· À la fermeture de l’appel d’offres international, deux firmes chinoises étaient encore en lice
Des murmures et des petits rires bruissèrent des travées de l’Assemblée nationales au moment où Navin Ramgoolam annonça laconiquement, vendredi, lors de son discours, que « le début de la construction du barrage de Rivière-des-Anguilles est prévu cette année ». Le Premier ministre esquissant lui-même un sourire, forcément, face à un projet annoncé en 2009, devenu le symbole d’une récurrence irréalisable dans les exercices budgétaires des gouvernements successifs de 2010 à ce jour. Si Navin Ramgoolam s’est lancé, c’est que tous les voyants sont au vert, le Central Procurement Board (CPB) devant allouer le contrat pour la construction du barrage dans les semaines à venir. Le coût du projet initial était de 8 milliards…
Il est difficile de compter sur les doigts d’une seule main le nombre de fois où la sempiternelle question du projet du barrage de Rivière-des-Anguilles s’est invitée au Parlement à l’occasion d’un exercice budgétaire. Au final, et selon l’expression consacrée, la montagne a toujours accouché d’une souris. Les choses pourraient être différentes ce coup-ci. En visite sur le site le 9 mars dernier, en compagnie de techniciens du ministère, de la Water Resources Commission, de la Central Water Authority (CWA) ainsi que de représentants de la presse, le ministre des Utilités publiques, Patrick Assirvaden, a confirmé que la construction de ce vaste réservoir hydraulique pourrait débuter vers novembre ou décembre prochains, pour une mise en service envisagée à l’horizon 2029.
Le 5 juin, date de la fermeture de l’appel d’offres international qui avait été lancé l’année dernière, deux firmes chinoises étaient encore en lice. Il s’agit de China International Water & Electric Corp et de Sinohydro Corporation Limited. Les propositions de coûts du projet varient entre 5 et 7 milliards de roupies. Il reviendra au Central Procurement Board d’allouer le contrat pour ce projet qui sera financé par un consortium composé de l’Abu Dhabi Fund for Development, du Saudi Fund for Development et de l’Arab Bank for Economic Development.
Présenté comme un projet stratégique, le Rivière-des-Anguilles Dam vise à renforcer la capacité nationale de stockage d’eau, à améliorer la résilience du pays face aux aléas climatiques et à garantir un approvisionnement durable afin de répondre à la demande croissante dans le sud de l’île. Beaucoup experts s’accordent à dire que ce barrage vaudra son pesant d’or pour soulager entre 50 000 et 60 000 familles vivant dans les régions du Sud, du Sud-Est et du Sud-Ouest de l’île, qui connaissent régulièrement des tensions sur le réseau durant les périodes de sécheresse.
« Mettre en place les conditions de l’EIA Licence »
La rivière qui servira de ressource au barrage a la particularité de regorger d’eau propre. D’après des statistiques publiées en octobre 1999, elle peut apporter jusqu’à 1,8 million de m3 d’eau par mois qui se perdent dans la nature et dans la mer. Le barrage sera un ouvrage en enrochements, doté d’un revêtement étanche en bitume. Sa structure devrait atteindre environ 2 200 mètres de longueur pour une hauteur maximale d’environ 60 mètres. À certains endroits, la profondeur du réservoir pourrait atteindre l’équivalent d’un bâtiment d’environ 22 étages, ce qui illustre l’ampleur de l’ouvrage. La capacité de stockage du futur barrage sera d’environ 12,5 millions de mètres cubes d’eau, soit près de la moitié de celle du réservoir de Mare-aux-Vacoas.
Une question taraude cependant les ONG environnementales : vu que la réalisation du barrage entraînera la disparition d’une partie de la forêt de la région, qui abrite certaines espèces végétales rares, elles veulent savoir si une Etude d’Impact Environnemental (EIA) a été effectuée en prélude des travaux ? Le directeur de la Water Resources Commission, Lomesh Jugoo, répond par l’affirmative. « Il y a un plan pour mettre en place les conditions de l’EIA Licence. Celle-ci a été incorporée dans le document d’appel d’offres. Le contracteur devra respecter ces conditions et aussi s’occuper du reboisement après la construction. Il est prévu de replanter 35 000 arbres sur ce site après les travaux », dit-il.
Plus globalement, Navin Ramgoolam a annoncé qu’une enveloppe de Rs 175 millions sera allouée afin de permettre à 11 000 foyers de se procurer des réservoirs d’eau et les équipements nécessaires. Cette mesure vise à faciliter l’accès à un approvisionnement continu en eau pour les ménages concernés. Par ailleurs, Rs 6,4 milliards seront investies au cours des trois prochaines années pour augmenter la capacité de captage et de stockage de l’eau. 20 forages seront réalisés afin de renforcer les ressources en eau disponibles. Le programme prévoit également le remplacement de conduites et la mise en place de 15 unités de filtration sous pression.
Légende
Une vue aérienne du site où sera construit le barrage

