— De la Thaïlande aux côtes mauriciennes, plus d’une tonne de drogue et des policiers soupçonnés de complicité au titre de Our Men Inside
Parti de Thaïlande avec une importante cargaison de cannabis et de haschich, le yacht Dreamer aurait transformé les eaux mauriciennes en zone de transbordement pour un réseau de trafiquants. Son objectif présumé était d’acheminer discrètement plus d’une tonne de drogue vers Maurice, en multipliant les livraisons à des vedettes rapides chargées de récupérer les sacs en pleine mer. Mais derrière cette opération maritime se dessine une autre affaire, encore plus embarrassante, celui de possibles complicités au sein même de la National Coast Guard (NCG), agence de surveillance maritime, désormais sous surveillance pour complicité présumée avec la mafia. Deux de ses membres, présentés comme étant des Our Men Inside, sont désormais arrêtés. Selon les premiers éléments recueillis par l’Anti-Drug and Smuggling Unit (ADSU), le Dreamer a quitté la Thaïlande avec une cargaison destinée à des commanditaires mauriciens. Le choix de cette provenance s’expliquerait notamment par le coût relativement avantageux du cannabis et du haschich sur place. La drogue devait ensuite alimenter le marché local, particulièrement à l’approche des fêtes de fin d’année.
Le yacht serait arrivé dans les eaux mauriciennes aux alentours du 19 octobre. Mais son itinéraire et son mode opératoire ont été soigneusement choisis. Plutôt que de débarquer directement sa cargaison, l’équipage aurait privilégié des transferts en pleine mer. Positionné à l’Est, le Dreamer a ainsi procédé à des opérations de transbordement vers des hors-bord venus récupérer les sacs de drogue. Ces petites embarcations auraient ensuite assuré leur acheminement vers la côte. Les enquêteurs estiment que ces livraisons auraient permis de faire entrer plus d’une tonne de stupéfiants depuis le 20 octobre. Pour rendre compte de l’exécution de sa mission, le capitaine thaïlandais, Suriya Samanboot, a photographié et filmé les opérations de transfert. Des images qui allaient se révéler particulièrement compromettantes lorsque les policiers auraient finalement accès à son téléphone portable. Mais comment le yacht aurait-il pu mener ses opérations sans être repéré par les unités chargées de surveiller les eaux territoriales ? C’est précisément sur ce point que l’enquête a pris une tournure explosive. Les limiers de l’ADSU soupçonnent des fuites de renseignements au sein de la NCG. Le constable Kevin Rangilal, affecté à l’Operations Room comme Radar Plotter, fonctions stratégiques, aurait communiqué à des tierces parties des informations confidentielles sur les mouvements des patrouilles et les dispositifs de surveillance maritime. Ces renseignements auraient permis au capitaine du Dreamer d’anticiper les déplacements des unités et d’adapter son itinéraire.
Le retour du yacht a toutefois été compromis par un incident mécanique. Alors qu’il s’apprêtait à regagner sa base après une livraison présumée, le Dreamer aurait été victime d’une panne dans les eaux mauriciennes. Alertée de sa présence, la Maritime Intelligence Cell a déclenché une opération le 23 octobre. L’embarcation a finalement été remorquée jusqu’au port de Port-Louis. Si aucune drogue n’a été retrouvée à bord, les premières constatations ont éveillé les soupçons des enquêteurs. Des traces suspectes ont été relevées et plusieurs devises étrangères, représentant une valeur supérieure à Rs 2 millions, ont été saisies. Les téléphones des membres de l’équipage ont également été récupérés pour les besoins de l’enquête.
C’est l’exploitation du téléphone du capitaine qui a véritablement fait basculer les investigations. Les policiers y ont découvert des photographies et des vidéos montrant le transfert de sacs de drogue vers des hors-bord, ainsi que des conversations WhatsApp contenant des informations provenant présumément de l’Operations Room de la NCG. Ces éléments auraient permis de remonter jusqu’à plusieurs suspects locaux, notamment des pêcheurs soupçonnés d’avoir participé à la réception et à l’acheminement de la cargaison. Au total, une quinzaine de suspects dont neuf Thaïlandais ont été arrêtés dans cette affaire. Parmi les suspects figurent des membres de l’équipage, des intermédiaires présumés et des policiers. L’enquête a ensuite conduit les policiers jusqu’à un deuxième membre de la garde-côtière. Le constable Bhavish Dhruv Bhujun a été arrêté à son tour. Il est soupçonné d’avoir divulgué des informations sensibles à des tiers, en collaboration présumée avec Kevin Rangilal. Placé en détention au centre d’Alcatraz, il fait l’objet d’une accusation provisoire de « Conspiracy ». Son téléphone portable a également été saisi et sera soumis à des analyses.
L’ADSU cherche désormais à déterminer l’étendue des complicités présumées, à reconstituer le circuit de distribution de la drogue et à établir comment une cargaison aussi importante aurait pu être acheminée vers Maurice sans intervention des patrouilles. Le yacht a été intercepté, mais le réseau présumé reste à démanteler.

