Nécrologie : Said Hossanee tire sa révérence après un demi-siècle de carrière

C’est avec beaucoup de tristesse que la communauté des artistes a appris le décès de Said Aniff Hossanee, jeudi, pendant la journée. Les messages de sympathies, venus des quatre coins du monde, pleuvent depuis sur les réseaux sociaux. Âgé de 70 ans, Said Hossanee a eu une riche carrière locale et internationale et ils sont nombreux à se souvenir de sa générosité de sa gentillesse.

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Né en 1953 à Curepipe, Said Hossanee se passionne très tôt pour les arts, surtout la peinture. Adolescent, il fréquentait la bibliothèque du Centre culturel d’expression française à Curepipe. C’est d’ailleurs là qu’il découvre Malcolm de Chazal, en 1972, et celui-ci le marquera à vie. Lors d’une rencontre avec Le Mauricien, à l’occasion de sa dernière exposition, en ces mêmes lieux, pour rendre un dernier hommage à l’artiste, en décembre 2022, il confiait : « Tous les samedis, j’y étais. J’ai vu une exposition de gouaches avec des couleurs fortes. J’ai demandé aux plantons qui est cet artiste : ils m’ont dit que c’est Malcolm de Chazal. J’ai bien aimé ces œuvres et les motifs me sont restés dans la tête. »

Dès ses premières œuvres, Said Hossanee s’affirme et impose sa palette de couleurs vives. Une bourse de six mois octroyée par l’ACCT lui donne l’occasion de s’imprégner de l’œuvre picturale d’artistes européens contemporains lors des expositions et des rencontres. À son retour à Maurice, son travail connaît une évolution. L’influence de ses rencontres parisiennes est présente. Des traits et moins de couleurs occupent son espace artistique. Une nouvelle signature dont dira Hervé Masson, à l’occasion de son exposition Contorsion, en 1980 : « Nul débordement de couleurs, nulle agression chromatique, mais au contraire, une retenue, une “économie” des moyens en un mot, dont le résultat est heureux car il permet de définir une harmonie constante. »

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C’est au bout d’une décennie une l’artiste revient avec ses couleurs, inspirées notamment des vêtements féminins, surtout le sari. Mais ce n’est jamais gratuit. « Je ne travaille jamais au hasard. C’est très cérébral », affirme-t-il. L’artiste demeure toutefois dans l’abstraction. Le figuratif refait surface chez Hossanee grâce à sa rencontre avec le maloya à l’occasion d’une soirée pour célébrer l’exposition de son ami, l’artiste réunionnais André Béton, à la fin des années 90.

Durant ces deux dernières décennies, l’empreinte de Malcolm de Chazal dans son imaginaire refait surface sur ses toiles. D’abord, au début des années 2000, plus précisément en 2002, il peint une série de toiles en hommage à Malcolm de Chazal, « Les fenêtres chazaliennes ». Il maintiendra le style en poursuivant son exploration avec des voiliers, des coquillages et des cascades. Parfois, ce sont des formes bien définies, parfois éclatées. Les couleurs rappellent toujours l’île tropicale.

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L’artiste expérimentait toutes les techniques : gravure, pastel gras, peinture – huile, acrylique, aquarelle – collage, pochoir… sur papier, sur toile, sur bois… bref, il n’a pas de limite. Mais il privilégiait la technique mixte et aimait travailler sur des grands formats.
Said Hossanee avait aussi un grand cœur, témoignent ceux qui l’ont côtoyé. Il n’hésitait pas à prodiguer des conseils aux jeunes et à étendre des invitations à participer à des événements internationaux à ceux qui le pouvaient et le souhaitaient. Il a participé à de nombreuses expositions internationales et des résidences d’artistes. Il a aussi été membre de jury sur des comités internationaux. Enseignant, Said Hossanee a animé des ateliers pour les enfants et partagé sa passion pour l’art avec eux. Le Mauricien présente ses sincères condoléances à sa famille et à tous ceux affligés par ce départ.

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