Après l’agression subie par le personnel du SAMU dimanche dernier à Petite-Rivière, dénoncée publiquement par le ministre de la Santé, Anil Bachoo, sur sa page Facebook, plusieurs syndicats du secteur de la santé sont montés au créneau pour condamner la multiplication des violences envers le personnel médical. Ainsi, le Dr Ryad Sham, président de l’Emergency Medicine Doctors Union (EMDU), a vivement dénoncé les agressions « verbales et physiques » visant les soignants. Pour lui, ces incidents deviennent de plus en plus fréquents et préoccupants.
Le syndicaliste a évoqué plusieurs cas récents ayant marqué les établissements hospitaliers du pays. Il a notamment cité l’affaire survenue à l’hôpital Jeetoo, où un orthopédiste aurait été insulté, filmé puis exposé sur les réseaux sociaux après avoir été accusé d’avoir fracturé la main d’un enfant. « Je ne crois pas à cette version des faits », a déclaré le Dr Sham.
Il a également abordé l’agression survenue l’année dernière à l’hôpital Victoria, celle plus récente à l’hôpital Sir Anerood Jugnauth où un Duty Manager avait été agressé, ainsi que le cas d’un médecin de l’hôpital de Rose-Belle ayant subi une fracture du nez après avoir reçu un coup de poing. À cela s’ajoute, selon lui, l’agression du personnel du SAMU dimanche dernier.
Face à cette situation, le président de l’EMDU estime qu’il est temps d’envoyer un message fort à la population et aux auteurs de violences. « Enough is enough. Nous ne pouvons plus tolérer ces comportements inacceptables, voire barbares », s’insurge-t-il.
Le Dr Sham a également mis en avant les difficultés auxquelles sont confrontés les services d’urgence au quotidien. D’après lui, environ 1 500 appels sont reçus chaque jour pour une cinquantaine d’interventions effectuées avec seulement dix ambulances disponibles. Après les heures de bureau, ce nombre est réduit à six véhicules, obligeant les équipes à effectuer un triage des urgences. « Lorsque nous expliquons la situation aux appelants, certains deviennent menaçants au téléphone », déplore-t-il.
Le président de l’EMDU propose ainsi la création d’une unité spécialisée chargée du suivi des cas d’agressions contre le personnel médical. Il a également invité le bureau du commissaire de police à prendre les mesures nécessaires afin de prévenir de nouveaux incidents.
De son côté, le Dr Vinesh Sewsurn, président de la Medical and Health Officers Association (MHOA), avance que la situation est devenue critique. Il avertit que le personnel soignant est de plus en plus poussé vers des actions syndicales, ce qui pourrait affecter le bon fonctionnement du système de santé. Il appelle les autorités à consolider rapidement les dispositifs de sécurité dans les hôpitaux, centres de santé et ambulances afin de mieux protéger les travailleurs de première ligne.
Rajah Boodia, président du Ministry of Health Transport Workers Union (MHTWU), a pour sa part jugé inacceptable que des infirmiers et infirmières quittent quotidiennement leur domicile pour exercer leur métier et se retrouvent victimes d’agressions physiques ou verbales, que ce soit de la part de patients, de leurs proches ou même de personnes extérieures.
Le Dr Farhad Aumeer, également député, a fermement dénoncé ces actes de violence qu’il qualifie de véritable « traumatisme » pour les soignants agressés ainsi que pour leurs proches. Il a plaidé en faveur de la mise en place d’une assurance spéciale destinée aux membres du personnel de santé blessés dans l’exercice de leurs fonctions.
Il a également fait ressortir que les établissements de santé enregistreraient en moyenne au moins deux cas d’agressions verbales ou physiques chaque semaine, soit près d’une centaine de cas par an. Face à cette situation qu’il juge préoccupante, il a réclamé des mesures concrètes, un renforcement des campagnes de sensibilisation dans les hôpitaux ainsi que des sanctions plus sévères contre les auteurs de violences.
Le négociateur de l’EMDU, Radhakrishna Sadien, a, de son côté, réclamé une révision des protocoles de sécurité dans les établissements de santé. Il a également demandé l’installation de dispositifs de surveillance supplémentaires dans les services jugés sensibles, ainsi qu’un renforcement de la présence policière dans les zones considérées à risque.
Dans une déclaration commune, les différents syndicats ont plaidé pour l’adoption d’une politique de tolérance zéro face aux violences visant le personnel médical. Ils ont aussi plaidé pour une meilleure reconnaissance du travail accompli quotidiennement par les professionnels de la santé, qui œuvrent souvent dans des conditions difficiles au service de la population.

