Les ouvriers et le personnel administratif de l’usine Queenswear de Plaine-Lauzun se sont rendus au ministère du Travail ce matin, en vue de trouver une solution à leurs problèmes. Depuis vendredi, ils vivent dans la tourmente après que des liquidateurs ont procédé à la fermeture de l’usine. Parmi eux, environ 75 Mauriciens et une vingtaine de travailleurs étrangers, pour la plupart des Indiens. Le propriétaire de l’usine, un Hongkongais, ne leur a jamais dit que l’usine rencontrait des problèmes de dettes.
Cette fermeture d’usine leur est tombée dessus comme la foudre. En se rendant au travail vendredi matin, les employés de l’usine Queenswear ne s’attendaient pas à se retrouver dans une telle situation. Même si certains cadres affirment n’avoir pas eu de salaire depuis quatre mois, les ouvriers, eux, qui sont payés à la quinzaine, ont bien été rémunérés. Des plaintes faites au ministère du Travail n’ont pas permis non plus de faire la lumière sur la situation pour ces travailleurs, qui se retrouvent sans emploi du jour au lendemain.
Mike, qui compte 12 années de service, relate que cette usine de Plaine-Lauzun était en pleine opération vendredi, quand ils ont reçu la visite du liquidateur. « Le monsieur s’est excusé. Il nous a dit qu’il sympathisait avec nous, mais que c’était son travail de faire respecter l’ordre de la cour », relate Mike. « D’ailleurs, il nous a dit que cela fait quatre mois que l’usine aurait dû passer sous administration judiciaire ». Mike ne cache pas que dans un premier temps, il pensait que c’était une blague. « C’était difficile à croire, étant donné que l’usine roulait normalement et que le patron ne nous a jamais rien dit. Mais nous avons dû nous rendre à l’évidence ».
Noeline Raboude venait elle aussi de prendre son service quand le liquidateur a débarqué. « Le patron est resté dans son bureau, il n’a pas dit un mot aux travailleurs. Il n’a jamais tenu de réunion pour nous parler de la situation. Ils nous ont dit que l’usine a des dettes de Rs 55 millions auprès de la DBM et de la Wastewater Management Authority ». Toutefois, à ce matin, ces travailleurs n’avaient reçu aucune lettre de licenciement du liquidateur. Ils se demandent également ce qui va se passer pour leurs salaires de septembre. Certains d’entre eux ont atteint l’âge de la retraite, mais n’ont pas encore reçu leur compensation.
C’est le cas de Heerahwatee Jawalalla Persand, qui compte 30 années de service au sein de cette entreprise. « Auparavant, je travaillais à l’usine Tangara Knitting Factory, à Petite-Rivière, qui appartient au même propriétaire. Par la suite, il nous a transférés à Queenswear. Quand j’ai eu 60 ans, l’usine m’a suggéré de toucher mon “lump sum” en tranches et de continuer à travailler. J’ai accepté. Toutefois, on ne m’a payé que Rs 10 000. Par la suite, on a arrêté le paiement ».
Tourmente des employés étrangers
Rajcumari Johra compte, elle, 32 années de service à l’usine. Le même arrangement lui a été proposé. « On ne m’a payé que deux tranches, ensuite je n’ai rien reçu ». Jaywantee Poteet a, pour sa part, eu 60 ans en 2015. Comme les deux autres, elle a touché son “lump sum” et a continué à travailler. « Mais je n’ai eu que Rs 15 000 en deux fois pour 25 ans de service. Je ne sais même pas quelle est la somme exacte que je dois recevoir ».
Une vingtaine de travailleurs étrangers, dont trois Népalais et une quinzaine d’Indiens, font aussi partie de ces employés de Queenswear Ltd. Certains exercent depuis plus d’un an. D’autres viennent à peine d’arriver il y a deux mois. « Nous avons contracté un emprunt de Rs 200 000 pour payer l’agent recruteur. Nous ne savons pas comment faire pour rembourser cette dette », témoignent-ils.
Le syndicaliste Feyzal Ally Beegun, qui accompagne ces travailleurs dans leurs démarches, dénonce une nouvelle fois la situation qui prévaut actuellement dans le secteur textile. « Il est temps que le ministre du Travail sorte de son silence et vienne expliquer ce qui se passe, clame-t-il. Qui plus est, des plaintes avaient été formulées au ministère sans qu’aucune action ne soit prise ».
Feyzal Ally Beegun invite également le gouvernement à « faire un geste » envers ces travailleurs. « Quand Paul Bérenger était Premier ministre, il avait “write-off” une dette de l’usine Textel auprès de la DBM pour permettre aux travailleurs d’obtenir leur compensation. Je lance un appel pour que ce gouvernement trouve aussi une solution ».