SISYPHE

L’interview de Sheila Bunwaree du samedi 16 février est enrichissante à plus d’un titre. Si le puriste fronce les sourcils quand elle évoque d’éventuels compromis, l’observateur attentif, lui,  regrettera le soutien sans réserve apporté à Affirmative Action (décrédibilisée car réclamant trois candidats de communautés différentes par circonscription) tandis que le parent véritablement soucieux de l’avenir de ses enfants ne saurait souscrire aux arguments justifiant le 4, voire 5 ‘credits’, pour accéder au HSC. Toutefois, nul ne pourrait nier que l’ensemble des propos de l’universitaire démontre sa maîtrise de notre système éducatif. En effet, elle met en exergue cette inégalité des chances qui compromet gravement la mobilité sociale, souligne le drame des 30% des enfants terminant le cycle primaire ne sachant ni lire ou écrire, fustige le Nine-Year Schooling qui ne fait que retarder la compétition du CPE… au Grade 9 (Form III), condamne les ‘discriminations dans le langage utilisé vis-à-vis des enfants créoles’, aborde avec courage un sujet tabou, notamment le ‘state-sponsored brain drain’, remet en question le système de lauréat, tout en reconnaissant lucidement l’énorme difficulté pour l’abolir face aux caciques du pouvoir. Mais l’interview comporte aussi une subtile dimension politique car tout citoyen objectif en sort perplexe et se pose deux légitimes questions dont les réponses sont jalousement conservées ‘Behind the purple curtain’:

(i) Comment une telle sommité ne préside-t-elle pas la commission éducation du MMM?

(ii) Sa responsabilité de présidente du Policy Council du MMM pourrait-elle alors n’être que ce ‘kick upward’, dont le MMM a le secret, ce stratagème utilisé, de l’aveu même des dirigeants mauves, à l’encontre de Navin Ramgoolam en 2014 pour le caser/neutraliser au Réduit?

Rappelons que Sheila Bunwaree allie intelligence, droiture et poigne, des qualités tellement nécessaires au renouveau du MMM et à sa reconquête (illusoire?) du pouvoir. Ainsi les deux interrogations ci-dessus appellent une autre: la décision du bureau politique (pardon, de Paul Bérenger ?), de confier la présidence de la commission éducation du MMM à Kadress Pillay est-elle judicieuse? Le lider maximo n’aurait-il pas là manqué de flair pour la énième fois et n’aurait-il donc pas tiré les leçons du passé après les piteux épisodes Joe Lesjongard, Danielle Selvon et autre Zouberr Joomye pour ne citer que les retournements les plus récents?

En effet, même si personne ne conteste l’expérience du Directeur de l’Audit qui fut ministre de l’Éducation sous le gouvernement de Navin Ramgoolam, nombreux sont ses détracteurs qui lui reprochent son parcours en zigzag (Ex-PTr, ex-MSM et maintenant MMM), l’assimilant, à tort ou à raison, aux transfuges qui ‘nourrissent leur carrière politique de trahisons successives’. A ceux dotés d’une mémoire courte ou sélective, Jean Claude de l’Estrac rappelle à la page 119 de son dernier ouvrage Ennemis Intimes la virulente campagne de ce même MMM qui, en 1985 devant la commission Goburdhun, portait de graves accusations contre Kadress Pillay (alors Ministre de l’Industrie sous le Prime Ministership d’Anerood Jugnauth) et cinq autres ministres. Excusez du peu! Mais le leader du MMM, comme à l’accoutumée, a sans aucun doute une parade déjà toute prête pour justifier son acrobatie d’aujourd’hui. Il sortira de son chapeau, non pas un lapin mais une énorme couleuvre que militants koltar et cadres confondus avaleront avidement pour perpétuer la tradition de suiveurs à laquelle des instances du parti mauve sont si fièrement attachées. Pathétique!