Gestion du littoral : L’ONG Koste Pou Nou Lakot dénonce les failles d’un système à bout de souffle

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Le cas du mur de La Preneuse met en lumière un problème systémique qui perdure depuis trop d’années. Pour Carina Gounden, de l’ONG Koste Pou Nou Lakot (anciennement Mru2025/AKNL), les dossiers de Balaclava, Bel Ombre et Riambel révèlent les limites d’une approche fragmentée, où les décisions sont prises projet par projet, sans vision d’ensemble. L’organisation réclame une politique de recul stratégique, un moratoire sur les nouvelles constructions dans les secteurs côtiers vulnérables et une réforme de la gouvernance du littoral. Carina Gounden nous propose un tour d’horizon des projets en cours.

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Le mur de La Preneuse a relancé le débat sur l’accès public au littoral et sur les responsabilités des autorités en matière d’aménagement côtier. Mais, pour Carina Gounden, de Koste Pou Nou Lakot, cette controverse n’est qu’une illustration d’un problème plus profond soit la manière dont Maurice aménage, protège et partage ses côtes. L’ONG dénonce un modèle de développement qui continue de privilégier les projets immobiliers et hôteliers, alors que l’érosion, les risques de submersion et les pressions sur les espaces naturels imposent de revoir les choix d’aménagement.

« Notre modèle d’aménagement côtier a atteint ses limites », estime-t-elle, en s’interrogeant sur l’avenir du littoral mauricien : « Miray dan kat kwin Moris ? Eski se sa lavenir nou litoral ki bann desider pe propoz nou ? » Pour l’organisation, la question ne consiste pas uniquement à vérifier si un projet dispose des autorisations nécessaires, mais aussi à déterminer si les décisions prises répondent aux réalités environnementales actuelles et préservent l’intérêt général.

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La Preneuse : au-delà de la conformité administrative

Prenant le cas de La Preneuse (voir texte plus loin), Koste Pou Nou Lakot ne conteste pas la nécessité de prendre en considération les droits existants, mais elle estime toutefois que la conformité administrative ne saurait clore le débat. « Il ne s’agit pas d’ignorer les droits existants. Mais il ne suffit pas de vérifier qu’un mur dispose des autorisations nécessaires », souligne Carina Gounden.

Selon elle, trois aspects doivent également être examinés, notamment la pertinence de l’ouvrage au regard des risques côtiers, ses effets sur la dynamique du littoral et sa compatibilité avec l’intérêt général. Selon l’ONG, l’existence d’un bail ou d’une autorisation ne dispense pas les autorités de s’interroger sur l’opportunité de maintenir certains aménagements, particulièrement lorsque les conditions environnementales évoluent.
De plus, elle met en garde contre le risque de voir les portions de côte se fermer progressivement, chaque propriétaire ou détenteur de bail cherchant à protéger sa parcelle, parfois au détriment des équilibres naturels et de l’accès public. « À ce rythme, Maurice risque de devenir une île emmurée », prévient-elle. Parmi les solutions proposées figure le recul stratégique, qui consiste à adapter progressivement l’occupation du littoral aux risques côtiers. Koste Pou Nou Lakot précise qu’il ne s’agit pas de démolir tous les murs ou de résilier tous les baux du jour au lendemain, mais de mettre en place une politique anticipée, progressive et négociée.

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Aussi, l’ONG estime que les propriétaires, les détenteurs de baux, les habitants, les banques et les compagnies d’assurance doivent être associés à cette réflexion. Elle demande également qu’un moratoire sur les nouvelles constructions soit sérieusement envisagé dans les secteurs littoraux encore non bâtis et écologiquement ou climatiquement vulnérables, le temps de réaliser une évaluation d’ensemble et d’élaborer une stratégie nationale cohérente.

À Balaclava, une lueur d’espoir…
À Balaclava, Koste Pou Nou Lakot pensait pourtant qu’une avancée était possible. En effet, selon les chiffres de la Beach Authority cités par l’organisation, seulement 15% du littoral mauricien, soit environ 48 kilomètres, est officiellement désigné comme plage publique. Cette proportion aurait peu évolué en dix ans. Le 29 mai, le Conseil des ministres avait annoncé qu’une re-proclamation comme plage publique était envisagée pour un terrain d’un arpent et 90 perches, déproclamé en 2008.
Or, selon l’ONG, cette reproclamation ne semble désormais plus envisagée. L’hôtel Oberoi serait appelé à accueillir le public sur cette plage… L’organisation s’interroge sur les raisons de ce changement et sur l’intérêt de maintenir le bail plutôt que de rendre au terrain son statut de plage publique.

Bel Ombre et ses nombreux développements
En outre, Carina Gounden nous explique qu’à Bel Ombre, un nouveau Master Plan touristique préparé par le ministère du Logement et des Terres porte sur environ 90 arpents de terres de l’État, dont une partie des Pas géométriques. Il prévoit trois sites hôteliers totalisant plus de 53 arpents, d’autres développements touristiques, notamment des villas et des appartements, ainsi qu’une plage publique d’environ 10 arpents.
Koste Pou Nou Lakot salue la décision du ministère de l’Environnement de soumettre ce plan à une Strategic Environmental Assessment (SEA) qui permettra d’examiner les conséquences du projet dans son ensemble, d’identifier les zones sensibles, d’étudier les impacts cumulés et de comparer différents scénarios, y compris celui de ne pas réaliser le projet. Mais l’ONG s’interroge sur la construction de nouveaux hôtels sur ce site déjà fragile.

En effet, Carina Gounden explique que le site comprend des dunes écologiquement sensibles, des zones humides et des secteurs exposés aux inondations et aux submersions. Il se trouve également dans la zone de transition d’une réserve de biosphère de l’UNESCO. Koste Pou Nou Lakot demande ainsi que l’évaluation examine de véritables alternatives au développement hôtelier, notamment la conservation des espaces naturels ou encore la création d’espaces publics et le développement d’activités communautaires. Les projets envisagés dans le Sud, de Saint-Félix à Bel Ombre, ainsi que les perspectives de nouvelles allocations de terres de l’État à Palmar, soulèvent, selon elle, les mêmes interrogations.

Toujours à Bel Ombre, l’ONG revient sur le bail accordé à KPMM pour un projet hôtelier qui n’a jamais été réalisé. Selon les informations rapportées, les arriérés dépasseraient les Rs 43 millions. Si le ministre du Logement et des Terres aurait évoqué plusieurs options, dont la résiliation ou la reprise du bail, Koste Pou Nou Lakot demande pourquoi des terres publiques restent sous bail pendant des années pour des projets qui ne se concrétisent pas.
Par ailleurs, à Riambel, le projet Naïa Villas illustre, selon l’organisation, les changements de vocation de certaines terres publiques. Un bail attribué il y a une vingtaine d’années pour un projet hôtelier aurait évolué vers un ensemble de 20 villas dotées de piscines individuelles, sur une côte déjà fortement érodée et exposée aux submersions.

Koste Pou Nou Lakot indique qu’une étude d’impact environnemental complète n’était initialement pas exigée, avant que le ministère de l’Environnement ne l’impose à la suite des préoccupations soulevées. À la lumière de ces dossiers pending, l’organisation réclame un inventaire transparent des baux portant sur les terres côtières de l’État, précisant leurs échéances, les projets réalisés et les changements de vocation autorisés. Pour l’ONG, préserver un espace de toute construction doit aussi être considéré comme un choix d’aménagement.

Pour une gouvernance intégrée du littoral
Ainsi, au-delà de ces dossiers, Koste Pou Nou Lakot identifie une faiblesse commune concernant les décisions qui sont prises en silo. « Chacun agit dans le cadre de ses compétences, mais qui assume la cohérence d’ensemble ? », s’interroge l’organisation. Koste Pou Nou Lakot qui défend depuis plusieurs années la création d’une Autorité du littoral chargée d’assurer une gestion cohérente et intégrée des côtes mauriciennes, propose une instance interministérielle de haut niveau, adossée au cadre de gestion intégrée des zones côtières (ICZM) et portée conjointement par les ministres du Logement et des Terres et de l’Environnement.

« Il ne s’agit pas de créer un comité supplémentaire, mais de faire enfin travailler les institutions ensemble », fait valoir l’organisation. À terme, Koste Pou Nou Lakot estime que Maurice a besoin d’une véritable loi sur le littoral, définissant une vision nationale de protection, d’aménagement et d’adaptation des côtes. Toutefois, malgré les difficultés rencontrées dans plusieurs dossiers, Koste Pou Nou Lakot affirme vouloir privilégier le dialogue et la recherche de solutions.

À titre d’exemple, à Bassin Carangue, à L’Escalier, Carina Gounden indique que les discussions ont permis de revoir une proposition d’accès initialement jugée inacceptable et d’aboutir à une solution mieux adaptée. Mais la concertation reste néanmoins complexe, la propriété privée étant souvent invoquée pour mettre fin aux discussions. L’ONG dit toutefois constater une prise de conscience chez certains acteurs quant à la nécessité de revoir les pratiques d’aménagement du littoral.

Derrière les controverses sur les murs, les baux et les projets hôteliers, Carina Gounden et l’ONG posent une question centrale sur la place que Maurice veut accorder à son littoral dans les décennies à venir, et quelles décisions est-elle prête à prendre pour le préserver et le partager ? Si l’ONG rappelle qu’elle peut proposer des solutions, réunir les parties prenantes et contribuer à faire émerger des consensus, elle ne dispose pas du pouvoir de décision. Celui-ci revient à l’État, qui doit assumer ses responsabilités en matière de protection, de gestion et de partage du littoral. La balle est donc dans le camp des autorités concernées…

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