Environ 80 participants étaient réunis en fin de semaine à Balaclava dans le cadre d’un atelier consacré aux prévisions météorologiques fondées sur les impacts et aux actions à entreprendre. L’objectif consiste à améliorer la préparation aux catastrophes et la communication des risques climatiques afin de mieux protéger la population, les infrastructures et les moyens de subsistance.
Face aux risques croissants liés au changement climatique, Maurice entend mieux anticiper les phénomènes météorologiques extrêmes et leurs conséquences. C’est dans cette optique que l’atelier de trois jours consacré à l’initiative WISER ActionFirst™ a été lancé, mercredi matin, en présence du ministre de l’Environnement, de la Gestion des déchets solides et du Changement climatique, Rajesh Bhagwan.
Organisée par les Mauritius Meteorological Services (MMS), la rencontre réunit des représentants des services d’urgence, des collectivités locales, des organisations non gouvernementales et de la société civile. Parmi les personnalités présentes figurent le haut-commissaire britannique à Maurice, Paul Brummell, l’ambassadeur du Japon, Masahiro Kan, le directeur par intérim des MMS, le Dr Prithiviraj Booneeady, la directrice du bureau régional pour l’Afrique de l’Organisation Météorologique Mondiale (OMM), la Dr Agnes L. Kijazi, ainsi que la responsable régionale Afrique de WISER ActionFirst™, Fionne Marshall.
Le ministre Bhagwan a dressé un tableau préoccupant de la vulnérabilité du pays. « Nous figurons parmi les pays les plus exposés aux aléas naturels, et tous nos indicateurs climatiques sont dans le rouge », a-t-il averti. La montée du niveau de la mer et l’érosion côtière figurent parmi les principales menaces. Les chiffres présentés par le ministre confirment que le niveau de la mer augmente de 4,7 mm par an à Maurice et de 5,8 mm à Rodrigues, contre une moyenne mondiale de 3,3 mm. Environ 37 mètres de plage ont également été perdus au cours de la dernière décennie. Une étude sur les risques côtiers réalisée par son ministère en juin 2025 indique que plus de 13 000 bâtiments côtiers sont actuellement exposés aux risques de submersion. Ce nombre pourrait doubler d’ici à 2050, tandis que certaines plages pourraient perdre jusqu’à 50 mètres. Le port de Port-Louis, seul port du pays, est lui aussi très vulnérable et nécessitera d’importants investissements en brise-lames et en dragage.
Les conséquences du changement climatique se font aussi sentir sur la santé publique et l’économie. Rajesh Bhagwan a évoqué les inondations soudaines, qui ont provoqué des décès, entraîné des fermetures d’entreprises et contraint des familles à rejoindre des centres d’hébergement. Les inondations et les vagues de chaleur contribuent également à accroître les risques de maladies telles que la dengue, le chikungunya, la leptospirose et la gastro-entérite.
La pression sur les ressources en eau constitue une autre source d’inquiétude. D’après les projections citées par le ministre, les ressources en eau utilisables pourraient diminuer jusqu’à 13 % d’ici à 2050. Le rapport 2025 de la Banque mondiale avertit par ailleurs que le PIB mauricien pourrait reculer jusqu’à 4 % à la même échéance si les effets du changement climatique ne sont pas suffisamment maîtrisés. Les dommages causés aux bâtiments et aux infrastructures par les inondations pourraient, quant à eux, atteindre environ 2 milliards de dollars américains d’ici à 2070.
Face à ces menaces, le gouvernement a fait de l’adaptation et de la réduction des risques de catastrophe des priorités de son programme 2025-29 et de sa troisième Contribution déterminée sur le plan national (NDC 3.0). Parmi les mesures engagées figurent le renforcement des protections côtières, notamment par des enrochements et des épis, la restauration des mangroves et la gestion intégrée des zones côtières. Les cartes issues de l’étude côtière guident désormais la planification du développement national.
Dans le secteur de la santé, un plan national d’adaptation, piloté par le ministère de la Santé et du Bien-être, est en cours de finalisation. En parallèle, le Land Drainage Master Plan identifie les zones exposées aux inondations et préconise des travaux de drainage ainsi que des solutions fondées sur la nature.
Des plans d’action ont également été élaborés pour Port-Louis et Grand-Sable afin de faire face à plusieurs risques climatiques, notamment la chaleur urbaine, les inondations, la submersion côtière et l’intrusion saline. Leur mise en œuvre reste toutefois conditionnée à la mobilisation des financements nécessaires. Enfin, un Plan national d’adaptation, actuellement en cours d’élaboration, doit guider l’action climatique dans les domaines de l’eau, de l’agriculture, des infrastructures, de la pêche et de la biodiversité.
Passer de la météo à l’action
Au-delà des infrastructures et des mesures d’adaptation, l’amélioration de la communication des risques constitue un autre défi. Le ministre a souligné que, malgré l’existence de systèmes de prévision et d’alerte, les informations météorologiques ne se traduisent pas toujours par une réaction suffisamment rapide sur le terrain. L’enjeu est donc de rendre ces informations plus accessibles, plus concrètes et directement utiles aux personnes chargées de prendre des décisions.
C’est précisément l’ambition de WISER ActionFirst™, un programme financé par le gouvernement britannique et mis en œuvre en Afrique par le Met Office britannique, en collaboration avec l’OMM. L’initiative vise à faire évoluer les services météorologiques et climatiques vers des prévisions fondées sur les impacts, afin de mieux anticiper les conséquences des phénomènes météorologiques et de faciliter la prise de décision.
Comme l’a expliqué Rajesh Bhagwan, l’enjeu est de passer d’une prévision classique à une approche davantage tournée vers l’action. « Il ne s’agit plus seulement de se demander : “Ki letan zordi ? Ki letan demin ?”, mais aussi de comprendre quels seront les effets des conditions météorologiques annoncées et quelles actions devront être entreprises. »
Le programme repose sur la coproduction. Dans cette optique, les MMS ont organisé plus tôt ce mois-ci un atelier technique consacré à l’élaboration de matrices et de tableaux d’impact portant sur quatre types d’aléas : les vents forts, la houle, les pluies intenses et les cyclones. Ces outils doivent permettre de traduire les données météorologiques en informations directement exploitables par les services d’urgence, les autorités locales et les autres acteurs concernés.
L’atelier de Balaclava doit permettre aux participants d’examiner et d’affiner ces outils, puis de contribuer à l’élaboration d’une feuille de route nationale pour consolider les prévisions axées sur les impacts et les actions à entreprendre. Une attention particulière sera accordée aux femmes, aux jeunes, aux personnes en situation de handicap et aux communautés marginalisées, afin que les alertes précoces soient accessibles à toutes les catégories de la population.
« La précision des prévisions, à elle seule, ne sauve pas des vies. Ce sont les actions qui le font », a affirmé Rajesh Bhagwan. Cette déclaration résume l’ambition de l’initiative : faire en sorte que les informations météorologiques débouchent sur des décisions rapides et adaptées. La démarche s’inscrit dans l’initiative des Nations unies « Alertes précoces pour tous » et dans le plan stratégique 2027-31 des MMS, en cours de finalisation.
Le ministre a également abordé l’urgence d’intensifier les efforts d’adaptation. Si la réduction des émissions reste indispensable pour limiter l’aggravation du réchauffement mondial, l’adaptation est essentielle pour protéger les vies et les moyens de subsistance face aux conséquences déjà ressenties. La lutte contre le changement climatique constitue, selon lui, un investissement dans la sécurité, la santé et la stabilité économique des jeunes générations et de celles à venir, mais aussi un impératif moral.
Coopération internationale accrue
De son côté, le haut-commissaire britannique, Paul Brummell, a évoqué l’importance du partenariat entre Maurice et le Royaume-Uni pour accroître la résilience face aux changements climatiques et protéger les communautés les plus vulnérables. Il a également réaffirmé l’engagement du Royaume-Uni en faveur de la coopération internationale pour faire face aux défis climatiques.
Pour sa part, le Dr Prithiviraj Booneeady a mis en avant le rôle des prévisions météorologiques fondées sur les impacts et orientées vers l’action dans l’amélioration des systèmes d’alerte précoce. Il a expliqué que cette approche va au-delà des bulletins météorologiques classiques en proposant des informations plus accessibles, qui précisent non seulement les conditions météorologiques attendues et leurs conséquences potentielles, mais aussi les mesures à prendre pour limiter les risques.

