Jacques D’Unienville, CEO,: « Nous voulons transmettre aux générations futures une entreprise encore plus innovante, responsable et durable »
La campagne sucrière 2026 pour la région Sud a été officiellement lancée hier, à l’usine d’Omnicane, à L’Escalier, en présence du ministre de l’Agro-industrie, Arvin Boolell. Cette année, l’événement revêt un cachet spécial, étant donné que la compagnie célèbre aussi ses 100 ans. La compagnie sucrière Mon Désert Mon Trésor a, en effet, été incorporée en 1926. Aujourd’hui, sous le nom d’Omnicane, elle continue de jouer un rôle d’avant-plan dans l’économie. Pour Jacques d’Unienville, le Chief Executive Officer (CEO), cette étape marque également un engagement vers l’avenir, avec de nouveaux défis.
Comme chaque année, l’usine d’Omnicane, à La-Baraque, L’Escalier, a accueilli des dignitaires religieux de différentes confessions. Cette cérémonie, a précisé Jacques d’Unienville, est loin d’être une simple tradition. « Elle traduit notre humilité, notre reconnaissance et notre volonté de placer cette nouvelle campagne, sous le signe de la sécurité, de la solidarité et de l’espérance », confie-t-il.
Il a indiqué que cette année l’événement est d’autant plus important, car la compagnie fête ses 100 ans. « La compagnie Mon Désert Mon Trésor a été incorporée en 1926. Tous les procès-verbaux, les rapports, les assemblées générales sont là… On vit l’histoire de notre pays à travers la compagnie, car elle a une contribution importante dans l’économie et au pays. » Il a ajouté que Mon Désert Mon Trésor a aussi été la première compagnie listée à la Stock Exchange of Mauritius en 1985.
Jacques d’Unienville est revenu sur la réforme de l’industrie sucrière de 2005 à 2007, avec la centralisation. « Dès 2002, la Société usinière du Sud a été créée pour réunir toutes les usines de la région. Le but était de permettre une centralisation rationnelle. La grande centralisation a eu lieu en 2007, avec la fermeture des usines de Mon Désert Mon Trésor et de Riche-en-Eau », dit-il.
Il fait comprendre que la modernisation a accompagné cette transition avec l’introduction d’une nouvelle machine permettant de broyer 350 tonnes de cannes à l’heure. Avec Union Saint-Aubin, en 2010, la capacité est passée à 400 tonnes à l’heure. La transformation de l’industrie sucrière en l’industrie cannière a également vu la mise sur pied d’une centrale thermique, en 2007, qui contribue aujourd’hui, à 20% des besoins de l’île en électricité. En 2009, la raffinerie a été établie.
En 2014, dans le but de valoriser davantage la canne, Omnicane a pris le pari de lancer sa distillerie d’éthanol. « Il y avait déjà eu une première expérience à Rose-Belle, qui n’avait pas marché. Nous avons identifié le problème et cherché des solutions. C’était un pari risqué, même certains financiers ne voulaient pas injecter de l’argent dans ce projet. Aujourd’hui, nous sommes fiers d’avoir réussi ce projet », se félicite-t-il.
Avec la raffinerie, Omnicane allait étendre ses activités. Outre les sucres spéciaux, la compagnie a créé un Sugar Hub, avec l’importation de sucre roux du Brésil, qui est raffiné et réexporté vers les pays de la région. « C’était un concept essentiel pour faire baisser le coût du raffinage et rester compétitif. C’est un Asset qui nous permet de maintenir nos activités sur 365 jours. Auparavant, la sucrerie s’arrêtait pendant cinq mois et on faisait la maintenance. Aujourd’hui, dans le cluster, avec la modernisation, tous les secteurs travaillent toute l’année, sauf l’usine. C’est cela la modernisation et c’est ainsi que nous restons compétitifs. »
Jacques d’Unienville a fait ressortir que pour continuer d’avancer, il faut innover. Dans ce contexte, Omnicane se lance dans le sucre liquide, à partir de cette année. « Nous travaillerons avec 100% de sucre importé. Il faut aussi savoir qu’il y a 30 conteneurs qui quittent l’usine chaque jour pour l’exportation », indique-t-il.
Le CEO d’Omnicane a profité de l’occasion pour rendre hommage à tous ceux qui ont contribué à « bâtir cette belle histoire. » La campagne 2026, a-t-il poursuivi, se situe dans un contexte économique exigeant, avec la situation géopolitique, des incertitudes sur les marchés internationaux, la volatilité des prix, l’augmentation des coûts de production et les effets croissants du changement climatique.
« Plus que jamais, il faut renforcer notre compétitivité, accélérer l’innovation, afin d’assurer la pérennité de cette industrie. La réussite de la filière repose sur une vision commune et d’une collaboration entre l’État, les planteurs, les industriels et l’ensemble de nos partenaires. Ensemble, nous devons créer un environnement propice à l’investissement, à l’innovation et à la compétitivité afin d’assurer un avenir durable, à la canne mauricienne », s’est-il appesanti.
Omnicane a toujours su évoluer. Du sucre, la compagnie opère aujourd’hui dans le développement immobilier, l’hôtellerie, le service financier, le développement durable et l’énergie renouvelable. « Notre centenaire n’est pas seulement une célébration du passé, mais un engagement vers l’avenir. Nous voulons transmettre aux générations futures une entreprise encore plus innovante, plus responsable et durable. Nous continuerons à investir dans nos collaborateurs, nos planteurs, nos communautés et dans des solutions créatrices de valeurs, pour notre pays », fait-il valoir.
Il y a 100 ans, a-t-il ajouté, les prédécesseurs ont semé les graines d’une entreprise qui continue à servir Maurice avec passion et responsabilité. « À nous désormais d’être les bâtisseurs des 100 prochaines années », indique-t-il.
Pour sa part, le ministre de l’Agro-industrie, Arvin Boolell, est aussi revenu sur la centralisation, ainsi que les émotions et les résistances qui l’ont accompagnée. « Mais le dialogue a primé », a-t-il fait ressortir. Quant à l’abolition des quotas sucriers européens, il a déclaré que le monde connaît des changements en profondeur. « Avec les pays d’Amérique latine sur le marché européen, la compétition est féroce », avance-t-il.
Arvin Boolell a établi un parallèle avec l’industrie du thon – qui connaît la même situation actuellement. La raison pour laquelle il faut toujours innover, dit-il, citant l’exemple d’Omnicane, qui a même investi dans la production d’énergie hydro-électrique au Rwanda. Il a mis en avant le potentiel de l’Afrique et invité à profiter des traitements préférentiels à travers la SADC et le COMESA.
Le ministre a également plaidé pour le retour vers la terre, citant le Premier ministre, Navin Ramgoolam, qui a dit que « nous ne pouvons pas importer éternellement ce que nous consommons. Notre politique est de manger ce que nous produisons. S’il y a la volonté, nous pouvons produire mieux », a-t-il conclu.
Rhum et sucre liquide
Cette année, Omnicane mise sur deux nouveaux produits, avec le sucre liquide et le rhum premium.
Jacques d’Unienville explique : « Depuis quelques années, nous exportons du sucre roux du Brésil, auquel nous donnons de la valeur ajoutée, avant d’être réexporté. Il y a une demande dans la région pour le sucre liquide. Nous sommes en train d’installer une unité dans la raffinerie pour cela. Cela va nous permettre d’exporter beaucoup plus. C’est un projet important pour Maurice, car ce sucre est destiné à l’exportation. »
Une montée en gamme est également annoncée au niveau de la production du rhum. « Nous fabriquons du rhum depuis quelques années. Dans le passé, nous avons fait la production en bulk pour l’exportation vers l’Union européenne. On en fait trois à quatre millions de litres par an. Nous avons lancé l’année dernière, notre marque de rhum, Major Philippe. Nous avons commencé un vieillissement de qualité et j’espère que ce produit va rayonner et faire valoir le savoir-faire mauricien à l’étranger », prévoit-il.

