Photos : Bhavik NAGINLAL MODI

Vijendrakumar Chadia (Helicopter Squadron)  concède que l’appareil a pris plus d’une heure pour décoller « car il fallait attendre de faire le plein »

Des pêcheurs qui avaient prêté main-forte à la NCG racontent l’opération de sauvetage

L’inspecteur Rose, de la National Coast Guard (NCG), l’un des six témoins déposant, hier devant la Cour d’Investigation sur le naufrage du remorqueur Sir Gaëtan, dans la nuit du 31 août au 1 er septembre 2020, a fait des révélations sur ce drame. Il a  indiqué qu’à 19h01, son équipe avait aperçu le remorqueur sur le radar de l’Automatic Information System, mais que ce n’est qu’en contactant la station du port qu’il a appris que le Sir Gaëtan se trouvait en mer pour une opération de “towing”. « I asked if there was any problem and they told me everything was normal. The sea is rough and there is a towing operation », a déclaré l’inspecteur. La NCG, dit-il, n’avait pas été mise au courant de cette opération.

L’inspecteur Rose assumait, la nuit du naufrage, le service de nuit. A 19h01, explique-t-il, un des officiers qui faisaient le monitoring sur l’ Automatic Information System devait alors apercevoir le remorqueur à deux milles nautiques de Poste-Lafayette. Ce qui aura eu pour effet d’interpeller le témoin. Cet officier de la NCG a fait comprendre que « ce n’est pas tous les jours qu’un remorqueur se retrouve en mer à cet endroit ». De plus, souligne l’inspecteur Rose, « le bateau ne bougeait pas ».

C’est alors, explique-t-il, que le contact avait été établi avec le poste  de Poste Lafayette afin d’ouvrir une ligne de communication avec le remorqueur. En vain. L’inspecteur Rose a de fait aussitôt appelé la Port-Louis Harbour Radio pour en savoir plus. « One Mr Coopoosamy told me everything is fine. Sir Gaetan is towing a barge and everything is normal. I asked if there was any problem, he told that because of rough sea, the towing operation is slow », a expliqué le témoin.

Mais à 1h43, il reçoit un appel du même Coopoosamy, qui l’informait cette fois qu’il y a « un problème », et que de l’eau a commencé à pénétrer le moteur du Sir Gaëtan. L’inspecteur Rose dit avoir aussitôt contacté ses supérieurs pour s’enquérir de la marche à suivre. « La NCG n’avait pas été mise au courant de cette opération », dit-il. C’est alors que lui a été ordonné, poursuit-il, d’envoyer le Fast Interception Boat pour aller à la rescousse des membres d’équipage.

« Never reached »

L’ancien juge Gérard Angoh, qui préside la Cour d’investigation, lui a demandé combien de temps avait pris le Fast Interception Boat pour rallier le point où se situait le Sir Gaëtan. Le témoin devait répondre : « The boat never reached the casualty site due to rough sea. We were unable to proceed any futher. No small boat can brave such conditions. The Dornier was there and it was just shedding light on the spot. »

L’inspecteur Rose a également indiqué que la NCG était en contact avec l’hélicoptère pour lui communiquer des informations sur la localisation du remorqueur. Et de préciser n’avoir pas été en mesure de situer la dernière position du remorqueur quand il a coulé.

L’officier Abbacoosna, de l’Operations Room de la NCG, déposant à son tour, a pour sa part expliqué qu’il était en poste le soir du drame et qu’il avait également aperçu le remorqueur sur le radar à 19h01. Et de confirmer dans le même temps que le poste de police  de Poste-Lafayette a été informé. Il affirme également que c’est le poste de police du port qui l’a informé qu’une opération de “towing” était menée par le remorqueur.

Auparavant, la Cour d’Investigation avait entendu le pilote de l’Helicopter Squadron ayant piloté le Chetak le lendemain matin du drame, en vue de rechercher les membres de l’équipage disparus. Il a ainsi indiqué être arrivé à l’Helicopter Squadron ce jour-là à 5h du matin. L’appareil aurait dû s’envoler une trentaine de minutes plus tard, dit-il, mais ce n’est qu’à 6h30 qu’il a pu le faire.

Interrogé sur les raisons de ce retard, alors qu’il s’agissait d’un cas d’urgence, le pilote a expliqué qu’il aura fallu attendre que l’appareil « fasse le plein de carburant » avant de pouvoir décoller. Il a précisé que l’hélicoptère n’avait que 300 litres de carburant, « ce qui aurait écourté l’opération ».

De plus, il fait ressortir que « le temps n’était pas favorable », expliquant aussi pourquoi ils ont pris du temps à décoller. « We had planned to take off at 5h45 but the weather condition was not good. The aircraft was kept at low fuelling because of power constraints. We had to wait for the bowser refueller to come to refuel the helicopter. It had already left earlier on to refuel Dhruv that was flying at night and had not returned yet. At the time we took possession of the aircraft, it had 300 litres of fuel, this would have limited the search operation », a-t-il déclaré.

Vers 7h45, le Chetak était arrivé à l’Ile d’Ambre, et c’est alors, explique le témoin, qu’ils ont aperçu un premier corps. « Il ne portait pas de gilet de sauvetage », dit-il. Les sauveteurs ont ensuite poursuivi l’opération de recherches jusqu’à 8h25. Le pilote fait également ressortir que de 23h dans la nuit du 31 août jusqu’à 5h le lendemain matin, c’est l’hélicoptère Dhruv qui menait l’opération, le Chetak ne pouvant voler de nuit. Quant à l’autre appareil pouvant effectuer des vols nocturnes, le Fennec, il était “grounded”.

Par ailleurs, deux pêcheurs ayant prêté main-forte à la NCG ont aussi témoigné, racontant l’opération de sauvetage. Kissan Maddoo, un pêcheur depuis 30 ans, a confirmé que la mer était « très mauvaise ce jour-là ». Il a ainsi raconté avoir reçu un appel d’un officier de la NCG vers 22h30 pour prêter maion-forte à l’opération. « Li dir mwa mo konpran lamer, enn bato inn koule, bizin al rod dimounn », dit-il.

Il a de fait pris son bateau et, en compagnie d’officiers de la NCG, ils sont partis à la recherche des membres de l’équipage. C’est alors qu’en arrivant à la passe Saint-Géran il dit avoir aperçu une personne en difficulté. « Monn trouv enn lalimyer pe eklere. Li ti ena so zile. Li ti ankor vivan. Nou met li dan bato, monn tir mo linz monn donn li e monn amen li abor dan mo bato. Ziska 12h30 nou ti ankor pe rode ! » poursuit le pêcheur.

Steven Karia, un autre pêcheur professionnel, est revenu sur le sauvetage de Sandro L’Aiguille, un des rescapés, et comment il avait retrouvé le corps sans vie de Jimmy Addisson. Son cousin, policier de son état, avait fait appel cette nuit-là à ses services dans le cadre de l’opération de sauvetage au vu de son expérience et de sa bonne connaissance de la mer.