RODRIGUES — Assemblée Régionale : Trois années de défaillances systémiques confirmées par les audits

Trois commissions ont été retenues parmi l’ensemble des commissions de l’Assemblée régionale de Rodrigues (ARR) dans le cadre du dernier rapport du Directeur de l’Audit, à savoir les commissions de l’Agriculture, de l’Environnement et de la Santé, les autres commissions n’ayant pas encore fait l’objet d’un examen. Et le résultat n’est pas très reluisant, notamment en matière de gouvernance et de gestion financière.

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La publication du dernier rapport confirme ainsi une tendance lourde, caractérisée par des faiblesses persistantes en matière de gouvernance, de gestion financière et de contrôle institutionnel, sans amélioration significative au fil du temps. L’Audit dresse un premier constat préoccupant, à savoir que pour la troisième année consécutive, les comptes de l’ARR font l’objet d’une opinion avec réserve. Ce qui confirme que des anomalies importantes continuent d’affecter la fiabilité des états financiers.

L’introduction des normes comptables internationales IPSAS, basée sur la comptabilité d’exercice, devait pourtant représenter une avancée majeure. Mais elle a, au contraire, mis en évidence des lacunes structurelles profondes. La section des Finances ne dispose pas des compétences requises, ce qui a conduit à une situation où des actifs représentant plusieurs milliards de roupies, incluant des terres de l’État et des infrastructures, ne sont ni correctement recensés ni évalués.

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Au-delà des purs aspects comptables, les rapports révèlent aussi une répétition quasi systématique des mêmes insuffisances. Les systèmes de contrôle interne demeurent faibles, la supervision financière reste insuffisante et les retards dans les processus de Reporting continuent de nuire à la transparence. Ces lacunes traduisent des problèmes structurels désormais bien installés.

Les constats d’audit dans les domaines relevant de l’agriculture mettent ainsi en évidence des faiblesses récurrentes dans la gestion des programmes et des ressources. Les rapports signalent des situations où « no proper monitoring mechanism was in place », traduisant une absence de suivi structuré des projets et des bénéficiaires.

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Des insuffisances importantes sont également relevées dans la gestion administrative, avec des cas où « records were not properly maintained ». Ce qui concerne notamment le suivi des programmes, la gestion des données et la traçabilité des actions entreprises.
L’efficacité des dépenses publiques est directement mise en cause. Dans plusieurs cas, il est indiqué que « the expected objectives were not achieved », ce qui révèle un écart significatif entre les ressources mobilisées et les résultats obtenus. Cette situation est aggravée par l’absence d’évaluation des performances, les audits notant : « … there was no evidence that performance was assessed ».

Enfin, des problèmes de conformité persistent. Les rapports mentionnent ainsi que « procurement procedures were not fully complied with », ce qui fragilise la transparence et l’efficacité dans l’utilisation des ressources.

Mécanismes insuffisants

Les observations relatives aux domaines environnementaux révèlent également des lacunes et manquements similaires, notamment dans la gestion des déchets et des infrastructures environnementales. Les audits font ainsi état de situations où « waste was not disposed of in a timely manner », entraînant des accumulations de déchets et des retards dans leur traitement. Les infrastructures présentent aussi des défaillances, avec des cas où « the facility was not operating as expected ». À cela s’ajoutent des problèmes d’entretien, les audits indiquant que « the site was not properly maintained ».

Les mécanismes de suivi et de contrôle sont par ailleurs insuffisants, en témoignent les observations selon lesquelles « no proper monitoring mechanism was in place ». Cette absence de supervision contribue à l’apparition de risques environnementaux, les rapports soulignant que « appropriate measures were not taken to mitigate risks ».

Les systèmes d’information sont également déficients, avec des cas où « records were not properly maintained ». Ce qui rend difficile le suivi des opérations et l’évaluation des politiques mises en œuvre. Dans plusieurs projets, il est ainsi noté que « the objectives of the project were not achieved », confirmant une faible efficacité des interventions.

Les constats d’audit dans le secteur de la santé illustrent pour leur part de manière concrète les conséquences des faiblesses de gestion. Le rapport 2024-25 met en effet en lumière le fait que des équipements médicaux essentiels, tels qu’un scanner et un appareil de mammographie, sont restés non opérationnels pendant de longues périodes, entraînant le transfert de patients vers Maurice.

Les audits révèlent également que plusieurs équipements spécialisés, notamment en ophtalmologie, sont restés hors service pendant des années. Des appareils nécessaires au diagnostic et au traitement de pathologies importantes n’étaient de plus pas fonctionnels lors de visites répétées de spécialistes entre 2024 et 2025, et ce, malgré des alertes formulées dès 2019.

De manière plus générale, la gestion des équipements et des infrastructures reste problématique, rejoignant le constat selon lequel « assets were not being utilised optimally ». Cette situation traduit des insuffisances dans la maintenance, la planification et l’utilisation des ressources disponibles.

De manière transversale, les mêmes faiblesses apparaissent dans les trois commissions analysées. Les systèmes de contrôle sont insuffisants, les mécanismes de suivi sont défaillants et l’évaluation des performances est quasi absente. Autre élément marquant : le suivi des recommandations d’audit. Une proportion limitée seulement des recommandations formulées lors de l’exercice précédent a en effet été pleinement mise en œuvre, ce qui met en évidence l’absence de mécanismes efficaces de correction.
Le constat le plus préoccupant demeure cependant l’absence de progrès notables. Les problèmes identifiés en 2022-23 se sont ainsi retrouvés pratiquement inchangés en 2023-24 puis en 2024-25. Cette continuité traduit une incapacité à corriger les faiblesses structurelles et à mettre en œuvre efficacement les recommandations.

L’implication est claire, à savoir que l’ARR continue de fonctionner, mais son efficacité reste limitée par des déficiences persistantes dans ses systèmes de gestion et sa capacité administrative. Les ressources publiques sont mobilisées sans garantie suffisante d’efficacité, de transparence et de résultats mesurables.

Pris dans leur ensemble, les rapports d’audit délivrent un message sans équivoque : sans réformes structurelles ni renforcement des capacités et mise en place de mécanismes rigoureux de suivi et d’évaluation, les mêmes dysfonctionnements continueront de se reproduire, avec des conséquences durables sur la gestion des ressources, la qualité des services publics et le développement de Rodrigues.

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