À Rodrigues, 342 décès en 2024. 285 en 2025. Déjà 146 durant les six premiers mois de 2026. Mais derrière ces chiffres, une question demeure : combien de Rodriguais meurent avant l’âge où ils auraient encore dû profiter pleinement de leur vie ?
Rodrigues est en droit de poser la question. Dans une petite communauté insulaire, chaque disparition prématurée résonne dans toute la société. Une mère, un père, un frère, une sœur, un travailleur, un entrepreneur, un sportif, un jeune adulte… lorsqu’une vie s’arrête brutalement, ce n’est pas seulement une famille qui est touchée.
Les statistiques officielles du ministère de la Santé montrent que les maladies du système circulatoire constituent la première grande catégorie de décès à Rodrigues. En 2024, elles représentaient 34,8 % des décès, soit 119 décès.
Les maladies endocriniennes, nutritionnelles et métaboliques représentaient 21,6 %, soit 74 décès, tandis que les cancers représentaient 12 %, soit 41 décès. Ces trois catégories représentaient ainsi près de sept décès sur dix enregistrés à Rodrigues en 2024.
Mais une donnée essentielle fait défaut au débat public : combien de ces personnes avaient moins de 70 ans ? C’est précisément cette question qui permettrait de mesurer l’ampleur réelle de la mortalité prématurée.
Combien de personnes meurent d’une crise cardiaque à 45, 50 ou 55 ans ? Combien décèdent d’un AVC avant 60 ans ? Combien découvrent leur diabète après l’apparition de complications graves ? Combien de cancers sont diagnostiqués trop tard ? Combien de personnes auraient pu être sauvées ou vivre plus longtemps grâce à un dépistage plus précoce ? Ces questions méritent des réponses chiffrées.
La prévention ne peut pas commencer lorsque le patient arrive aux urgences. Elle doit commencer beaucoup plus tôt : contrôle de la tension artérielle, dépistage du diabète, contrôle du cholestérol, lutte contre le tabagisme, alimentation équilibrée, activité physique, dépistage des cancers et suivi régulier des personnes à risque.
Dans une île où les ressources médicales spécialisées sont nécessairement plus limitées que dans un grand centre urbain, la prévention et le dépistage prennent une importance particulière.
Par ailleurs, les chiffres disponibles ne permettent pas d’affirmer qu’il existe actuellement une explosion des décès prématurés à Rodrigues. Le nombre total de décès est même passé de 342 en 2024 à 285 en 2025.
Mais les statistiques montrent clairement le poids des maladies cardiovasculaires, métaboliques et des cancers dans la mortalité de l’île.

