Jean Clément Cangy

Quand je rencontrais Gaëtan à Maurice ou à Paris, où il travaillait comme chercheur à Amnesty International (Gaëtan Mootoo a consacré ces trente dernières années à Amnesty et était surtout affecté à l’Afrique de l’Ouest), il aimait me faire cette boutade : « Don’t panic. And if panic there be, let it be organised ». 

C’est à la sortie du collège et, en tant que jeunes adultes, que nous nous sommes connus, à fourrer notre nez ici et là dans les organisations sociales. C’est ainsi que nous nous sommes engagés au sein de l’Institut pour le Développement et le Progrès (IDP) avec Jean-Noël Adolphe, formidable rassembleur d’énergies. La formation en leadership social et en développement communautaire faisait toujours salle comble d’une jeunesse avide de travail social tant en milieu urbain que rural. Nous étions également là quand le mouvement Fiat a été porté sur les fonts baptismaux. Et quand Reynolds Michel, prêtre, après deux expulsions de l’Europe, s’est retrouvé à Maurice, nous l’avons rejoint pour fonder le Mouvement Chrétien pour le Socialisme (MCPS) et nous avons, avec d’autres, dont Percy Lafrance, Rowin Narraidoo, Jean-Baptiste Cotega, Louis Boullé, Sybille Masson et Désiré Mallet, fait sauter le verrou entre foi chrétienne et marxisme, et ce pour démontrer qu’on pouvait être à la fois chrétien et socialiste.

Cette grande amitié, qui nous liait, faisait, il y a un mois, qu’il m’écrivait pour me mettre en contact avec une chercheuse française en esclavage et il m’informait qu’il partait bientôt en mission pour le Mali.

Son engagement à Amnesty International était dans le droit fil de ses combats à Maurice. Gaëtan Mootoo est décédé sur son site de travail à Amnesty, Paris, où il était toujours submergé de travail après une ultime mission au Mali. Sur le site d’Amnesty on peut lire ceci :

« Le mouvement d’Amnesty International est très attristé par la perte tragique et soudaine de notre collègue Gaëtan Mootoo, chercheur sur l’Afrique de l’Ouest, qui faisait partie de l’organisation depuis plus de trente ans. »

Salil Shetty, le secrétaire général d’Amnesty International, a déclaré :

« Le mouvement mondial d’Amnesty International perd l’un de ses experts en droits humains les plus dévoués et engagés. Pendant plus de trente ans, Gaëtan a rendu compte des atteintes aux droits humains en Afrique de l’Ouest et œuvré sans relâche pour que justice soit rendue aux victimes et aux communautés touchées. Lorsque je me suis rendu dans le cadre d’une mission sensible à Nouakchott pour rencontrer le président mauritanien et des victimes d’atteintes aux droits humains, j’ai pu constater le dévouement, la compétence et la sensibilité de Gaëtan sur le terrain. Nous adressons nos plus sincères condoléances à sa famille et à ses proches. Son engagement sans faille envers la justice et les droits humains continuera de nous inspirer et nous le garderons dans nos cœurs. »

A Martyne, son épouse, et à Robin, son fils, nous leur adressons nos plus vives sympathies et notre affection.