Carolyn Desvaux de Marigny: « Les lois et les sanctions ne suffisent pas, nous devons ouvrir les esprits et toucher les cœurs »
L’Equal Opportunities Commission (EOC) a réuni 300 étudiants d’une vingtaine de collèges, à l’auditorium Octave Wiehe, à Réduit, pour une sensibilisation à travers l’art. Les membres de la Commission ont d’abord exposé les jeunes au concept de l’égalité des chances et au rôle de l’EOC. Les étudiants ont par la suite, donné leur point de vue sur la question, à travers des formes d’expression artistique.
Ces activités s’insèrent dans le volet éducation de l’Equal Opportunities Commission. Outre d’écouter des plaintes dans les cas de discrimination, la Commission a aussi la responsabilité de faire de la sensibilisation. Après de nombreuses années de silence et dotée d’une nouvelle équipe dirigeante, l’Equal Opportunities Commission retourne sur le terrain pour remettre en perspective la sensibilisation.
S’adressant aux jeunes, Carolyn Desvaux de Marigny, la présidente de la Commission, est entrée dans le vif du sujet. « Avez-vous déjà été jugé ou traité différemment avant même que quelqu’un ne vous connaisse ? Pour certains, cela a pu être une remarque passagère ou une expérience isolée. Mais pour d’autres, c’est quelque chose qu’ils vivent de manière répétée. À cause de qui ils sont, d’où ils viennent, de ce en quoi ils croient ou de leur apparence », a-t-elle fait ressortir.
Dans un contexte où le bullying est très fréquent en milieu scolaire, cette campagne de l’Equal Opportunities Commission revêt toute son importance. Carolyne Desvaux de Marigny explique : « en termes simples, la loi définit la discrimination comme le fait de traiter quelqu’un injustement ou de lui refuser des opportunités en raison de ce qu’il est. Cela peut se produire à l’école, au travail et dans la vie quotidienne. »
Elle poursuit que la mission de l’Equal Opportunities Commission est avant tout de promouvoir l’égalité des chances et de tendre vers l’élimination de la discrimination. « En essence, cela signifie que ni l’origine, ni l’identité, ni les circonstances personnelles – qu’il s’agisse de l’âge, de la couleur de peau, de la religion, du handicap ou de l’origine – ne devraient déterminer la capacité d’une personne à progresser ou à profiter pleinement de la vie », affirme-t-elle.
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Toutefois, a-t-elle reconnu, la réalité est bien différente. Citant les rapports des Nations Unies 2025, elle fait comprendre qu’une personne sur cinq dans le monde a subi une forme de discrimination au cours de l’année. « Les personnes en situation de handicap ont deux fois plus de chance d’être confrontées à la discrimination que celles sans handicap », confie-t-elle
D’autre part, des jeunes âgés de 15 à 29 ans signalent plus souvent des discriminations fondées sur l’origine ethnique et l’orientation sexuelle. Quant aux femmes, elles ne disposent que d’environ deux tiers des droits économiques légaux accordés aux hommes. « Sur 190 économies étudiées, seuls 14 pays ont atteint l’égalité juridique entre les sexes, tandis que la plupart des femmes font face à des obstacles importants en matière de rémunération, d’entrepreneuriat et de sécurité », s’insurge-t-elle.
Des chiffres alarmants aux yeux de la Chairperson de l’Equal Opportunities Commission d’où l’importance de cet événement, où la Commission a voulu créer un espace de dialogue avec les jeunes. Au lieu de simples causeries sur l’égalité des chances, l’occasion a été ainsi donnée aux étudiants de s’exprimer sur la question. Et de manière créative. « Car lorsque vous créez, vous vous exprimez, vous interprétez, vous vous engagez plus profondément avec le sujet. Vous le questionnez. Vous vous l’appropriez. Et c’est là, que commence la véritable compréhension », recommande-t-elle.
Carolyn Desvaux de Marigny a cité des études démontrant que parler de discrimination à travers l’art permet aux adolescents de mieux traiter des émotions complexes, de développer l’empathie et de remettre en question les injustices sociales de manière constructive. « Cela renforce votre conscience et votre intelligence socio-émotionnelle, une compétence essentielle à l’ère de l’intelligence artificielle », dit-elle encore.
Diversité culturelle et réalité
Parlant de Maurice, elle fait état de la fierté de la diversité culturelle, tout en ajoutant qu’en dépit de cela, la discrimination existe bel et bien a-t-elle ajouté. « Parfois de manière ouverte, mais souvent de façon subtile et inaperçue », estime-t-elle. Elle a cité en exemple, le cas d’un élève, qui peut être découragé de poursuivre une matière ou une carrière, parce qu’elle est considérée comme pas faite pour quelqu’un comme lui.
« Vous avez peut-être aussi été confrontés à l’idée que vous n’avez pas votre place dans certains espaces, à cause de qui vous êtes. Ou peut-être associez-vous le nom de quelqu’un, son accent ou la communauté dont il est issu, à de moindres capacités », indique-t-elle.
Carolyn Desvaux de Marigny met en garde contre le fait que de telles démarches peuvent limiter le potentiel. « Ces moments apparemment insignifiants, façonnent la manière dont une personne se perçoit et ce qu’elle croit être capable de devenir. Ils influencent également les récits nuisibles, que nous nous racontons sur les autres. C’est cela, la discrimination en action », déclare-t-elle.
La présidente de l’EOC a ainsi interpellé les étudiants sur le fait qu’à cet âge, ils entrent dans un monde où leurs choix, leurs attitudes et leurs actions, compteront plus que jamais. « Vous aurez non seulement des opportunités de réussir individuellement, mais aussi, de façonner le type de société dans laquelle nous vivons. Une société qui incarne véritablement le principe de droits égaux, chances égales », précise-t-elle.
Situant le rôle de la Commission, elle met l’accent sur le fait que la loi soit appliquée, afin d’éliminer la discrimination. « Mais les lois et les sanctions, à elles seules, ne suffisent pas. Nous devons ouvrir les esprits et toucher les cœurs », préconise-t-elle.
« Le véritable changement se produit dans la manière dont nous nous traitons, les uns les autres. Soit, en choisissant l’inclusion, au lieu de l’exclusion. En remettant en question les stéréotypes, au lieu de les accepter. En donnant à chacun, sans distinction de qui il est et d’où il vient, les mêmes chances. La diversité qui nous entoure n’est pas un défi à surmonter. C’est une richesse à embrasser. Nous croyons que votre génération peut faire en sorte que cette richesse se traduise par des chances égales pour tous. C’est pourquoi nous avons choisi de nous engager avec vous », estime la présidente de l’Equal Opportunities Commission.
Elle a ainsi souhaité que l’événement permette d’interpeller les jeunes, de les amener à remettre en question leur façon de penser, leurs regards sur les autres et leurs choix d’action.
Les jeunes se sont exprimés à cette occasion à travers des chants, des slams et des poèmes, notamment. Ils ont aussi été récompensés pour leurs brillantes performances.

