Le réseau ANFEN (Adolescent Non-Formal Education Network) a lancé hier, une campagne de sensibilisation forte en émotions sur la santé mentale. Intitulée #ToPaTousel, elle est constituée de trois vidéos réalisées par les jeunes et pour les jeunes. Cette campagne fait partie du Projet Santé Mentale Jeunes (PSMJ) 2026, porté par ANFEN. Les vidéos seront mises en ligne le 10 octobre, à l’occasion de la Journée mondiale de la santé mentale.
Le lancement a eu lieu à l’Institut français de Maurice, en présence des jeunes et de différents partenaires. Les ambassadeurs du réseau ANFEN ont ainsi dévoilé les fruits de longs mois de travail, constitués de réflexion, d’ateliers d’écriture et de créations visuelles. Trois vidéos, intitulées Rezilians, Respe et Lamitie, constituant le cœur de la campagne de sensibilisation #ToPaTousel, ont été présentées. Pensée et conçue « par et pour les jeunes », cette initiative marque une avancée majeure du Projet Santé Mentale Jeunes (PSMJ) 2026.
Chaque projection a été suivie d’un témoignage et d’un partage par un jeune ambassadeur. Car derrière les caméras et les messages de cette campagne, se trouvent des parcours de vie singuliers. De nombreux jeunes impliqués se sont, à un moment donné, retrouvés en marge du système éducatif classique. Marqués par le décrochage scolaire, des difficultés d’apprentissage, ou encore des vulnérabilités familiales et sociales, ils ont trouvé au sein des centres ANFEN un espace pour se reconstruire.
Stéphanie Ha Yeung, manager d’ANFEN, a affirmé qu’environ 75 % des nouveaux admis dans ces structures présentent d’importantes lacunes en lecture, écriture et calcul. Pourtant, grâce à une pédagogie adaptée, des activités pratiques et un accompagnement psychosocial, ces jeunes retrouvent confiance en eux et goût à l’apprentissage. Des indicateurs encourageants ont été relevés ces dernières années.
Depuis 2022, le taux de réussite au National Certificate 1 Adult Literacy se situe autour de 85%, où les formations spécialisées en cuisine et production alimentaire témoignent de l’efficacité de cette éducation non-formelle, véritable tremplin vers l’insertion et l’autonomie.
À l’Oasis de Paix – École Père Henri-Souchon, les 21 jeunes présentés au National Certificate 2 l’année dernière ont tous réussi, tandis que l’École Culinaire Aline-Leal enregistre un taux de réussite de 100 % au National Certificate 3 Food Production depuis trois ans. « Au-delà des diplômes, les centres observent également des progrès en matière de régularité, d’autonomie et de capacité à se projeter dans l’avenir », a fait ressortir Stéphanie Ha Yeung.
Plusieurs jeunes ont livré des témoignages poignants. Romain, 15 ans, de To Rev Nou Vision, a raconté son ancienne école et comment il est resté plusieurs mois à la maison. « Ici, les professeurs prennent le temps d’expliquer. On se sent comme dans une famille ». Pour lui, l’école lui a donné « une deuxième chance ». Aujourd’hui, il se prépare aux examens du NC1 et souhaite poursuivre une formation en soudure.
Naomi, 15 ans, a témoigné des difficultés rencontrées dès le primaire et qui se sont poursuivies au collège. Elle explique avoir longtemps pensé qu’elle avait terminé l’école et ne voulait plus reprendre les apprentissages.
À To Rev Nou Vision, elle a repris les mathématiques, l’anglais et le français, tout en découvrant la couture, l’informatique, la cuisine et le jardinage. « Ici, quand nous ne comprenons pas, les professeurs prennent le temps de nous expliquer, parfois même plusieurs fois, jusqu’à ce que nous comprenions ».
Estrella, 13 ans, est arrivée au centre à douze ans, sans savoir lire ni écrire. Elle a mis l’accent sur l’importance du temps accordé par les enseignants et des apprentissages pratiques qu’elle a pu développer, notamment en cuisine et en couture. Son parcours l’a également conduite à devenir ambassadrice dans le cadre du Projet Santé Mentale Jeunes. « Pour moi, être ambassadrice signifie donner le bon exemple à d’autres jeunes ».
Au Centre d’Apprentissage Paille en Queue, Nathanael et Jade ont affirmé avoir eu un parcours enrichissant où ils ont eu l’occasion de s’adonner au sport, à la cuisine, à l’informatique et à la musique. Ils ont mis l’accent sur l’encadrement des animateurs et l’accompagnement psychosocial.
C’est dans cette réalité que s’inscrit le Projet Santé Mentale Jeune 2026. Les trois vidéos ont été réalisées dans le but d’ouvrir le dialogue.
« Rezilians » est une exploration de la résilience, illustrant la capacité à surmonter les épreuves et à continuer d’avancer malgré les difficultés. « Lamitie » est une mise en lumière du rôle crucial de l’amitié, de l’écoute et du soutien mutuel entre pairs en période de détresse. « Respe » est une invitation à cultiver le respect de soi et des autres, la bienveillance et l’attention portée à la santé émotionnelle de chacun.
À travers ces thématiques, la campagne s’attaque directement aux problématiques identifiées par l’équipe psychosociale d’ANFEN en 2024, parmi lesquelles l’anxiété, le stress, l’isolement, le harcèlement (y compris cybernétique) et la peur du jugement.
La diffusion auprès du grand public débutera le 10 octobre, à l’occasion de la Journée mondiale de la santé mentale. Les vidéos seront mises en ligne sur les plateformes numériques d’ANFEN. Une autre présentation aura lieu au Mont Choisy Le Golf, le 13 octobre.
Cette initiative a pu voir le jour grâce à la mobilisation des équipes d’ANFEN et au soutien financier de L’Artigiano – Groupe APTIS, à travers la plateforme solidaire Small Step Matters. Marie-Laure Ziss-Phokeer, manager de Small Step Matters, a salué « la force des messages poignants véhiculés par les jeunes pour les jeunes » et le professionnalisme déployé tout au long de ce parcours.
Avec #ToPaTousel, le réseau ANFEN veut démontrer qu’offrir une tribune aux adolescents est la clé pour briser les tabous. Le message est clair et universel : chacun peut traverser des tempêtes, mais personne ne devrait avoir à les affronter seul.

