les représentants des habitants, notamment Rajni Lallah et d’autres militants engagés depuis longtemps sur ce dossier. Des recommandations avaient ensuite été soumises au gouvernement.

Parmi les propositions avancées figuraient un démantèlement progressif des logements contenant de l’amiante, une priorité accordée aux familles vulnérables, un recours accru aux programmes de logements sociaux pour le relogement des occupants ainsi qu’une approche plus souple dans les cas où les problèmes successoraux empêchent toute intervention.

Aujourd’hui dans l’opposition, Joanna Bérenger affirme ne pas contester la création d’un nouveau comité interministériel. Elle s’interroge toutefois sur le sort réservé au travail déjà accompli. « Cela fait la deuxième ou la troisième fois que je vois dans la presse qu’on parle de ce nouveau comité interministériel, mais il n’est jamais fait mention du comité qui existait déjà ni des recommandations qui avaient été soumises », souligne-t-elle.

Un échange révélateur avec Shakeel Mohamed

L’ancienne Junior Minister rappelle également avoir récemment interpellé à l’Assemblée nationale le ministre du Logement et des Terres, Shakeel Mohamed, sur la responsabilité de l’État envers les familles vivant encore dans ces maisons. Selon elle, lorsqu’elle lui avait demandé si l’État ne devait pas proposer une alternative aux occupants de logements contenant de l’amiante, le ministre avait dans un premier temps rejeté l’idée que ces maisons puissent être considérées comme « toxiques ».

Joanna Bérenger estime toutefois que son discours a ensuite évolué. « Une semaine plus tard, il est revenu avec une communication beaucoup plus ouverte et montrant davantage de bonne volonté. J’étais ravie de voir cette évolution », affirme-t-elle. Pour elle, cette évolution renforce justement la nécessité de s’appuyer sur les recommandations déjà formulées plutôt que de repartir de zéro.

Une question également posée par Anabelle Savabaddy

Les interrogations de Joanna Bérenger rejoignent celles de la députée Anabelle Savabaddy, dont les interventions parlementaires ont largement contribué à remettre ce dossier à l’agenda politique.

Cette dernière a elle aussi demandé quelles suites avaient été données aux recommandations du premier comité interministériel. La question est devenue centrale : les travaux déjà réalisés serviront-ils de base aux nouvelles démarches engagées par le gouvernement ?

Le gouvernement, pour sa part, est confronté à des difficultés réelles. Les contraintes financières demeurent importantes malgré les fonds annoncés. De nombreuses familles ne disposent pas des moyens nécessaires pour reconstruire leur logement après le retrait de l’amiante.

S’ajoutent à cela les problèmes de succession. Dans de nombreux cas, les propriétaires sont décédés, les héritiers sont multiples ou introuvables, et les titres de propriété n’ont jamais été régularisés.

En 2022, le ministère du Logement avait sollicité un avis de l’Attorney General’s Office. Celui-ci a confirmé que l’enlèvement de l’amiante ne pouvait généralement être entrepris qu’avec l’accord des propriétaires ou héritiers légalement identifiés. Cette exigence constitue aujourd’hui l’un des principaux freins à une intervention à grande échelle.

L’attente des habitants

Pour les familles concernées, le débat dépasse désormais les questions administratives et politiques. Les risques sont connus. Les rapports existent. Les recommandations ont été formulées à plusieurs reprises. Pourtant, plus de vingt ans après les premiers avertissements officiels, des milliers de personnes continuent de vivre dans des logements dont la dégradation progresse année après année.

La véritable question n’est donc plus de savoir s’il faut agir, mais comment accélérer la mise en œuvre de solutions concrètes. C’est sur cette capacité à transformer les engagements, les études et les recommandations en actions tangibles que sera finalement jugée la réponse de l’État à l’un des plus anciens dossiers de santé publique et de logement encore en suspens à Maurice.

 

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