LE PAILLE EN QUEUE PRIS DANS LES VENTS CONTRAIRES — Le « non-stopping » des scandales à Air Mauritius

– Le rapport Kroll, la goutte d’eau de trop qui ouvre une nouvelle séquence juridique et disciplinaire

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Le rapport Kroll sur Air Mauritius marque une nouvelle étape dans l’examen des décisions prises autour de la vente, de la location et de l’acquisition d’appareils par la compagnie nationale. Après l’étude du document par le conseil d’administration d’Air Mauritius, plusieurs actions, dit-on, dans l’entourage de l’exécutif, ont été enclenchées, dont la saisine de la Financial Crimes Commission et de la police, l’examen de recours civils et l’ouverture de procédures disciplinaires.

Le conseil d’administration d’Air Mauritius s’est réuni les 25 et 29 juin 2026 pour examiner le rapport soumis par Kroll Middle East Consultancy Ltd. À l’issue de ces réunions, la compagnie a décidé de prendre des mesures jugées nécessaires pour protéger ses intérêts. Le dossier a ainsi été transmis aux autorités compétentes, tandis que la possibilité d’actions civiles contre certaines personnes est également étudiée.

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Dans le prolongement de ces décisions, sept hauts cadres d’Air Mauritius, pour la plupart des anonymes, à part un qui est un récidiviste notoire, ont été suspendus. Ces suspensions sont présentées comme des mesures conservatoires, dans le cadre de l’enquête interne ouverte après la remise du rapport. Les personnes concernées occupaient des postes clés dans plusieurs départements stratégiques, notamment les finances, le juridique, le planning et le procurement. Certaines d’entre elles auraient siégé au Committee of Purchase impliqué dans des décisions liées à l’acquisition ou à la location d’aéronefs.

Immobilisés au sol à cent reprises

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entre 2014 et 2024

Le mandat confié à Kroll portait principalement sur trois volets : la vente ou la cession de cinq appareils durant l’administration volontaire de 2020-2021, la location de deux A330-200 en 2022 et la commande d’un A350-900 supplémentaire en 2023. Un A340-300 vendu en 2018 n’était pas inclus dans le périmètre de l’enquête, cette opération étant antérieure à la période de l’administration volontaire.

Selon les informations communiquées au Parlement, Air Mauritius s’est séparée de quatre appareils entre décembre 2014 et décembre 2024 : un A340-300 en janvier 2018, deux A319-100 en juin 2021 et un A330-200 en novembre 2021. La compagnie a également conclu, en juin 2021, un accord de consignation avec une société privée pour la cannibalisation de deux A340-300. La perte nette enregistrée sur ces opérations est estimée à environ Rs 1,2 milliard.

Durant la même période, Air Mauritius a intégré onze appareils à sa flotte. Parmi eux, un a été acheté directement, deux ont été acquis sous finance lease et huit sous operating lease. Les coûts totaux d’achat et de location n’ont toutefois pas été communiqués, en raison de clauses de confidentialité contenues dans les contrats concernés.

Le Premier ministre a également indiqué que onze appareils ont été immobilisés au sol à cent  reprises entre 2014 et 2024. Ces groundings ont été attribués à divers problèmes techniques, à l’indisponibilité de pièces de rechange, au manque de moteurs de remplacement et aux contraintes liées aux chaînes d’approvisionnement.

Agissements concertés

Le rapport Kroll ferait état d’agissements concertés impliquant l’ancien président d’Airport Holdings Ltd ainsi que plusieurs hauts responsables d’Air Mauritius, dans le but de favoriser un bailleur spécifique pour la location d’appareils. Le chef du gouvernement a indiqué au Parlement que ces agissements pourraient s’apparenter à un complot criminel au détriment des autres soumissionnaires et d’Air Mauritius.

Un autre volet concerne les rapports qui auraient été falsifiés ou rendus trompeurs avant d’être soumis à l’ancien conseil d’administration. Selon les éléments communiqués, ces documents auraient servi à justifier l’achat d’un A350-900 supplémentaire auprès d’Airbus, alors que des rapports internes auraient conclu qu’un A330 représentait une option plus avantageuse pour la compagnie sur le plan économique.

Des irrégularités auraient également été relevées dans le cadre d’inspections techniques effectuées à l’étranger avant la location de certains appareils. Des éléments essentiels au regard de la navigabilité d’un avion auraient été omis dans les rapports transmis à la compagnie. Air Mauritius aurait ensuite dû engager des dépenses importantes pour rendre l’appareil conforme aux exigences réglementaires.

Des actions au civil envisagées

Les anciens administrateurs d’Air Mauritius pourraient également être concernés par des actions civiles. Le cas de Sattar Hajee Abdoula, ancien administrateur de la compagnie durant la période d’administration volontaire, a été évoqué au Parlement. Des recours en dommages-intérêts pourraient être envisagés pour négligence dans le cadre de la cession d’un A330-200 durant cette période.

Le rapport Kroll intervient dans un contexte où Air Mauritius reste marquée par plusieurs dossiers qui, au fil des années, n’ont pas toujours débouché sur des conclusions publiques pleinement satisfaisantes. La « caisse noire » du début des années 2000, le fiasco du hedging de 2008, les controverses autour de la commande des A350, puis les décisions prises durant l’administration volontaire ont successivement alimenté les débats sur la gouvernance de la compagnie.

Dans le dossier de la caisse noire, une partie seulement des responsabilités a été sanctionnée, laissant dans l’opinion publique le sentiment d’un traitement incomplet. Le hedging de 2008, qui a lourdement affecté les finances d’Air Mauritius. Les controverses autour de la commande de six A350 ont, elles aussi, été politiquement exploitées sans produire une conclusion institutionnelle claire.

Au-delà des responsabilités individuelles, le rapport Kroll relance donc la question du mode de gouvernance d’Air Mauritius. Il pose celle du rôle des anciens dirigeants, des conseils d’administration successifs, d’Airport Holdings Ltd, des autorités de tutelle et des responsables politiques dans les grandes décisions stratégiques de la compagnie.

La suite du dossier dépendra désormais des enquêtes de la FCC et de la police, mais aussi des procédures disciplinaires et civiles engagées par Air Mauritius. L’enjeu sera de déterminer si le rapport Kroll débouchera sur des responsabilités établies et des sanctions effectives, ou s’il rejoindra la liste des dossiers qui ont marqué la compagnie sans jamais connaître de véritables conclusions.

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