Liberté de la presse : Maurice 63e au classement de Reporters Sans Frontières

L’édition 2023 du Classement mondial de la liberté de la presse, qui évalue les conditions d’exercice du journalisme dans 180 pays et territoires, a été publiée par Reporters Sans Frontières (RSF) à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, ce mercredi 3 mai. Maurice se retrouve ainsi 63e (64e en 2022) au classement mondial de la Liberté de la presse.
Pour Reporters Sans Frontières, Maurice a beau être l’un des pays africains salués comme des modèles de démocratie, le paysage médiatique y est fortement polarisé. L’organisation non gouvernementale internationale fait ressortir que les attaques en ligne contre les journalistes ont augmenté à Maurice.
En effet, quatre journalistes mauriciens avaient fait l’objet d’un cyberharcèlement en novembre 2022. Il s’agit notamment d’attaques les présentant comme ayant des liens avec des trafiquants de stupéfiants – principalement sur trois comptes Facebook, diffusant des contenus généralement favorables au parti au pouvoir. Ces derniers avaient déposé plainte auprès de la police, disant craindre pour leur sécurité.
Reporters sans frontières dénonce ces attaques et appelle les autorités à sanctionner les coupables.
Sans changement, le pays le mieux noté est la Norvège et le dernier la Corée du Nord. La France est 24e et gagne deux places. Globalement, les conditions d’exercice du journalisme sont mauvaises dans sept pays sur 10. Cette édition 2023 pointe en particulier les effets de la désinformation.
La liberté de la presse « noyée » sous la désinformation
Propagande politique, manipulations économiques, faux contenus générés par l’intelligence artificielle: la désinformation au sens large est une menace majeure pour la liberté de la presse dans le monde, s’alarme Reporters sans frontières (RSF) dans son 21e classement annuel.
Dans les deux tiers des 180 pays évalués, les spécialistes qui contribuent à l’élaboration du classement « signalent une implication des acteurs politiques » dans des « campagnes de désinformation massive ou de propagande », selon RSF.
C’est le cas de la Russie, de l’Inde, de la Chine ou du Mali.
Plus largement, ce classement « met en lumière les effets fulgurants de l’industrie du simulacre dans l’écosystème numérique ».
« C’est l’industrie qui permet de produire la désinformation, de la distribuer ou de l’amplifier », explique Christophe Deloire, secrétaire général de l’ONG.
« Déluge » 
C’est, selon Christophe Deloire, le cas des « dirigeants de plateformes numériques qui se moquent de distribuer de la propagande ou de fausses informations », et dont « l’exemple-type » est « le propriétaire de Twitter, Elon Musk ».
Autre phénomène, les faux contenus créés par l’intelligence artificielle (IA).
« Midjourney, une IA qui génère des images en très haute définition, alimente les réseaux sociaux en faux de plus en plus vraisemblables », souligne RSF, citant de fausses photos de l’arrestation de Donald Trump « reprises de manière virale ».
On assiste également à « des productions manipulatoires à grande échelle » par des sociétés spécialisées, pour le compte de gouvernements ou d’entreprises.

En février, une vaste enquête du collectif de journalistes d’investigation Forbidden Stories avait ainsi révélé les activités d’une société israélienne baptisée « Team Jorge » et spécialisée dans la désinformation.

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Toutes ces « capacités de manipulation inédites sont utilisées pour fragiliser celles et ceux qui incarnent le journalisme de qualité, en même temps qu’elles affaiblissent le journalisme lui-même », prévient RSF.

« L’information fiable est noyée sous un déluge de désinformation », juge M. Deloire, selon qui « on perçoit de moins en moins les différences entre le réel et l’artificiel, le vrai et le faux ».

« L’un des enjeux majeurs, c’est de remettre des principes démocratiques dans ce gigantesque marché de l’attention et des contenus », estime-t-il.

Le Brésil remonte 

Au classement, les baisses les plus importantes s’observent au Pérou (110e, -33 places), au Sénégal (104e, -31 places), en Haïti (99e, -29) ou en Tunisie (121e, -27).

A l’inverse, le Brésil (92e) remonte de 18 places après le départ de l’ancien président d’extrême droite Jair Bolsonaro, battu par Lula aux élections fin octobre.

« Le Brésil avait beaucoup chuté avec Bolsonaro, qui était violent à l’encontre des journalistes », mais « il n’y a pas de caractère inéluctable au déclin de la liberté de la presse », note M. Deloire.

Ce « petit gain » s’explique « notamment parce que la situation se dégrade ailleurs », selon M. Deloire. Ainsi, l’Allemagne (21e) perd 5 places, en raison, selon RSF, d’un « nombre record de violences et d’interpellations de journalistes ».

Au classement régional, « la région Maghreb/Moyen-Orient reste la plus dangereuse pour les journalistes » et l’Europe celle « où les conditions d’exercice du journalisme sont les plus faciles ».

Le classement mondial de la liberté de la presse est réalisé par RSF sur la base « d’un relevé quantitatif des exactions commises envers les journalistes » d’une part, et « d’une étude qualitative » de l’autre.

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