Le gouvernement n’entend pas opposer la réduction des pertes d’eau non facturées (Non-Revenue Water) aux projets de dessalement. Le ministre de l’Énergie et des Services publics, Patrick Assirvaden, a affirmé qu’il n’a jamais été question de privilégier une approche au détriment de l’autre. Répondant à une interpellation parlementaire de Joanna Bérenger, il a avancé que ces deux axes sont complémentaires et constituent les piliers de la stratégie nationale visant à consolider la sécurité hydrique du pays.
Le ministre avance que le secteur du Non-Revenue Water a été démantelé au cours des cinq dernières années, après des années de sous-investissement et de manque d’entretien du réseau de distribution et d’adduction. Pour lui, le remplacement de l’ensemble des quelque 1 500 kilomètres de conduites vétustes représenterait des investissements de l’ordre de Rs 37,5 milliards, une somme considérable qui nécessite une planification à long terme.
« Le dessalement et la réduction du Non-Revenue Water sont deux stratégies qui doivent aller de pair », maintient Patrick Assirvaden. Il ajoute que les effets du changement climatique, notamment la diminution des précipitations et l’assèchement progressif de certains forages, obligent le pays à revoir son modèle de gestion de l’eau.
Dans cette optique, plusieurs projets sont en cours pour réduire les pertes sur le réseau. Ils comprennent notamment le remplacement d’environ 114 kilomètres de conduites vétustes grâce à une ligne de crédits de l’Inde, avec un investissement de Rs 2,9 milliards, la mise en œuvre d’un programme intégré de réduction des pertes dans la région Est, le remplacement de compteurs en vrac défectueux, le déploiement de systèmes de télémétrie et de télésurveillance ainsi que l’acquisition régulière d’équipements spécialisés pour la détection des fuites.
Le ministère travaille également de concert avec la Singapore Cooperation Enterprise pour élaborer une stratégie nationale à long terme visant à réduire les pertes d’eau, avec la mise en place d’un projet pilote dans la région Est.
Parallèlement, Patrick Assirvaden estime que le dessalement devra prendre une place de plus en plus importante dans la politique nationale de l’eau. « Avec le changement climatique et la baisse des pluies, certains boreholes arrivent à sec. Nous sommes obligés, pour les années à venir, de suivre quelque peu le modèle rodriguais et aller vers le dessalement », a-t-il concédé.
Le Nord du pays est particulièrement ciblé en raison de ses difficultés récurrentes d’approvisionnement et de la croissance de la demande liée aux développements résidentiels, agricoles, commerciaux et touristiques. Le gouvernement envisage ainsi la construction d’une unité de dessalement alimentée à l’énergie solaire, d’une capacité comprise entre 10 000 et 50 000 mètres cubes d’eau par jour.
Une manifestation d’intérêt internationale avait été lancée en septembre 2025 pour une étude de faisabilité. Quatre soumissionnaires présélectionnés ont été invités à déposer leurs offres, avec une date limite fixée au 24 juillet. L’attribution du contrat est attendue en septembre prochain, tandis que l’étude devrait durer environ dix mois.
Cette étude devra notamment identifier les sites appropriés, évaluer les coûts d’investissement et d’exploitation, proposer un modèle financier viable et déterminer les technologies adaptées pour la gestion des rejets, dans le respect des normes environnementales. Le gouvernement a également sollicité l’expertise du Maroc et de l’Arabie saoudite, deux pays reconnus pour leur expérience dans le domaine du dessalement à grande échelle.
Patrick Assirvaden a relevé le fait que tout projet de dessalement devra respecter les exigences environnementales, légales et sociales, conformément aux principes du développement durable.
Répondant à Joanna Bérenger au sujet de la situation du réservoir de Mare-aux-Vacoas, le ministre a reconnu que celui-ci demeure une préoccupation majeure pour les autorités. « Mare-aux-Vacoas nous inquiète », laisse-t-il entendre, expliquant que la baisse du niveau du réservoir est principalement due à l’absence de précipitations suffisantes dans cette région.
Il a dit que Mare-aux-Vacoas est descendu à moins de 45 % de sa capacité, alors que les autres réservoirs du pays affichent un niveau jugé plus acceptable, avec un taux de remplissage global d’environ 66,6 %. Il a également indiqué que les rivières et canaux alimentant le réservoir sont plus ou moins à sec.
Le ministre a réitéré que le dessalement figure parmi les six piliers du Plan Marshall adopté par le gouvernement en octobre 2025 pour renforcer durablement les ressources en eau du pays. Les autres axes concernent le développement des eaux souterraines, une meilleure mobilisation des eaux de surface, la valorisation des eaux issues des canaux de fuite des centrales hydroélectriques, la réutilisation des eaux usées traitées ainsi que la construction de mini-barrages et de déversoirs.
Pour Patrick Assirvaden, l’ensemble de ces mesures s’inscrit dans une approche intégrée destinée à garantir un approvisionnement en eau fiable, durable et résilient face aux défis climatiques à venir.

