Michel Ducasse en compagnie des apprentis paroliers

L’Institut français de Maurice a accueilli un atelier d’écriture de chansons du 4 août au 1er septembre. Une dizaine d’apprentis paroliers ont assisté à l’atelier animé par le poète et parolier Michel Ducasse et le guitariste de Ziskakan et compositeur réunionnais Daniel Riesser. Tous deux sont en résidence d’artiste à Souillac pour écrire et composer les chansons de la comédie musicale Paul et Virginie.

Une bonne chanson, c’est le texte, la mélodie et l’interprétation. “C’est aussi quelque chose qui reste dans la tête”, affirme Daniel Riesser. Pour Michel Ducasse, une chanson raconte une histoire. “Avant d’écrire un texte, il faut faire un pêle-mêle de tous les mots et toutes les idées qui viennent à l’esprit par rapport au thème que l’on veut aborder. Ensuite, il faut les organiser, les trier et les structurer.” Écrire une chanson consiste avant tout à trouver les mots justes. L’écriture du texte d’une chanson n’est pas comme de la poésie. L’objectif de l’atelier d’écriture était de donner des consignes pour comprendre comment écrire une chanson sur les différents thèmes envisageables. Avec le talent d’écriture du poète et l’habileté du compositeur, les élèves ont pu écrire des chansons et ont essayé d’imaginer une musique à leurs textes. “Avec Daniel Riesser, on s’est rendu compte qu’il y avait quand même une qualité au niveau des textes. Certains avaient retravaillé les textes qu’ils avaient envoyés. De plus, aucune langue n’était imposée aux élèves dans l’écriture de leurs textes.”

Entre les couplets et les refrains, ils ont effectué un travail collectif. “Il faut que les gens comprennent qu’une chanson, ce n’est pas que de la musique. On l’a fait dans les chansons engagées dans les années 80. Aujourd’hui, les chansons de Bam Cuttayen et Siven Chinien plaisent toujours. Ils disaient tout haut ce que tout le monde disait tout bas.” Michel Ducasse a une exigence dans l’écriture, que ce soit dans la poésie ou la chanson. Il explique aussi que c’est au moment de tester la mélodie qu’on découvre qu’un texte est apte à devenir une chanson. “Si les mots ne collent pas à la mélodie, il faut réécrire.”

Rebecca Philippe, une des stagiaires, souligne qu’elle a beaucoup appris de Michel Ducasse et de Daniel Riesser. “Je n’ai jamais vraiment montré ce que je faisais aux autres. C’est la première fois que je participe à un atelier d’écriture de chansons.” Elle a toujours aimé l’écriture, et l’atelier était pour elle une occasion à saisir. “Je sais maintenant qu’il faut toujours bien calibrer un texte. J’écrivais uniquement pour le plaisir. Je ne respectais pas vraiment les règles. Je sais maintenant comment mieux définir ce que l’on ressent à travers les mots.” Au cours de ces quatre semaines, les stagiaires ont retravaillé sur les textes qu’ils avaient envoyés. “C’était des séances de réécriture car il y avait beaucoup de choses qui n’étaient pas bonnes. Il y a aussi eu quelques personnes qui ont écrit des chansons pendant l’atelier”, tient à préciser le poète.

Aborder des thèmes différents.

Au cours des classes, les participants ont appris notamment comment aborder des thèmes différents comme le viol et la prostitution, entre autres. “Nous n’écrivons pas forcément de la même façon et ni sur le même thème. À Maurice, on écrit souvent des chansons d’amour. Durant la classe, nous avons appris à aller au-delà de la chanson type mauricienne”, dit la jeune femme. “Je trouve qu’à Maurice, on n’a pas souvent l’occasion d’entendre des chansons sur des thèmes de société”, lance l’auteur d’Enn bouke bwa tambour, sorti en octobre dernier. “J’ai été agréablement surpris de voir que trois ou quatre textes portaient sur des faits sociétaux. Il n’y a pas beaucoup de gens qui abordent ce genre de thème à Maurice.”

Sa guitare à la main, Daniel Riesser, qui a un cursus d’arrangement, de composition et d’orchestration, essaie de trouver la bonne mélodie pour le texte de Christophe Catherine, un des apprentis. Il découvre en même temps la chanson qu’a écrite le jeune homme. Pour composer une chanson, explique le guitariste, il faut avoir des bases musicales. “Il y a une façon spécifique de faire une mélodie.” Il compose souvent au feeling. “Les mots qui se dégagent du texte et l’atmosphère qu’on veut donner aident à trouver la bonne direction pour la composition.” Les mots l’inspirent énormément. Une belle mélodie peut le toucher. C’est ainsi que le guitariste de Ziskakan montre au stagiaire comment composer à partir des notes des accords. Ce dernier a écrit un texte et a une idée de mélodie ressemblant au Jardin d’hiver d’Henri Salvador. “J’ai tenté l’expérience pour améliorer mes textes et pour apprendre la musique”, dit l’élève, qui a pour passion l’écriture.

Partage musical.

Hormis l’aspect apprentissage, les paroliers en herbe ont vécu une véritable session de partage. Les rencontres étaient primordiales. “C’était un plaisir d’animer l’atelier. Ce qui me plaît dans la musique, c’est le partage. J’étais impressionné par la qualité des textes. Ils ne demandent qu’à être entendus. Les élèves ont une certaine maturité dans l’écriture”, dit Daniel Riesser. Il sera de retour en novembre pour un atelier de jazz à l’IFM. De plus, il confie que le temps d’un atelier est insuffisant pour tout développer. “Nous allons continuer, même après. Je leur ai donné mon adresse mail, ils m’enverront leurs textes.” Pour sa part, Michel Ducasse confie qu’il est content de ceux qui ont participé à l’atelier. En revanche, il regrette que des musiciens locaux ne soient pas venus assister à l’atelier. Comme Daniel Riesser, il espère renouveler l’expérience. “Je le referai sans hésiter. De plus, je suis très content qu’il y ait eu plus de femmes que d’hommes durant l’atelier car souvent à Maurice, on dit qu’il n’y a que les hommes qui écrivent des textes. Une femme a une sensibilité qui est autre.”


Les chansons diffusées sur les radios

Sans langue de bois, Michel Ducasse explique qu’à Maurice les radios ne diffusent pas de chansons de qualité. “Aujourd’hui, on est arrivé à un stade où il suffit qu’un animateur radio voie que la chanson est bonne pour la bombarder pendant des heures et des jours. Les gens sont obligés d’écouter ces chansons-là. Bien sûr, ce n’est pas le cas pour toutes les chansons.” De plus, il est d’avis qu’il y a de très bons chanteurs à Maurice, mais que trop souvent ils n’ont pas de talent d’écriture pour les textes. “Ils devraient faire appel à un professionnel. Il y a un manque de modestie totale. Ce souci ne concerne d’ailleurs pas que Maurice.”