Après des années de pénuries et de difficultés d’approvisionnement en eau à Rodrigues, l’unité de dessalement de Pointe-Coton est entrée en opération dimanche. Dès lundi matin, des camions-citernes ont sillonné Rodrigues pour distribuer de l’eau, tandis que Johnson Roussety annonçait une montée en puissance progressive du réseau.
L’eau commence à couler depuis Pointe-Coton. La mise en opération, annoncée avec une capacité de production de 3 000 mètres cubes par jour, a commencé à alimenter une partie du réseau principal jusqu’à Roche-Bon-Dieu, sur une distance d’environ un kilomètre du site. Très tôt lundi matin, plusieurs camions-citernes, appartenant à des opérateurs privés, à Rod Clean et à la Rodrigues Public Utilities Corporation (RPUC) ont effectué de nombreux déplacements à travers l’île. Les opérations se sont poursuivies jusque tard dans l’après-midi. Tandis que certains opérateurs privés vendaient de l’eau, les camions de Rod Clean et de la RPUC en distribuaient gratuitement aux personnes considérées comme les plus vulnérables.

Une mise en opération sans grande cérémonie
La mise en opération de cette installation s’est déroulée en présence du chef commissaire adjoint, Johnson Roussety, de la commissaire de la Femme, Christianne Agathe, de Nathaniel, chef de département, ainsi que du Manager du Board, accompagnés de représentants de la RPUC et de la Water Unit. L’absence du chef commissaire, de l’Island Chief Executive, du Chairman de Rod Clean, des autres commissaires et de plusieurs membres du conseil d’administration de la RPUC a été remarquée. Plusieurs personnes présentes portaient des vêtements rouges, couleur associée au parti FPRÉ. Des activistes et des membres de cette formation politique étaient également sur place.Les visiteurs ont pu découvrir l’intérieur de la salle de dessalement et observer les machines en fonctionnement. Ils ont également eu l’occasion de goûter l’eau produite par l’installation.
Après avoir goûté l’eau, Johnson Roussety l’a décrite comme étant « trop fade », une remarque qui a suscité des réactions parmi les personnes présentes. Il a également proposé d’en faire parvenir au Premier ministre et estimé que cette ressource pourrait ouvrir des possibilités commerciales.
Le contracteur principal a, pour sa part, présenté les différentes étapes du processus dans la salle de commande, au premier étage, en expliquant les schémas et les données affichés sur les écrans de contrôle.
Johnson Roussety a expliqué que le Premier ministre l’avait appelé pour exprimer ses regrets de ne pouvoir être présent à cet événement. Selon lui, le chef du gouvernement lui aurait demandé de procéder malgré tout à la mise en service, compte tenu du caractère symbolique de cette date.
Le chef commissaire adjoint a toutefois tenu à préciser qu’il ne s’agissait pas d’une inauguration officielle, mais bien « d’une mise en opération ». Il a salué le travail du contracteur principal, Serveng Setta, qualifiant la réalisation de « merveilleuse ». Il a également attribué le démarrage de l’installation à la commission de l’Eau et exprimé sa fierté de voir le projet devenir une réalité à Rodrigues.
Revenant sur l’origine du projet, Johnson Roussety a expliqué que l’idée avait été proposée en 2022, dans un contexte de sécheresse et de fortes préoccupations concernant les ressources en eau de l’île. Il a indiqué avoir lui-même participé, avec Christopher Bégué, à un état des lieux visant notamment à relancer les activités de la RPUC avec de nouvelles ressources humaines.
Rodrigues a dû recourir à un emprunt d’environ un milliard de roupies pour concrétiser ce projet. Il a également affirmé avoir initialement proposé une capacité de 6 000 mètres cubes par jour, avant qu’une capacité inférieure ne soit retenue. Pour lui, l’installation actuelle constitue une première phase d’un programme plus vaste destiné à améliorer durablement l’approvisionnement en eau.
Johnson Roussety a annoncé qu’un système supplémentaire de 1 000 mètres cubes devrait être réalisé afin de porter la capacité globale envisagée à 4 000 mètres cubes par jour. Il a précisé que deux réservoirs d’une capacité de 2 000 mètres cubes chacun avaient été remplis et que les camions-citernes pouvaient venir s’approvisionner pour assurer la distribution.
Un projet né de la sécheresse de 2022
Le chef commissaire adjoint a invité les propriétaires de camions-citernes à participer à cette opération. Selon lui, l’eau est mise gratuitement à la disposition des transporteurs qui viennent la récupérer, afin de faciliter son acheminement vers les différentes régions de Rodrigues.
Il a évoqué un objectif de mobilisation pouvant atteindre 200 camions pour la fin de l’année, dans le but de soulager les familles confrontées aux difficultés d’approvisionnement. Ce chiffre correspond à un objectif annoncé et devra être suivi à mesure que le dispositif sera déployé.
Concernant la distribution par canalisation, Johnson Roussety a indiqué que le réseau devrait être prolongé jusqu’à Petit-Brûlé dans un délai d’environ trois semaines. L’approvisionnement pourrait ensuite concerner Papaye et Manique. Il a également annoncé la prochaine mise en service d’un réservoir supplémentaire de 1 000 mètres cubes.
À terme, l’eau devrait être acheminée vers plusieurs régions, notamment Montagne-Patate, L’Union, Petit-Brûlé, Malabar et Malartic, avec une extension envisagée en direction de Baie-aux-Huîtres.
L’objectif affiché est de relier progressivement les réservoirs et d’organiser la distribution de manière plus structurée. Johnson Roussety a notamment évoqué la possibilité d’acheminer l’eau vers Baie-Topaze, en utilisant la gravité sur certaines portions du réseau après Petit-Brûlé. Il a remercié les équipes techniques ainsi que Lux Consult et le Canal de Provence, en France, pour leur contribution et leur expertise.
Jusqu’à 1 000 familles par jour ?
Selon les chiffres avancés par Johnson Roussety, le dispositif pourrait permettre de distribuer environ 3 mètres cubes d’eau par famille, avec un objectif pouvant atteindre 1 000 familles par jour. Il s’agit toutefois d’une estimation annoncée, dont la réalisation dépendra notamment de la capacité effective de production, du nombre de camions mobilisés, des distances à parcourir et de l’organisation de la distribution.
Le chef commissaire adjoint s’est dit convaincu que la situation s’améliorera progressivement. Il a même déclaré que, d’ici à deux ans, le problème de l’eau pourrait appartenir au passé, avec une distribution envisagée chaque semaine, voire tous les quinze jours selon les secteurs.
Le démarrage de l’unité de Pointe-Coton marque une étape importante dans la recherche de solutions aux pénuries d’eau à Rodrigues. Mais au-delà des machines en fonctionnement et des annonces, le véritable test sera celui de la distribution quotidienne.
Les Rodriguais attendent désormais de savoir dans quels délais les différentes régions seront raccordées, combien de familles bénéficieront effectivement de l’eau et à quelle fréquence les livraisons pourront être assurées.La mise en opération est une première étape. La réussite du projet se mesurera surtout à la régularité de l’approvisionnement et à l’amélioration concrète des conditions de vie des familles.À Pointe-Coton, les machines tournent. Reste maintenant à faire en sorte que l’eau arrive durablement jusque dans les foyers rodriguais.

