Mères et enfants, collègues : Quand le travail renforce la complicité filiale

Être le.la collègue de sa mère ou de son enfant peut renforcer le lien et la complicité entre les deux. C’est l’expérience vécue par six employés de Tamassa Resorts. Ces trois binômes exceptionnels au sein de l’établissement illustrent, chacun à leur manière, comment leur vie professionnelle les a rapprochés. Le temps d’une pause remplie de fraîcheur, ils nous ont fait des confidences, la larme à l’œil pour certains.

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Reena et Meeven Mooneean
Agent de sécurité et demi-chef de rang
« Depuis que nous travaillons ensemble, nous sommes devenus très proches. D’ailleurs, c’est moi qui le réveille sans faute tous les matins. Il dit que je suis son alarme », dit Reena Mooneean en riant, sans quitter son fils Meeven du regard. « Li, li pa riye zame. So sef dir mwa : “Madam, li enn bon garson, me selma li bizin riye inpe” », lance la mère sans se départir de son rire. Ce qui décroche un sourire chez Meeven Mooneean, 25 ans, demi-chef de rang au Food and Beverage.
À 45 ans, Reena ne pensait pas qu’un jour elle irait travailler en compagnie de son fils aîné et qu’ils deviendraient collègues. Les deux habitants de Chamouny prennent le même transport mis à leur disposition par l’hôtel, chaque matin, pour s’y rendre, et chaque après-midi pour le retour.
Agent de sécurité depuis un an au Tamassa, la mère de famille précise, avec cette assurance propre aux mères lorsqu’elles ont un point à défendre : « C’est un de ses amis qui lui a parlé d’un poste vacant à l’hôtel. Il a postulé et obtenu le travail. Je ne suis pour rien dans son recrutement. » Des deux, le jeune homme a le plus d’expérience dans l’hôtellerie pour avoir travaillé pour un autre groupe aux côtés de son père, avant d’intégrer son équipe en octobre dernier. Sa mère a été superviseure de rayons dans une enseigne de supermarché pendant 16 ans.
« On voulait me muter. Cela ne m’a pas convenu. J’ai alors décidé de démissionner et de changer de secteur. J’ai tenté ma chance dans l’hôtellerie. Mais comme je n’avais pas d’expérience dans les opérations, je me suis intéressée à la sécurité qui était, à mon avis, plus accessible pour moi », raconte Reena Mooneean, qui officie la plupart du temps à l’entrée de l’hôtel.
« Mo kontan li boukou »
De son poste, grâce aux caméras de surveillance, elle peut parfois apercevoir son fils. « À la pause déjeuner, je l’appelle et nous nous retrouvons à la cantine pour manger », dit l’agente de sécurité. De son côté, Meeven Mooneean concède que travailler dans le même établissement que sa mère ne l’incommode pas, d’autant plus que les deux sont affectés à des secteurs différents. « Mais c’est rassurant de la savoir là », reconnaît le jeune homme. Émue d’entendre ces paroles, Reena Mooneean, surprise, ne peut retenir son émotion lorsque son fils, les larmes aux yeux, poursuit : « Mo anvi dir li ki mo kontan li boukou. »
La mère n’en croit pas ses oreilles, car si ces mots résonnent encore plus fort pour elle, c’est parce que l’aîné de ses deux fils – le benjamin est étudiant à l’université de Maurice – est de nature introvertie. « Premie fwa li dir mwa sa », dit-elle. « Depuis que nous sommes collègues, il me parle plus facilement. C’est extraordinaire ! Avant, il me disait bonjour dès qu’il me voyait le matin, et puis vaquait à ses occupations. Aujourd’hui, il arrive à me dire : “Ma, mo pa pou kapav res san twa” », confie Reena Mooneean. Se disant très fière de son fils, elle lui souhaite de s’épanouir professionnellement. « Je sais que nous ne travaillerons peut-être pas toujours dans le même hôtel, mais j’espère qu’il progressera. »
Ce dimanche, elle sera à son poste à l’entrée de l’hôtel. Le repas familial se fera une autre fois dans un restaurant. Meeven, lui, se rendra chez sa petite amie. « So belmer travay lotel, isi mem. Mo bien apresie li. Nou antann nou extra bien », s’empresse de dire Reena Mooneean. Quant à celle qui a conquis le cœur du jeune homme, elle travaille également dans le même établissement !

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Priscilla Boursola et Melanie Catherine
Superviseure housekeeping et animatrice pour enfants
Superviseure au département Housekeeping, à 52 ans, Priscilla Boursola est une grand-mère comblée. Son 8ème petit-enfant, Amaya, est née il y a 10 mois et c’est Melanie Catherine, 24 ans, la benjamine de Priscilla Boursola et aussi sa collègue, qui lui a offert ce rayon de soleil. Mère, fille et petite-fille habitent sous le même toit, ce qui n’est pas pour déplaire à la première, qui aime être entourée de son époux et de sa grande famille.
« J’attends avec impatience que le mois de décembre arrive. Ma fille cadette Sandra, qui vit avec sa famille en France, viendra en vacances. Cela promet. La maison sera remplie. Depuis qu’elle est partie il y a neuf ans, je ne l’ai pas revue, sauf pendant les appels vidéo », dit-elle, souriante. Ce qui plaît aussi à Priscilla Boursola, c’est de travailler dans le même établissement que Melanie Catherine, animatrice au Kids’ Club. Et pour la jeune femme, sentir la présence de sa mère à l’hôtel lui confère un sentiment de sécurité maternelle qui la rassure. « L’hôtel, c’est un peu ma deuxième maison », concède la superviseure. « La savoir dans les parages ne me met aucune pression », dit l’animatrice. Mais au travail, c’est chacune de son côté.
« Elle sera toujours ma petite fille »
Après onze années de service au compteur, c’est naturellement qu’elle a proposé à sa dernière de rejoindre le personnel il y a deux ans. Le Kids’ Club recrutait. La jeune femme, qui travaillait déjà dans un autre hôtel, n’a alors pas hésité à suivre sa mère. Et lorsqu’elle parle de son métier, Melanie Catherine se lance dans un discours avec aisance. Elle parle de sa passion pour les enfants, du contact humain, de son développement personnel grâce à l’hôtellerie. « Je suis une grande timide », lance-t-elle pendant la conversation. Difficile à croire. « C’est pourtant vrai. Son travail la transformée», assure sa mère. « Avant, nous faisions le ménage et la cuisine ensemble. Mel ne disait pas un mot ! Quand nous recevions des invités, c’était pareil », raconte Priscilla Boursola en riant.
Cet éclat de rire sera vite remplacé par un grand sourire et des larmes. Lorsque Melanie rend hommage à sa mère, femme de poigne, celle qui a fait d’elle la jeune femme et la mère qu’elle est devenue, l’émotion prend le dessus. « Je l’aime », souffle Melanie. « Elle est devenue maman, mais elle sera toujours ma petite fille », lui répond Priscilla avec tendresse. Ce dimanche, c’est autour d’un repas que cette dernière, cordon bleu, préparera qu’elle réunira ses petits-enfants, ses deux filles, ses gendres et son époux pour célébrer la fête des Mères dans la maison familiale à Rivière des Anguilles. Est-ce qu’on parlera de l’hôtel à table ? « Non ! » s’empresse de répondre Priscilla. « Avec Mel, nous avons toujours respecté une règle : on ne parle pas de travail à la maison. »

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Logida et Lovishen Carooppunnen
Superviseure de couture et stagiaire
Logida Carooppunnen, 57 ans, superviseure de couture, et son fils Lovishen, 30 ans, stagiaire en housekeeping, ont un rituel avant de prendre leur service. « Nous prenons le petit-déjeuner ensemble à la cantine. Lovishen adore ce moment précis », dit affectueusement Logida Carooppunnen. Si elle lui accorde une attention particulière, c’est parce que le jeune homme, en situation de handicap intellectuel, a trouvé un équilibre auquel elle ne s’attendait pas depuis qu’il a trouvé sa place dans l’équipe de housekeeping du Tamassa. Reconnaissante pour cette approche inclusive, elle a vu son fils se transformer depuis qu’il a « un vrai travail ». Elle est, certes, son premier repère, mais en évoluant dans un milieu professionnel structuré avec des responsabilités, Lovishen Carooppunnen a pris confiance en lui. « Et il parle ! Il répond lorsqu’on interagit avec lui », s’exclame presque sa mère pour exprimer sa joie. « Ma tâche, ici », dit le concerné sous le regard de sa mère, « consiste au nettoyage des chambres. »
« Il est plus près de moi »
Lovishen est l’aîné des deux fils de Logida Carooppunnen. Le benjamin, âgé de 22 ans, travaille dans le département de comptabilité d’une entreprise privée. Lovishen Carooppunnen a fréquenté une école spécialisée jusqu’à ses 24 ans. « Pour ne pas rester oisif, il a aidé son père qui a une imprimerie. Mais là-bas, il était entre quatre murs et n’était pas exposé au monde, il ne faisait pas les mêmes rencontres. Et moi qui était loin de lui, je ne savais pas s’il mangeait, s’il allait bien. Tandis qu’ici, il est plus près de moi. Mo pa gagn okenn traka. Nous prenons tous nos repas ensemble à la cantine », dit Logida Carooppunnen, résolument protectrice.
L’idée de proposer la candidature de son fils à l’hôtel lui est venue il y a un peu plus de deux ans, après le passage d’un stagiaire autrement capable. Si le jeune homme a découvert un autre monde, sa mère, elle, travaille à l’hôtel depuis son ouverture, il y a 19 ans. C’est elle avec une autre collègue, qui confectionne les uniformes, rideaux, jetées de lit et autres éléments de l’hôtel. D’ailleurs, Lovishen porte fièrement l’uniforme réalisé par sa mère. Sa riche expérience (plus de 40 ans) en couture a fait de Logida Carooppunnen la cheffe d’équipe de son département. « Cela fera deux ans que j’ai acheté un tissu pour me confectionner une robe. Je n’ai pas encore trouvé le temps pour le faire ! » confie-t-elle, sous le regard amusé de son fils. À Eau-Coulée, chez les Carooppunnen, la fête des Mères débutera dans le recueillement. La famille se rendra à l’église dans la matinée, avant de se retrouver autour d’un repas.

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