“Le 9-year schooling n’est pas quelque chose que l’on peut faire du jour au lendemain. Dans le secteur de l’éducation, c’est impossible d’introduire des changements sans plan d’action, sans consensus avec tous les acteurs du secteur”, estime Suren Bissoondoyal. À ce jour, en dépit des explications fournies par le ministre de l’Éducation, Vasant Bunwaree, sur l’introduction en 2015 du 9-year schooling, “tout est trop flou”, estime l’ancien directeur du Mauritius Examination Syndicate (MES). Selon lui, si avec l’introduction du 9-year schooling le but est d’éliminer le Certificate of Primary Education (CPE), “le problème n’est pas le CPE, mais le ranking, sous ses formes déguisées.”
Ancien directeur du MES, ancien président du conseil de l’UoM, ancien Registrar au MIE, ancien enseignant, et surtout partie prenante de la réforme de l’Éducation en 2000-2005, le pédagogue Suren Bissoondoyal est d’avis que le dossier du jour ne devrait pas tourner autour du 9-yr schooling  mais au-delà de cela. “Il faut parler plutôt du 11-year schooling, notamment en raison du fait que l’école est obligatoire jusqu’à 16 ans”, dit-il.
Et de rappeler que dans les années 1990, sous le ministre Armoogum Parsuramen, un National Education Council (NEC) avait été mis en place, avec l’institution également d’un comité pour se pencher sur le 9-yr schooling. Un Master Plan avait été dessiné pour “provide nine-year schooling to all children, to review the structure of the secondary school system with a view to provide access to education for all children up to at least the age of 15, and promoting both equity and excellence.” Ce système devait être constitué de deux propositions majeures, en l’occurrence la transformation du CPE et ensuite que les collèges deviennent soit des Post Form III ou des Post Form V, à l’image de ce qui se fait à Singapour ou dans d’autres pays anglophones. Cependant, faute d’infrastructures et par manque d’établissements scolaires, ce système a été relégué au placard.
S’il a été question sous le ministre Kadress Pillay de Middle Schools, est venue ensuite la régionalisation, sous le ministre Steve Obeegadoo, qui a repris en grandes lignes le Master Plan du NEC, mais en faisant un plus gros travail avec la construction de 35 collèges secondaires, en réduisant l’importance du CPE à travers l’élimination du ranking pour le remplacer par le grading et la régionalisation, rappelle Suren Bissoondoyal.
Certes, dit-il, il y a eu des réticences de la part des acteurs concernés, mais cette réforme de l’éducation, avec un curriculum plus adapté, avait été acceptée et bien enclenchée. “Le gouvernement voulait alors donner une éducation complète aux élèves du primaire. Cela aurait pris beaucoup de temps pour atteindre sa vitesse de croisière, mais en 2005, nous avons fait un grand bond en arrière avec la réintroduction du ranking, déguisée sous le système du A+. Aujourd’hui encore, le problème n’est pas le CPE mais le ranking qui se transcrit désormais sous la forme du A+. C’est cette compétition malsaine qu’il faut éliminer à Maurice”, dit-il.
Et de faire ressortir  qu’avec ce système d’éducation qui génère la frustration de ceux qui ne sont pas académiquement doués, “we are sitting on a bomb”. Pour le pédagogue, le 9-yr schooling est un cursus normal, mais c’est le système qui est à revoir et qu’il faut savoir principalement après ces neuf ans ce qui est prévu, notamment en termes d’admission des élèves au secondaire et ce qu’il y aura après la Form III. Suren Bissoondoyal met en avant le système existant à Singapour avec un Primary School Evaluation Profile selon lequel des grades sont attribués en fonction des matières en vue d’un accès en Form I. “Mais pour ce qui est du plan d’action de Bunwaree, rien de tout cela n’est mentionné. Tout est trop flou”, dit-il. Et d’insister que sur le fait que pour le bien-être des élèves, il faut un système qui prend en compte l’épanouissement de l’enfant dans son ensemble.
Cependant, dit-il, si le ranking est mauvais car c’est la compétition à outrance, un certain degré de compétition est nécessaire pour une sélection. Mais cette sélection ne doit pas se faire sur une base de 50 places, par exemple. D’où son avis qu’il faut une compétition saine à 10-11 ans pour que les enfants comprennent que cela existe dans le quotidien, mais pas basée sur les matières classiques, tels le français, les maths, ou l’anglais, mais sur tous les aspects de l’éducation et ainsi disposer d’un 4A ou 5A pour intégrer un collège de leur région et ensuite des examens nationaux après trois ans pour accéder au collège de leur choix d’après leur performance. “En cela, le plan Bunwaree n’est pas clair du tout”, dit-il, ajoutant qu’à Maurice le problème qui se pose dans notre système d’éducation est celui de la recherche de l’élite. “Ce n’est pas à 11 ans qu’on cherche l’élite, c’est après, parmi les lauréats.”
S’attardant sur le Prévoc, appelé à disparaître avec le 9-yr schooling, Suren Bissoondoyal fait ressortir que “ce cursus a stigmatisé certains enfants. Et il ne faut pas ce stigma dans notre société.” Brossant l’idée des Comprehensive Schools en Angleterre, il fait ressortir qu’avec ce type de plan, les enfants moins doués académiquement ou avec d’autres problèmes pourront aisément intégrer le système éducatif. “Il faut les placer dans de petits groupes, d’une quinzaine d’élève, avec un curriculum spécifique, une attention plus poussée et soutenue pour less intéresser à l’apprentissage”, explique-t-il.
Pour Suren Bissoondoyal, le plan Bunwaree pose de nombreuses interrogations, dont la première concerne les retombées d’une évaluation au niveau du CPE pour l’accès aux collèges régionaux. “Est-ce cela qui déterminera dans quel collège un enfant effectuera ses trois premières années du secondaire ?” demande-il, ajoutant que la question se pose de même en ce qui concerne le statut des Star Schools.
Déplorant que notre système d’éducation n’accorde pas assez d’importance à la formation, Suren Bissoondoyal estime qu’avec l’éventuelle réforme envisagée avec le 9-yr schooling, les autorités devraient s’assurer qu’après les premiers trois ans passés au collège, les étudiants qui sont plus portés sur le côté manuel soient inscrits au MITD, comme le système singapourien ou encore celui préconisé dans certains comtés d’Angleterre. “Si Bunwaree va dans ce sens, je serai le premier à le féliciter. Mais ce que propose le ministre aujourd’hui est encore flou”, dit-il, estimant que “nous avons besoin d’un système qui répond aux exigences du développement économique du pays et du marché du travail.”