Ils réclament une renationalisation de la poste
L’Union of Post Office Workers (Branch No 2), regroupant essentiellement des postiers, a tenu une marche pacifique, samedi 4 juillet, dans les rues de Port-Louis. Le syndicat tire la sonnette d’alarme quant à une possible fermeture de Mauritius Post et cela dans les mois, voire les semaines, à venir. Ils demandent ainsi la renationalisation de la poste.
Luximon Badal, le président de l’UPOW, a tenu une brève allocution aux manifestants au Rabita Hall à Port-Louis, avant le début de la marche. Selon lui, Mauritius Post est dans le rouge financièrement, et ne pourra payer ses travailleurs que pour les trois mois à venir.
Il demande ainsi à ce que Mauritius Post, qui est un corps paraétatique, redevienne un service public, ce qu’elle a toujours été avant sa privatisation en 2003. Selon lui, elle engrangeait des profits comme organisme public, mais avec la privatisation, il y a eu une mauvaise gestion chronique, engendrant des pertes colossales.
« Mauritius Post pourra très bientôt déclarer faillite. Les travailleurs sont actuellement payés avec des emprunts de Mauritius Post. Ils craignent pour leur emploi et leur avenir », a-t-il lancé.
Il a expliqué que le Premier ministre, Navin Ramgoolam, a déjà été mis au courant des doléances des travailleurs postaux, et en a discuté avec le ministre des Communications, Avinash Ramtohul. Néanmoins, Luximon Badal tient à ce que les travailleurs postaux fassent entendre leur voix.
La procession d’un bon nombre de manifestants, munis de pancartes réclamant la renationalisation de la poste, s’est rendue ensuite dans la discipline jusqu’au bâtiment du Trésor, où ils ont essayé en vain de remettre une pétition au Premier ministre. Les manifestants se sont ensuite regroupés devant l’Hôtel du gouvernement, avant de se rendre au siège de Mauritius Post, où ils se sont dispersés.
Encadré 1

Pétition au PM en Special Delivery aujourd’hui
Les manifestants comptaient remettre une pétition au Premier ministre. Cette pétition, qui contient les signatures d’environ 250 travailleurs postaux, toutes catégories confondues, demande au chef du gouvernement d’envisager la réincorporation de la poste dans le secteur public, ce qui lui permettrait, d’après les pétitionnaires, de revenir en situation de profit, avec tous les travailleurs postaux qui sortiront gagnants.
Au bâtiment du Trésor, Luximon Badal a patiemment frappé à la porte pendant plusieurs minutes, mais personne n’est venu lui ouvrir. Cela alors que le Premier ministre avait été averti que les manifestants comptaient lui remettre une pétition. Luximon Badal a alors annoncé aux manifestants qu’il comptait lui faire parvenir cette pétition par voie de Special Delivery ce lundi 6 juin.
Encadré 2

À l’heure des questions
Luximon Badal : « La poste délaissée par divers gouvernements »
Comment interprétez-vous le fait que le Bureau du Premier ministre n’a pas ouvert ses portes samedi ?
Nous avions déjà informé le chef du gouvernement de cette démarche, mais malheureusement nous ne savions pas que le Bâtiment du Trésor allait être fermé à partir de midi.
Y a-t-il eu des dispositions positives pour la poste dans le budget 2026/27 ?
Il n’y a eu aucune provision positive pour la poste. Nous sommes très déçus. We were expecting something. Nous n’avons rien eu.
Pouvez-vous nous confirmer s’il y a actuellement des fermetures des bureaux de poste, selon certaines informations ?
Ce sont des décisions qui sont prises au niveau du management et nous ne savons pas grand-chose. À ma connaissance, ce sont des bureaux de poste dans les centres commerciaux qui ont été fermés, qui étaient sources de gaspillage.
Aujourd’hui, la poste est dans le rouge. D’où vient cette situation ?
La poste réalise des pertes en termes de millions, voire plus. J’avais déjà dénoncé dans la presse qu’il y avait un « trou » de Rs 2,6 milliards dans les finances de la poste. Le ministre Avinash Ramtohul a confirmé cela au Parlement. Ce sont les précédentes administrations qui en sont responsables. Personne n’a pu expliquer ce « trou » et personne n’a été sanctionné.
Selon vous, y a-t-il eu une mauvaise gestion chronique de la poste depuis sa privatisation en 2003 ?
C’est tout à fait cela. Il y a eu, entre autres, le recrutement à outrance de petits copains et de petites copines par les administrations précédentes.
Les divers gouvernements qui se sont succédé ont-ils apporté des solutions ?
Ils ont délaissé la poste, quoique le ministre Ramtohul accomplit un bon travail. Mais il est malheureusement seul. La seule solution : faire en sorte que la poste refasse partie du secteur public. Beaucoup d’argent est gaspillé dans la structure corporative de la poste privée et les travailleurs au bas de l’échelle ne reçoivent rien.
Encadré 3
Des travailleurs postaux : « La privatisation, source de tous les maux »
Deux manifestants nous expliquent que leurs conditions de travail se seraient grandement détériorées, avec un impact sur la qualité du service offert au public, depuis la privatisation de la poste.
Feizal Mungloo, postier, bureau de poste de Vallée-Pitot

« Un manque aigu de facteurs »
« Depuis la privatisation, il y a un manque aigu de facteurs, et cela de façon chronique, dû au manque de recrutement. C’est le public qui en souffre, notamment par le courrier qui est livré en retard. Nous avons une appréhension de ce qui va nous arriver, si nous serons bien payés dans les mois à venir et si nous perdrons notre gagne-pain ».
Sharma Mandhub, Postal Executive
« Les guichetiers sont au bout du rouleau »
« Les Postal Clerks (guichetiers) qui fournissent au public entre 60 et 72 services dans les bureaux de poste sont surchargés et travaillent sous pression. Avec la privatisation, il y a toujours un manque de personnel, avec le recrutement et les promotions qui sont au ralenti. Il n’y a eu aucune modernisation des infrastructures avec la privatisation, contrairement à ce que l’on nous avait promis. Nous ne pouvons plus offrir un service de qualité, et c’est le public qui en souffre ».


