Plusieurs membres du gouvernement étaient présents pour apporter leur soutien à la cause chagossienne

160 minutes. Ce sera le temps dont disposera le ministre mentor, Anerood Jugnauth, chef de la délégation mauricienne, pour convaincre la Cour internationale de justice, le 3 septembre prochain, que la Grande-Bretagne a agi de façon arbitraire sur le dossier Chagos. La plaidoirie de SAJ sera suivie de celle de la Grande-Bretagne dans l’après-midi, et ensuite de celle de Lysebie Elysée, une Chagossienne déracinée de son île lorsqu’elle avait 20 ans. Le Premier ministre Pravind Jugnauth rejoindra la délégation mauricienne le 6 septembre pour la clôture des audiences, après sa participation à deux conférences internationales, la première en Chine pour le Forum Chine/Afrique, à Beijing, et la seconde à Paris, pour une conférence de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) entourant le blockchain.

Maurice parvient cette semaine à une étape cruciale dans le dossier des Chagos. Dans une déclaration inaugurale de trois heures environ, le ministre mentor, qui dirigera la délégation mauricienne à La Haye, devra convaincre la Cour internationale de justice. C’est ce qu’a expliqué le Premier ministre vendredi, lors d’une conférence de presse à son bureau, en présence des membres du cabinet ministériel, à l’exception d’Ivan Collendavelloo et de Vishnu Lutmeenaraidoo. Étaient aussi présents les membres du Groupe réfugiés Chagos (GRC), dont le leader Olivier Bancoult. La délégation mauricienne à La Haye comprendra trois membres du GRC et six autres Chagossiens qui feront le déplacement pour assister aux audiences. Audiences qui dureront trois jours. Pour son intervention, Lysebie Elysée, s’exprimera en créole et racontera le calvaire des Chagossiens.

D’emblée, le chef du gouvernement a fait ressortir que cette demande en faveur d’un avis consultatif devant La Haye “ne constitue pas de confrontation entre États”. “L’objectif est d’avoir l’avis de la Cour internationale en vue de faciliter le travail des Nations unies en vertu de la charte visant à éliminer le colonialisme”, a rappelé Pravind Jugnauth, avant de déclarer que la décolonisation de Maurice, 50 ans après son indépendance, est toujours incomplète.

Artillerie lourde
Ainsi, Maurice a soumis ses arguments à La Haye en écrit depuis le mois de mars. Outre le soutien des membres des Nations unies à l’Assemblée générale de cet organisme en juin dernier, les États de l’Union africaine ont aussi eu une participation active à la procédure consultative en présentant des observations écrites à la Cour internationale de justice, a indiqué le Premier ministre tout en remerciant ces pays pour leur aide. Le 3 septembre, ce sera à SAJ de sortir l’artillerie lourde et de jouer le va-tout de Maurice.

Après le grand oral de SAJ, la Grande-Bretagne fera sa plaidoirie, qui durera trois heures également. Les autres intervenants à La Haye disposeront de 40 minutes pour présenter leurs arguments. Les différentes interventions seront diffusées en live sur le site de la Cour internationale de justice et sur le site web des Nations unies.

Maurice n’est pas contre la base militaire à Diego Garcia, affirme le chef du gouvernement. “Nous reconnaissons l’existence de cette base et acceptons son fonctionnement continu, conformément au droit international”, dit-il, faisant valoir que, cependant, l’Angleterre doit reconnaître la souveraineté de Maurice sur les Chagos. Pravind Jugnauth se dit optimiste que Maurice obtiendra gain de cause, d’autant que la motion de Maurice avait obtenu, en juin dernier, un vote écrasant à l’Assemblée générale des Nations unies, avec 94 pays votants en faveur de Maurice et seulement 15 contre. Il espère ainsi que la Cour internationale de justice donne un avis favorable à Maurice sur les deux questions soumises. Il espère que des mesures actives seront prises pour mettre fin immédiatement à la décolonisation de Maurice et qu’un programme de réinstallation dans l’archipel des Chagos de citoyens mauriciens, en particulier d’origine chagossienne, puisse se faire rapidement.

S’adressant à la presse, le leader du GRC, Olivier Bancoult s’est attardé sur la souffrance des Chagossiens exilés à Maurice. Il salue le courage, plus particulièrement des femmes chagossioennes, dans cette âpre lutte. Aujourd’hui, dit-il, c’est une lutte en faveur d’un peuple opprimé et pour la fin de la colonisation dans le monde. “Le combat des Chagos, c’est le combat de tous”, ajooute-t- il réitérant la promesse faite à sa mère Rita Bancoult : “Nou pou retourn lor nou Chagos.”