Christopher Arlès, musicien, guitariste, ingénieur du son, réalisateur et producteur de musique, se livre rarement. Il mène depuis sept ans qu’il est installé à Maurice, une carrière multidirectionnelle. Alors que la jeune génération pointe le bout de son manche, Chris se joue de la guitare. Pour lui, cet instrument c’est le feu, avec un fort caractère soliste, permettant d’aller jusqu’à six notes simultanées, et l`eau avec des éléments liquides. Voici une petite histoire d’actualité de slide guitare (de la marque National), de feeling groove, un travail d’appropriation de l’instrument pour faire passer des sentiments, nous dit ce gaucher qui a méné une carrière professionnelle en France, dans son studio de Trou d`Eau Douce.
Chris a plaqué ses premiers accords de musique à cinq ans sur un piano. A dix ans, il reçoit sa première guitare à Noël. Après des études de sciences à Marseille, cet autodidacte a fouillé un peu partout pour aller à la rencontre de différentes musiques. Les répercussions de la guitare sont survenues après ses études universitaires. Le premier instrument qu’il a joué est un “Ukulélé” (petite guitare à quatre cordes de la Polynésie). Chris a mené une carrière professionnelle à l’age de 22 ans au sein d`un groupe de rock (EK, connu dans le sud de la France). Il a joué dans quatre groupes simultanément avant d`envisager une carrière dans une formation de rock. Aujourd`hui, le guitariste développe un langage personnel, donne à la guitare un rôle moteur en puisant dans le blues. Les effets électriques explorés lui ont procuré une palette expressive avec des doigtés soulignant les codes métalliques du blues. Nourri de rythmes venus des quatre coins du monde, il a produit deux albums avec deux groups africains, collaboré à “Night in Cassablanca” avec un griot sénégalais. Il faut mentionner aussi ses collaborations avec la chanteuse gabonaise Annie Flore et la sénégalaise Meissa M`Bae. En misant sur le groove et l’expérience acquise auprès d’artistes africains, Chris a pu accumuler des années de tournées musicales et affiner ses recherches sur le blues. Mais, c’est l`improvisation qui est le point de départ de sa quête musicale : “l`improvisation c’est le centre, l’élément que j’aime le mieux… j’aime l’instantané (pas la reproduction), mais la flamme de l`improvisation…” Transposant le langage du blues dans l’univers du sega, Chris devient le fondateur de divers projets avec Menwar et le défunt Claude Prosper, notamment. De sa rencontre avec Menwar, il dit :”J’ai partagé le son de la ravanne… l’ai accompagné sur des scènes internationales telle Africa Festival en Hollande.” Chris profite pour parler de “Move Sens”, un projet avec Olivier Besenval (Udu), Chris (guitare acoustique), Menwar (sanza). Ces projets sont l’occasion d’expérimentations de la pulsation 6/8 du séga associée au 12/8 du blues américain noir. Quand on lui demande comment s’opère le mélange des cultures, de la tradition/modernité, Chris Arlès répond “qu`il faut comprendre les connexions qui existent entre différentes traditions, entre des univers musicaux qui peuvent paraître éloignés, mais qui comportent beaucoup de similitudes… c’est une surprise à chaque fois…” Son métier consiste à capturer du son. Ce travail permet de constituer une sorte de bibliothèque d’idées et avec les nouvelles technologies, on peut procéder à des recompositions (mêler un enregistrement à un autre). A ce stade, notre musicien parle de la timbralité du son (mariage des timbres qui va créer un son. Si Chris a connu plusieurs périodes dans sa carrière, ce qui le définit aujourd’hui c’est le côté instinctif. Le calcul, dit-il, c’est le temps du travail, le toucher c`est le travail d’appropriation de l’instrument pour faire passer des sentiments. On peut transcender l’aspect technique. En remontant vers le blues, Chris Arlès a pu esquisser les traits saillants d’une trajectoire singulière de la Polynésie à Maurice.