Elle n’avait que 9 ans  lorsqu’elle s’est essayée à l’athlétisme. Un essai, sans plus, nous confiera Jessika Rosun. Il n’empêche qu’au fil des années, elle a commencé à prendre goût à la discipline au point de déclarer qu’elle ne pourra plus s’en passer. Médaillée de bronze au lancer du javelot (49m36) le mois dernier, lors des récents Jeux de la Francophonie, à Nice en France, Jessika Rosun ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Les célébrations terminées, elle a déjà les yeux rivés sur ses objectifs à venir qui sont les Jeux du Commonweath et les Championnats d’Afrique, en espérant pouvoir réaliser une autre belle performance.
Contrairement à tant d’autres athlètes qui ont pris goût à la pratique sportive en accompagnant un de leurs proches à une séance d’entraînement ou à une compétition, l’histoire de Jessika Rosun, 22 ans, est différente. C’est grâce à ses parents, Chantal et Nundlall, qu’elle a atterri un samedi matin, au stade Maryse Justin, à Réduit. « C’est ma maman qui m’a inscrite à une compétition organisée par l’école d’athlétisme de Moka. Mais moi, je n’étais guère intéressée. On pouvait m’inscrire à six épreuves et avec maman, nous avions décidé de participer à toutes les épreuves. Au final, j’ai gagné six médailles ! », se souvient Jessika Rosun.
L’histoire pouvait démarrer. A 9 ans donc, Jessika Rosun commence son apprentissage sous la direction de Steve Legentil et de José Cazalas à l’école d’athlétisme de Moka. Trois années plus tard, elle sera repérée par les encadreurs du Centre national de formation d’Athlétisme (CNFA) et fera ses premières armes sur le sprint. « Un problème au dos m’a toutefois forcée à l’arrêt pendant deux ans. Je suis revenue en 2006 », raconte-t-elle. Si elle a pu effectuer son retour, c’est en constatant qu’elle parvenait à jouer au volley-ball et ce, sans ressentir des douleurs alors qu’elle est au collège au Couvent de Lorette de St Pierre. « Du fait que je jouais bien au volley, la professeur d’éducation physique, Marie-Hèle Février, m’a  encouragée à m’essayer au javelot. Je n’étais pas vraiment intéressée dans la mesure où il y avait d’autres filles qui étaient plus fortes que moi. J’ai tout de même lancé lors du Sports Day et voilà… », fait-elle ressortir.
Joël Sévère: le guide
Par la suite, Jessika Rosun s’est entraînée sous la direction de Margaret Félicité avant de passer ensuite sous la férule du responsable des lancers, à savoir Joël Sévère. « Avec Joël, j’ai vraiment pris goût à lancer. Grâce à lui, je mange, je respire javelot. Il a été plus qu’un entraîneur. Il est mon guide », déclare-t-elle avec un grand sourire.  Le déclic viendra en 2007, soit à la veille du départ de la délégation pour les Jeux des Îles de l’océan Indien à Madagascar. Elle n’avait alors que 16 ans et parvint à réaliser le minimum pour ces Jeux. « Ce n’était toutefois pas officiel, si je me souviens bien. Mais je me suis dit que j’allais tout faire pour monter de pallier. »
Elle n’allait d’ailleurs pas tarder à faire ses preuves puisque l’année suivante, elle décrocha la médaille d’or (44m22) aux Championnats de France cadets et établit un nouveau record national de la catégorie. Un record qui tient toujours et qu’elle avait battu un mois avant à La Réunion (43m22). L’ancien record était de la Rodriguaise Sheila Collet (43m11). Au cours de la même année, elle remporte l’or aux Jeux de la Commission de la Jeunesse et  Sports de l’océan Indien. Aux Jeux du Commonwealth, elle sera sixième en Inde, alors qu’aux Championnats d’Afrique seniors en 2009, à Maurice, elle prendra la troisième place. Aux Championnats d’Afrique de 2010 au Kenya, elle n’est que 10e (44m28). « C’était une bonne performance, mais j’étais très déçue puisque je me savais capable à beaucoup mieux », nous explique-t-elle.
Lors des Jeux des Îles de 2011 aux Seychelles, Jessika Rosun décrochera la médaille de bronze avec 48m15 pour sa première année senior tout juste derrière Bernadette Perrine-Ravina (48m35) qui, soulignons-le, détient le record national (54m57). Par la suite, soit aux Championnats d’Afrique au Bénin en 2012, elle terminera sixième (46m12) avant de remporter la médaille d’or (46m44), cette année, aux Southern Region Championships, puis le  bronze aux Jeux de la Francophonie avec une performance de 49m36. « C’est vraiment une très belle médaille. Celle-là, je suis partie la chercher (rire). Et oui, c’est Ma médaille. Avant le concours, j’avais la quatrième meilleure performance et je me suis dit que cela allait me motiver à me surpasser. A la fin, je suis troisième et celle qui était deuxième avant le concours, termine quatrième ! « , fait-elle remarquer.
Réussite sportive et académique
Ce n’était, pour elle, pas attendu qu’elle remporte une médaille. « C’est beaucoup d’émotion. On est envahie par une joie indescriptible. Mon objectif était d’arriver en finale et réaliser une bonne performance. En plus de la médaille de bronze, je réalise ma meilleure performance. Ce qu’il faut retenir dans ce genre de performance, c’est l’importance de participer
régulièrement à des stages et des compétitions à l’étranger », nous explique-t-elle avec beaucoup d’émotion. Elle ajoute que ses premières pensées sont allées à Joël Sévère, celui qui lui a permis d’être ce qu’elle est aujourd’hui après des années de travail. « Je lui dois tout. Joël est quelqu’un qui est toujours à l’écoute de ses athlètes. Si je lui dis que j’ai mes cours à 9h, il est disponible pour venir m’entraîner à 7h30. Je lui dis merci pour tout. »
Jessika Rosun est aussi reconnaissante envers le Trust Fund for Excellence in Sports (TFES)  qui lui a permis de gérer simultanément ses études et sa carrière de sportive. « Sans le TFES, je n’aurais pu assimiler les deux. Je suis très bien encadrée par le TFES et je dis merci à Michael Glover pour la confiance placée en moi. C’est grâce à ce genre de soutien que j’ai réussi mon BA en Anglais à l’université de Maurice. Actuellement, j’ai entamé un Post Graduate Certificate in Education », déclare-t-elle. Son objectif est d’être professeur d’anglais. Cela même si elle n’avait pas d’objectif précis au collège si ce n’est que de réussir toutes ses classes. « Mon papa m’a toujours encouragée dans ce sens, comme maman bien évidemment (rire). »
A ce titre justement, Jessika Rosun dit devoir énormément à ses parents, car sans eux, elle ne serait pas là aujourd’hui. « Un grand merci à papa et maman », nous dira-t-elle avec beaucoup d’émotion. « Pour être honnête, après ma première compétition à 9 ans, je ne voulais pas revenir m’entraîner. Mais grâce à mes parents, je l’ai fait. Je suis une bosseuse et pour réussir, il faut être très patient. Mon message aux jeunes est de ne pas se laisser influencer par les fléaux. La vie est très belle et il faut en profiter à travers des activités saines ».
Objectif: Jeux du Commonwealth et Championnats d’Afrique
Son objectif pour 2014 demeure les Jeux du Commonwealth, à Glasgow en Écosse, et les Championnats d’Afrique au Maroc, sans oublier les Jeux des Îles de 2015, à La Réunion. Elle s’est également fixé comme objectif de lancer à 50m. A long terme, elle envisage une participation aux Jeux olympiques et aussi de lancer à 55m. « J’ai fait 40m il y a quelques années  et je me disais: Mon Dieu, comment font-elles pour lancer à 50m ? Avec le travail et beaucoup de détermination, je suis aujourd’hui proche des 50m. C’est dire que rien n’est impossible dans la vie, à condition qu’on ait des objectifs raisonnables et qu’on fasse beaucoup d’effort pour réaliser ses rêves », conclut-elle sur une note positive.