Près de 400 plaintes déjà recueillies lors de la journée d’hier.

Les urnes ont parlé. Avec une majorité confortable de 38 députés dont lui-même n’aurait probablement pas rêvé, Pravind Jugnauth s’est vu confier un mandat clair pour diriger le pays durant les cinq années à venir. Ce fait ne peut pas être contesté. Toutefois, si elles ont été parfaitement libres, il faut constater que les élections générales de jeudi dernier ne sont pas totalement exemptes de critiques. Des milliers d’électeurs protestent de n’avoir pu voter.

Depuis jeudi dernier, le talk of the town est l’impossibilité qu’ont éprouvée un nombre d’électeurs à exercer leur droit et devoir civique. À hier 18h, au Centre social Marie Reine de la Paix, à Port-Louis, un groupe de citoyens rapidement constitué sur les réseaux sociaux a recensé presque 500 électeurs venus se plaindre de n’avoir pu voter parce que leurs noms ne figuraient pas sur les listes d’électeurs. Dès jeudi soir, lors d’un point de presse faisant suite à des protestations, l’Electoral Supervisory Commission (l’ESC) et le Commissaire électoral ont confirmé que 6,000 électeurs sont concernés car non-inscrits. Cependant, selon l’ESC, ces électeurs doivent s’en plaindre à eux-mêmes parce qu’ils n’ont pas assumé leur responsabilité de vérifier, dans les délais impartis par la loi, si leurs noms étaient dans les registres électoraux.

Que des électeurs se voient interdire l’accès d’un centre de vote, cela n’est pas nouveau. Dans le passé, il y a eu des cas semblables, mais ils étaient très rares. Or, cette fois-ci, le chiffre de 6,000 impressionne. C’est un record dans les annales de notre pays qui a, pourtant, su organiser sans faille dix précédentes élections. La grosse majorité des plaignants vient de composantes nationales précises, fait remarquer un animateur du groupe de citoyens mobilisé.
La Commission électorale a évoqué  les termes de la loi en vigueur, mais la polémique enfle. Il est probable qu’il y aura d’autres contestations quand le recensement des électeurs qui se disent frustrés sera complété durant la semaine.

Méthode d’enregistrement
Au vu de la tournure que prennent les choses,   la Commission électorale et l’ Electoral Supervisory Commission (  l’ ESC ) doivent se montrer plus convaincantes dans leurs explications. Certains observateurs trouvent , en effet,  assez désagréable d’entendre dire par un membre de l’ESC que “ le problème ne concerne que 0,72 pourcent de l’électorat “.

“Sans doute la commission ne réalise pas pas toute la frustration que peut ressentir un électeur privé d’accès à un centre de vote. Une voix reste une voix, d’autant qu’elle ne s’exprime qu’une fois chaque cinq ans et que dans une lutte entre trois blocs politiques chaque voix compte”, fait ressortir un de ces électeurs qui n’a pu glisser son bulletin dans l’urne.

À l’heure qu’il est, personne ne se permet de mettre le moindrement en doute l’intégrite et l’impartialité des deux commissions chargées de superviser et d’organiser les élections à Maurice. “Nou pas deregister personne jamais nou. L’électeur bizin prend so responsabilité veiller ki li lor la liste”, soulignait le Commissaire électoral Irfan Raman. Néanmoins, ce qui est certain pour nombre d’observateurs, c’est que la méthode d’enregistrement des électeurs, soit le porte-à-porte mené annuellement par des officiers de la Commission électorale depuis l’introduction du Suffrage universel à Maurice (en 1959) devrait être revue afin d’éviter ce genre de situation.

Cette méthode soulève plusieurs interrogations, dont :
– pourquoi le nom d’une personne qui vote déjà devrait-il être systématiquement rayé en janvier de chaque année pour ensuite être ré-inscrit sur les listes ?
– ne serait-il pas plus efficace de garder le nom en permanence sur la liste dès lors qu’il a déjà voté dans le passé?
– en cas où l’électeur ne résiderait plus dans sa circonscription d’origine, une preuve d’adresse (facture d’eau ou d’électricité) plus sa carte d’identité ne suffirait-il pas afin de pouvoir voter dans la circonscription où il a migré?
– avant d’enlever le nom d’un électeur de la liste, le bureau de la Commission électorale ne devrait-il pas l’en aviser au préalable, par écrit où courriel, plutôt que d’agir de manière unilatérale ?
– est-ce logique de s’attendre à ce que plus de 900,000 électeurs (aux dernières élections) vérifient tous s’ils sont bien inscrits alors qu’ils savent qu’ils votaient depuis des années déjà ?
Ces questions ne sont pas exhaustives.