— Où tu vas comme ça, sourire aux lèvres ?

— Ayo toi ! je suis contente, je te dis !

— Qu’est-ce qui t’arrive comme ça ? Tu as gagné au Loto ?

— Ayo ! j’aurais dû, toi Tu ne sais pas ce qui m’est arrivé l’autre jour ?

— Dis-moi un coup

— J’ai rêvé à des chiffres du Loto pendant mon sommeil, toi. Les six chiffres je te dis. Un derrière l’autre !

— Extra, toi ! Et alors le lendemain matin tu as été joué. C’étaient les bons numéros ?

— Je ne sais pas, toi ?

— Comment ça, tu ne sais pas ?

— Dis-toi que j’ai oublié de noter les numéros de mon rêve. Donc, je n’ai pas pu jouer. La prochaine fois comme je me lève, je vais noter les numéros.

— Ayo ! Ne me racontent pas des affaires comme ça, tu me fais avoir des nerfs. Allons changer de sujet. Pourquoi tu dis que tu es contente ?

— Je suis contente pour lui, toi.

— Lui, qui c’est ?

— Mais Pravind, toi. Il a gagné son affaire devant le Privy Council.

— Quoi ? Qu’est-ce que tu viens de dire ? Dis-moi un coup : depuis quand tu pipes pour Pravind ? Tu as viré mam alors ?

— Pourquoi tu me dis ça ?

— Mais parce que tu as toujours été Xavier-Luc, non ?

— Enfin. Comme ci, comme ça, parce que chez moi tout le monde vote bleu depuis toujours.

— Pas toi-même qui avait dit quand le PMSD avait quitté le gouvernement MSM qu’il avait bien fait ?

— J’ai dit ça moi ? Vrai même ? Tu es sûre ?

— Non seulement tu l’as dit, mais tu as été le crier dans les meetings. Tu as même dit que tu souhaitais que le papa et le piti Jugnauth finissent dans le carreau cannes de la défaite pour que Xavier-Luc soit enfin Premier ministre !

— J’ai dit ça moi ? Ecoute si je l’ai dit, je l’ai fait pour faire comme les autres. Tu sais dans un meeting, tu es pris par l’ambiance. Tu répètes les slogans, comme tout le monde.

— C’est un peu facile de dire ça aujourd’hui, non ?

— Ayo ! si j’ai dit c’était parce que tout le monde disait ça. Mais en moi-même j’ai toujours trouvé Pravind sympa. — Permets-moi de te rappeler que tu l’appelais petit crétin !

— Moi, je n’ai fait que répéter ce que ton leader Bérenger disait, je ne l’ai jamais pensé moi-même.

— Pas toi-même qui avait fait campagne pour le PMSD, contre le gouvernement, à la partielle de Quatre-Bornes ?

— Oui. Mais dis-toi que toute ma famille faisait campagne. Je n’allais pas rester seule chez moi, tout de même ! Mais ça c’est le passé. Aujourd’hui, je trouve que Pravind se débrouille pas mal, finalement. Tu as vu comme il était cocasse à la télévision. Quand il a dit que cela fait sept ans qu’il souffrait avec cette affaire Medpoint-là, j’ai failli pleurer, je te dis.

— Et ton bonhomme, lui qui disait que son sang était bleu.

— Il a compris que c’était une fausseté ! Comment est-ce que le sang peut être bleu ?

— Il est d’accord avec ton viré mam ?

— Ce n’est pas un viré mam comme tu le répètes. C’est une conversion. On a découvert la vérité, toi.

— Une conversion. Rien que ça ! Et depuis quand vous avez découvert la vérité ? Juste après le jugement du Privy Council, je parie. Et s’il avait perdu ?

— Il a gagné. Ecoute Franchement te dire, ça fait un bout de temps qu’on réfléchit à tout ça.

— On. Tu veux dire que ton bonhomme aussi pense comme toi ?

— Tu oublies qu’on est un couple et qu’on prend les décisions ensemble ? Il a maintenant compris que c’est un gaspillage de rester dans l’opposition. On n’a rien, toi. C’est une perte de temps. On a bien réfléchi : notre avenir n’est pas avec Xavier-Luc, mais avec Pravind.

— Mais c’est exactement le contraire que vous avez dit, quand le PMSD a quitté le gouvernement.

— Et alors, on n’a pas le droit de se tromper et de changer d’avis ? Et toi-même ? — Quoi, moi-même ?

— N’oublie pas que ton MMM a fait alliance avec le PTr et qu’au lendemain de la défaite il l’a dénoncé. Toi aussi tu as dénoncé Ramgoolam. Alors avant de me parler de viré mam, nettoie un peu devant ta porte, bonne femme ! — Tu sais ce que les gens vont dire : que vous êtes des opportunistes.

— Et après ? Tu peux me dire quelqu’un qui n’est pas opportuniste en politique à Maurice ?