Ordinateurs, smartphones, tablettes, mais aussi petit et gros électroménager. Les appareils électroniques et électriques qui peuplent les foyers sont très nombreux. Une fois ces appareils cassés, devenus obsolètes ou inutiles, ils connaissent des destins divers et se retrouvent pour la plupart jetés en pleine nature. Le dépôt sauvage n’est pas une solution, car il existe à Maurice des compagnies spécialisées dans le recyclage de ces déchets. En attendant une prise de conscience de la part des citoyens et une réelle implication du ministère de l’Environnement et des autorités concernées, le paysage local devient une poubelle à ciel ouvert.

Annabelle Rose-Montenot

Depuis quelque temps, les entreprises spécialisées dans la collecte, le traitement et le recyclage, à l’instar de Neel Trading and Facility Limited, BEM Recycling ou encore RVE Ltd, notent une augmentation d’appels venant des particuliers souhaitant se séparer de leurs déchets électriques et équipements électroniques. Elles sont unanimes à dire que “certains Mauriciens commencent à montrer un réel intérêt pour le recyclage. Mais une fois qu’on leur explique certaines des procédures et surtout dès qu’ils entendent qu’il y a un coût, ils sont nombreux à faire marche arrière. Ils croient que se débarrasser de ces objets doit leur rapporter de l’argent et ils ne comprennent pas pourquoi ils doivent payer alors que ces déchets ne servent à rien. C’est pourquoi la nature, les champs de cannes et autres terrains se retrouvent avec autant de dépôts sauvages à Maurice”. Il faut conscientiser et faire comprendre aux Mauriciens que “jeter et se débarrasser de ses appareils n’est pas la bonne attitude. L’importance du recyclage des appareils électriques et électroniques, c’est leur donner une seconde vie, tout en préservant l’environnement”.

Composants dangereux.

Il existe plusieurs types de déchets, qui sont classés en plusieurs grandes catégories : les ordures ménagères (OM); les déchets de construction et de démolition; les déchets verts; les déchets industriels de type banal; les déchets industriels dangereux; les déchets pharmaceutiques; les déchets activités soins résidus infectieux; ou encore les déchets des équipements électriques et électroniques. Lorsqu’on parle de déchets électriques et d’équipements électroniques (DEEE ou D3E), il s’agit de tous les appareils utilisant de l’énergie électrique (sur secteur, piles ou batteries). De nombreux appareils sont concernés : électroménager, informatique, outillage (perceuses), jardinage, téléphonie, climatisation. Quand ils sont inutilisables ou cassés, cela ne veut pas dire qu’ils sont à mettre à la poubelle. Ils contiennent toutes sortes de composants pouvant être dangereux et qui polluent notre environnement, tels que des plastiques, mais aussi des métaux lourds (mercure et plomb) ou précieux (or, palladium) en petites quantités.

Un processus de recyclage de déchets passe par plusieurs étapes, nécessitant l’implication d’une main-d’œuvre pour collecter, stocker, trier, dépolluer, démagnétiser les appareils, broyer et traiter les déchets avant qu’ils soient valorisés pour créer de nouveaux matériaux. Cela a un coût, qui varie selon le poids, les matières et le nombre d’ordures. Il faut compter approximativement de Rs 200 à Rs 300 pour un écran d’ordinateur, Rs 10 le kilo pour un micro-ondes, Rs 15 le kilo pour une machine à laver ou encore de Rs 3,000 à Rs 5,000 pour les frigos et les climatiseurs. Une dépense qui fait fuir les ménages.

Voler feray et braconniers.

Ridwan Paurobally, directeur commercial de RVE Ltd, basé à Vacoas, précise : “Il faut reconnaître que les entreprises sont de plus en plus conscientes des enjeux environnementaux, sociaux et économiques concernant la bonne gestion de leurs déchets. Ce sont elles principalement qui font appel à nos services.”

Les Mauriciens refusent “de dépenser pour recycler” et n’ont toujours pas adopté les bonnes pratiques. D’autres éléments font aussi obstacle au recyclage à Maurice. Les voler feray ou les récupérateurs braconniers, “font croire aux gens qu’ils vont se débarrasser convenablement de leurs ordures, mais s’emparent des équipements pour les métaux qu’ils contiennent et ne font ensuite que les jeter dans les terrains vagues”, souligne Roumar Ramjan, Operation Manager chez Neel Trading & Facilities Ltd. Thierry Malabar, Projet Manager chez BEM Recycling, précise que “le marché noir du cuivre, de l’aluminium et des câbles ne semble pas être une priorité du gouvernement, qui ferme les yeux, au détriment de notre environnement. Alors qu’il est urgent et impératif de mettre en place des structures, des amendes, des lois pour réduire le nombre de déchets de toutes catégories qui ne cessent d’augmenter. Les campagnes de sensibilisation ne résoudront pas le problème. L’heure est à l’action”.

Les déchets s’empilent.

Certaines mairies contactées confirment que “les services de scavenging concernent uniquement les déchets ménagers et domestiques. Les éboueurs ont la consigne de ne pas ramasser autre chose. Mais les gens n’en font qu’à leur tête”. Les foyers peuvent cependant attendre les campagnes de ramassage bulking waste, organisées une à deux fois par an, entre autres par les municipalités de Vacoas/Phoenix et de Quatre-Bornes.

Déchets

Neel Trading and Facilities Limited, BEM Recycling et RVE Ltd sont en mesure de fournir une traçabilité des déchets recyclés. Mais les responsables des mairies ont très peu d’éléments de réponses : “Ena enn plas dan depotwar La Chaumière kot nou al depoz sa bann zafer-la. On ne sait pas ce qu’ils font avec ces déchets.” Selon Thierry Malabar, “la plupart des déchets sont recyclables. Mais à Maurice, les structures manquent cruellement dans ce secteur. Chacun à sa part de responsabilité. Les Mauriciens choisissent la facilité de balancer à droite et à gauche ce qui ne leur est plus utile. Le gouvernement et le ministère concerné sont à pointer du doigt car les choses stagnent. Le tri sélectif n’existe pas concrètement alors que cela aurait dû faire partie de la politique gouvernementale”.

En attendant, les déchets s’empilent. Il n’y a pas de contrôle ni de suivi, pas de points de collectes et ni l’application de l’Ecotaxe, déjà en vigueur dans plusieurs pays. Les acteurs dans le domaine du recyclage ne baissent pourtant pas les bras. “Il faut penser à la nouvelle génération et au bien-être social, environnemental et durable.”