L’AFD co-finance le projet RECOS aux côtés du FFEM. Qu’est-ce qui a justifié, de votre point de vue, d’investir dans une démarche de participation citoyenne pour la gestion du littoral à Maurice ?
À Maurice, les questions liées au littoral sont devenues très concrètes. Érosion côtière, pression sur les ressources naturelles, évolution des usages, effets du changement climatique : ce sont des sujets qui touchent directement les territoires et les populations. Dans ce contexte, il nous paraît important que les solutions ne soient pas uniquement pensées sous un angle technique.
Les habitants, les collectivités, les associations, les pêcheurs, les acteurs du tourisme ou encore les scientifiques ont tous une expérience et une connaissance du terrain qui sont utiles pour construire des réponses adaptées. La gestion du littoral oblige aussi à trouver des équilibres parfois complexes entre protection des écosystèmes, activités économiques, tourisme ou aménagement du territoire. Cela demande du dialogue et une capacité à faire travailler ensemble des acteurs qui n’ont pas toujours les mêmes priorités.
C’est justement ce que cherche à faire le projet RECOS à travers l’approche de Gestion intégrée des zones côtières (GIZC), en favorisant des démarches construites avec les territoires et les acteurs locaux. Pour l’AFD, cette approche est particulièrement importante dans les petits États insulaires, où les solutions les plus durables sont souvent celles qui peuvent être comprises, partagées et portées localement.
Les pays insulaires du sud-ouest de l’océan Indien figurent parmi les plus vulnérables aux effets du changement climatique. Comment RECOS s’articule-t-il avec les autres engagements de l’AFD en matière de résilience climatique dans la région ?
RECOS fait partie des initiatives soutenues par l’AFD dans l’océan Indien pour accompagner les territoires insulaires face aux effets du changement climatique. Dans les territoires insulaires de la région, les effets du changement climatique sont déjà visibles au quotidien : érosion du littoral, montée du niveau de la mer, événements météorologiques plus intenses ou encore dégradation des récifs coralliens.
Ces évolutions ont des conséquences directes sur les populations, les infrastructures et des secteurs essentiels comme le tourisme ou la pêche. À Maurice, l’AFD accompagne depuis plusieurs années le renforcement des connaissances et des capacités d’action sur ces sujets. Cela passe notamment par les travaux menés avec le BRGM sur les risques d’érosion et de submersion marine à Maurice et Rodrigues, afin d’aider les autorités à mieux anticiper les risques et à orienter les choix d’aménagement du territoire.
En parallèle, le programme AdaptAction, porté par l’AFD et Expertise France, accompagne les réflexions et les politiques publiques liées à l’adaptation au changement climatique, notamment sur les enjeux de gestion des risques côtiers et d’inondation. L’objectif est de transformer les connaissances scientifiques en politiques publiques, outils de gouvernance et investissements concrets. Le projet RECOS vient compléter ces approches avec une forte dimension territoriale. À travers les projets pilotes, les échanges d’expériences et les approches de GIZC, il contribue à rapprocher expertise scientifique, action publique et réalités locales.
L’intérêt de cette complémentarité est justement de relier plusieurs niveaux d’action : mieux comprendre les risques, renforcer les politiques publiques, mais aussi expérimenter des solutions concrètes avec les territoires et les acteurs locaux. Dans les petits États insulaires, cette articulation entre connaissance scientifique, action publique et projets de terrain est essentielle pour construire des réponses durables face aux défis climatiques.
Un plan GIZC n’a de valeur que s’il est mis en œuvre après sa conception. Comment l’AFD envisage-t-elle d’accompagner Maurice dans le passage du Plan d’action GIZC du district de Rivière-Noire à sa réalité opérationnelle ?
L’AFD partage pleinement cette idée : l’enjeu aujourd’hui est surtout de passer des études et des plans d’action à des réalisations concrètes sur le terrain. Depuis plusieurs années, l’AFD accompagne Maurice sur les questions de résilience côtière et d’adaptation au changement climatique. Les travaux menés avec le BRGM ont notamment permis de mieux documenter les risques d’érosion et de submersion marine afin d’aider les autorités à anticiper les évolutions du littoral et à orienter les choix d’aménagement.
En parallèle, plusieurs espaces de dialogue ont émergé ces dernières années autour des enjeux de gestion du littoral, avec la participation des autorités publiques, des collectivités, des scientifiques, du secteur privé et de la société civile. Ces échanges ont contribué à faire progresser la réflexion collective sur les priorités d’action et les conditions de mise en œuvre d’une gestion plus intégrée du littoral à Maurice. Le projet RECOS s’inscrit dans cette dynamique à travers une approche très territoriale fondée sur la GIZC.
À travers les projets pilotes, les échanges d’expériences et le travail conduit avec les acteurs locaux, le projet permet aussi de faire émerger des façons de travailler plus coordonnées et adaptées aux réalités du terrain. L’enjeu désormais est de poursuivre ce travail dans la durée : renforcer la coordination entre acteurs, identifier les priorités d’action et d’investissement, accompagner la maturation de certains projets et continuer à faire le lien entre expertise scientifique, politiques publiques et réalités territoriales. Dans cette perspective, le Plan d’Action GIZC de Rivière-Noire constitue une étape importante. Il peut servir de cadre concret pour mettre en œuvre des solutions reproductibles dans d’autres territoires mauriciens confrontés aux mêmes défis.

