La Banque de Maurice (BoM) a décidé hier de relever le « cash reserve ratio » (CRR) imposé sur les banques commerciales et qui fait obligation à ces dernières de « garder » une partie de leurs dépôts en roupies dans les coffres de la banque centrale sans être rémunérées en retour. Ainsi, le pourcentage des dépôts basés sur la moyenne de chaque quinzaine qui devra être mis obligatoirement en réserve passe de 7 % à 8 % alors que le pourcentage sur le minimum journalier sera de 5,5 % au lieu de 5 %.
La BoM explique que cette décision intervient après qu’elle eut constaté un excès de liquidités persistant dans le système bancaire. Cette situation, qui peut être source de pressions inflationnistes, doit être contrôlée, explique-t-on dans les milieux bancaires. Ainsi, à partir de la prochaine quinzaine commençant le 4 octobre 2013, les banques commerciales sont tenues à mettre de côté 8 % de leurs dépôts moyens en roupies contre 7 % actuellement, cela sans obtenir en retour quelque rémunération.
Une lecture du dernier communiqué publié le 26 septembre par les autorités bancaires et portant sur le « Maintenance of Cash Ratio by Banks » nous apprend qu’au 19 septembre 2013, les banques commerciales avaient un « deposit base » de Rs 314,9 milliards et que le montant en cash détenu pour la période passée en revue était de Rs 26,9 milliards alors que le minimum requis était de Rs 22 milliards. Il y avait donc un excès de liquidités évalué à près de Rs 4,9 milliards (Rs 26,9 milliards moins Rs 22 milliards) dans le système bancaire.
Ce problème d’excès de liquidités a été persistant et ce en dépit du fait que la BoM avait revu à la hausse (de 6 % à 7 %), en février 2011, le ratio de réserves de trésorerie des banques.
Avec l’augmentation de ce ratio annoncée hier, la banque centrale espère « retirer » du système bancaire un montant additionnel de plus de Rs 3 milliards si l’on se base sur les données disponibles à la mi-septembre 2013. Les banques commerciales seront ainsi appelées à garder en réserve un montant global de plus de Rs 25 milliards. « Cette décision de la BoM aura pour effet que les banques commerciales auront moins d’argent pour prêter à leurs clients à moins qu’elles ne soient forcées à proposer des taux plus attrayants sur les dépôts pour attirer les épargnants et disposer, en conséquence, de liquidités accrues pour l’offre de crédits. La décision de relever le CRR a un coût pour les banques commerciales qui n’auront pas de revenus sur le montant additionnel placés en réserves alors qu’elles doivent rémunérer les épargnants sur leurs placements », a déclaré un banquier. La BoM, a-t-il poursuivi, sort gagnante de cette situation car elle n’aura pas à faire des interventions répétées dans le marché pour éponger les excès de liquidités additionnelles car ces interventions comportent aussi un coût pour la banque centrale surtout à un moment où les incursions de la BoM sur le marché monétaire pour le compte du gouvernement ont tendance à ralentir.
Le relèvement du CRR pour les dépôts en roupies est accompagné d’une autre décision de la BoM concernant les liquidités en devises étrangères. Le ratio pour les « foreign currency cash balances » a été réduit de 7 % à 6 % pour la moyenne des dépôts sur chaque quinzaine alors que pour la moyenne quotidienne le taux passe de 5 % à 4,5 %. Dans les milieux bancaires, on est d’avis que cette décision n’aura pas de retombées importantes mais on soutient qu’elle favorise les opérations des banques qui ont de grosses activités à l’international.
Il est à noter que la décision de la BoM de revoir le CRR a été annoncée au lendemain de la conférence de presse tenue mardi par le gouverneur de la BoM Manou Bheenick après la réunion du comité de politique monétaire (MPC) où on s’est prononcé par vote majoritaire au maintien du taux directeur à 4,65 %.
Manou Bheenick avait fait comprendre que les autorités bancaires s’inquiétaient de l’endettement accru du secteur privé, en particulier des entreprises des secteurs de la construction et du tourisme et des retombées possibles sur la stabilité financière des banques commerciales. « N’ayant pu convaincre le MPC à augmenter le taux d’intérêt directeur, la direction de la BoM a utilisé un autre levier monétaire pour contenir la montée des crédits bancaires », a fait ressortir un banquier.