Ressource critique en eau et restrictions — À quand la délivrance ?!

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Des précipitations, histoire de limiter la casse

La météo prévoit une pluviométrie inférieure à la normale entre août et novembre

La soupe à la grimace du côté de nombreux professionnels confrontés au casse-tête de rareté du précieux liquide

La Water Ressources Unit (WRU) maintient le resserrage des robinets en vue d’économiser les faibles ressources en eau disponibles, mais (fait assez rare pour être souligné) le niveau global de l’eau des 7 réservoirs – enregistrant une baisse de 2% à 4% chaque semaine depuis quatre mois – s’est stabilisé à 62% au cours des 5 derniers jours grâce aux précipitations. Bien qu’anecdotique, le réservoir de La Nicolière en a le plus bénéficié : son taux de remplissage, de mardi à hier, est passé de 51,9% à 55,5%. Ne nous voilons, toutefois, pas la face. La situation reste critique, d’autant que la météo prévoit une pluviométrie inférieure à la normale entre août et novembre, dans un contexte marqué par le renforcement du phénomène El Niño. C’est la soupe à la grimace du côté de nombreux professionnels, confrontés, à l’instar des agriculteurs, au casse-tête de rareté de l’eau qui devient un réel obstacle à la bonne marche de leurs activités.

Contrairement à l’absence de précipitations significatives enregistrées depuis plusieurs semaines dans les régions dotées du plus grand nombre de réservoirs, aussi bien en termes de stockage que de réserves hydrologiques (Bagatelle Dam, Mare-aux-Vacoas et Midlands Dam, etc.), Vacoas, Moka, Midlands, Grand-Bassin et le Nord ont, cette fois, fait partie du top 10 des régions les plus arrosées. Outre la lueur d’espoir naissante à La Nicolière, le réservoir Mare-aux-Vacoas, qui était passé sous la barre des 40%, mardi, remonte un peu la pente en pointant désormais à 40,8%, alors que les niveaux des barrages de Midlands (80,5%) et Bagatelle (71%) se stabilisent. Reste qu’avec environ 100,000 m³ puisés chaque jour dans le principal réservoir du pays, les autorités doivent, bon gré mal gré, préserver au maximum un stock qui ne se reconstitue pas suffisamment, en attendant des jours meilleurs.

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Ces quelques jours d’averses non prolongées, couplées au ciel plus ou moins nuageux couvrant le pays actuellement, est-il un présage des prochaines grosses averses de pluies tant espérées ? La question est sur toutes les lèvres. Soumis aux caprices de Dame Nature, ceux siégeant au sein du Water Resource Monitoring Committee (WRMC) sous la férule du ministre de l’Énergie et des Services publics, Patrick Assirvaden, croisent les doigts en espérant que des pluies abondantes leur offrent un bon bol d’air frais dans les jours à venir… Sauf que cette perspective est prise avec des pincettes par les météorologues.

Les éventuels effets du phénomène El Niño

Se fondant sur une note publiée lundi par la station météorologique de Vacoas sur les éventuels effets du phénomène El Niño à Maurice, Raj Booneeady, Acting Director, confie que « nous sommes toujours en période sèche et les pluies qui ont arrosé le pays, cette semaine, n’ont  fait que limiter la casse. Les risques d’averses sont réels, mais elles ne seront pas salvatrices. Il y a eu un déficit pluviométrique sur la période mai-juin-juillet 2026. L’indice standardisé des précipitations (SPI) affiche une moyenne sur trois mois de -0,17. Les précipitations devraient aussi être légèrement inférieures aux normales à Maurice entre août et novembre 2026. La pluviométrie devrait atteindre 85 mm en août, 70 mm en septembre et 60 mm en octobre, soit, pour chacun de ces trois mois, 80% de la moyenne à long terme. Pour novembre, 75 mm de pluie sont attendus, soit 90% de la moyenne à long terme, un niveau considéré comme normal. »

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La météo indique, enfin, qu’El Niño s’intensifie depuis juin 2026 et devrait continuer à se renforcer pour atteindre un pic autour de la période octobre-décembre 2026, selon l’Organisation météorologique mondiale et des centres météorologiques mondiaux. Elle précise suivre de près l’évolution du phénomène ainsi que celle de l’IOD, du SIOD et d’autres facteurs climatiques susceptibles d’influencer les précipitations, les températures et l’activité cyclonique.

Lenettoyage se fait grâce à des produits biodégradables

Face au scepticisme de la station météorologique quant à de longues périodes pluviales – en sus de promulgation des Central Water Authority (Dry Season) Regulations 2026, prévoyant des restrictions sur certains usages non domestiques de l’eau, comme le lavage des véhicules, le nettoyage des bâtiments, ainsi que l’irrigation des légumes et de la canne à sucre –, les pénuries d’eau risquent de prendre des proportions alarmantes pour plusieurs secteurs d’activités si le pays n’est pas très vite arrosé à profusion.

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C’est la douche froide pour les propriétaires du secteur de Car-Wash. Feroz, propriétaire d’une station-service à Port-Louis, se dit contraint d’utiliser l’eau judicieusement grâce à des seaux ou procéder au nettoyage à sec grâce à des produits professionnels. « Techniquement, nous utilisons un peu d’eau pour les mélanges. Lenettoyage se fait grâce à des produits biodégradables, sans solvants, de vapeur et des chiffons en microfibre. À base de composés polymères, ces produits sont constitués de détergent, de lubrifiant et de lustrant. Ils nettoient toutes les surfaces du véhicule », dit-il.

Également soumises aux restrictions, les entreprises spécialisées dans le nettoyage de bâtiments ne sont pas en mesure d’accepter de gros contrats en ce moment. « Certaines surfaces demandent des lavages à haute pression, comme dans les hôtels et les grands bâtiments. Ainsi, nous sommes obligés de ne pas accepter ces contrats, en attendant que la situation revienne à la normale », fait ressortir Guillaume Auffray, de la compagnie Reckless Rope Solution (RPS), qui souligne, cependant, que « fort heureusement, outre le nettoyage des vitres, notre firme est aussi spécialisée dans la maintenance des bâtiments, le waterproofing et le débroussaillage d’arbres, entre autres. On croise les doigts pour que nos activités puissent reprendre normalement le plus vite possible. »

L’eau est une denrée essentielle pour le bon fonctionnement des usines de production, dont celles liées au secteur de la pêche. Du nettoyage des poissons à la préservation, en passant par les procédés de la transformation, l’eau est énormément utilisée à tous les niveaux. Un professionnel de ce secteur soutient que « dans la conjoncture, nous devons nous assurer que nous avons toujours le stock nécessaire. Notre usine dispose de réservoirs d’eau géants souterrains. Cependant, depuis quelque temps, en raison de la sécheresse, nous sommes dans l’obligation de solliciter les camions-citernes de la CWA, car le volume d’eau dans nos réservoirs ne suffit pas. Prions pour que les choses s’améliorent très vite, car cela devient très pénible. »

Le secteur de la production vivrière paie aussi un lourd tribut, comme dans le nord du pays où  les besoins en eau ne se limitent pas aux besoins domestiques, car une centaine de familles vivent de la culture de légumes. Certes, l’eau est toujours distribuée aux maraîchers du Nord, mais la marge de manœuvre se réduit. Depuis le 10 août, l’Irrigation Authority a ramené de 50,000 à 60,000 m³ à environ 25,000 m³ les volumes distribués aux planteurs de légumes. À La Nicolière, l’un des principaux réservoirs alimentant le Nord, le niveau avoisine 50% de sa capacité. Et les autorités savent qu’une nouvelle réduction de l’approvisionnement pourrait rapidement se traduire dans les champs.

« Les prix devraient rester stables jusqu’en septembre… »

Plus les jours s’égrènent, plus l’angoisse monte du côté des agriculteurs des districts de Pamplemousses et Rivière-du-Rempart qui redoutent le spectre d’un durcissement des restrictions qui conduira inéluctablement à une nouvelle récolte infructueuse et une montée en flèche des prix. Quelques averses apportent un peu de répit, mais elles restent insuffisantes pour stabiliser les cultures. Cette situation nourrit une certaine inquiétude, d’autant que des pluies plus fortes pourraient survenir soudainement et affecter davantage les plantations. « Le changement climatique et la croissance démographique dans le Nord sont souvent cités comme les causes principales de la crise de l’eau que nous connaissons aujourd’hui et, au rythme actuel, la réalisation des objectifs de développement durable au sujet de l’eau est loin d’être sur la bonne voie », confie un habitant de Triolet, qui précise que l’« irrigation maraîchère est maintenue, mais à des volumes réduits. »

D’autres producteurs qu’on a sondés à Piton soutiennent que quand bien même l’eau se raréfie dans les nappes phréatiques, les lacs et les rivières, le salut peut venir du système de l’Irrigation goutte à goutte. « C’est la méthode la plus efficace pour économiser l’eau au potager. Un système d’arrosage précis qui apporte l’eau directement aux racines, réduit les pertes et améliore la croissance des plantes. L’irrigation goutte à goutte allie précision et sobriété, offrant un potager productif tout en préservant l’eau. Une méthode simple et révolutionnaire pour cultiver en harmonie avec les ressources disponibles », souligne Ramesh, agriculteur. Pour l’heure, les légumes disponibles sur le marché se situent entre Rs 40 et Rs 50 la livre, selon la Small Planters Association. Les prix devraient rester relativement stables jusqu’en septembre, à condition que la situation hydrique ne se dégrade pas. « Si la situation hydrique du pays maintient un cap vers le négatif, les prix devraient augmenter », déclare Kreepalloo Sunghoon, secrétaire de cette association.

 

 
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