JONATHAN CHICOT

… Et tu obtiendras la paix

Nous vivons dans un monde, où nous pouvons dire sans gêne que la paix, à proprement parler, est devenue un luxe et que, si elle se vendait, elle aurait coûté terriblement cher ! La guerre, quant à elle, demeure omniprésente, monnaie courante. À savoir que la guerre peut prendre différentes formes sauf qu’elle naît d’abord à l’intérieur de soi (c’est-à-dire au-dedans). Elle est vue comme normale tandis que la paix, elle, n’intéresse plus trop personne car étant perçue comme utopique ou illusoire. Ainsi, par moments, on se contrôle, on fait des compromis pour éviter que la guerre n’éclate au-dehors… Et à d’autres moments, on se laisse aller et des dégâts atroces sont causés, pas uniquement par nos gestes mais aussi par nos paroles, qui souvent font beaucoup plus de mal que nos actes ! Vivre constamment dans un monde favorisant la guerre plus que la paix, c’est un peu vivre sans espérance ! C’est un peu désirer la mort à petit feu…

Définissons le mot « paix »

Beaucoup disent que la paix, c’est une absence de guerre ; d’autres pensent que c’est un équilibre stable entre les puissances hostiles. Ces définitions sont cependant incomplètes. La paix est d’abord la tranquillité de l’ordre, et plus profondément, la joie dans le bon ordre de Dieu. Cette manière de concevoir la paix et la pratiquer est (devrait du moins être) notre but à tous. Nous marchons sur la voie de la paix lorsque nous travaillons dans l’intégrité, l’unité et l’amour vers un monde ordonné comme Dieu le souhaite, le désire.

Le mot ‘Shalom’ (que l’on traduit souvent par ‘Paix’) en hébreu signifie d’abord ‘Plénitude’. On ne peut faire l’expérience de la plénitude qu’en étant ajusté à la Volonté de Dieu. Au sens biblique, être juste, c’est justement être ajusté à la Volonté de Dieu. Qu’est-ce que la Volonté de Dieu sinon, entre autres, être des artisans de paix les uns pour les autres ? « Heureux les artisans de paix, ils seront appelés fils de Dieu », Mt 5 : 9. « Fais de moi un artisan de paix », priait St François d’Assise. Aller à l’intérieur de soi, y déraciner tous les germes d’injustice, de ressentiment, de violence, de destruction et s’aimer mutuellement, autant de démarches vers plus de paix en étant en paix avec soi-même et avec autrui…

De plus, là où les droits humains sont respectés comme le stipule la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, là où on prône l’humanisation, là aussi où, au lieu de piller toutes les ressources, on en prend soin afin d’assurer l’avenir de nos descendants, on se met en route vers un monde de paix, de joie, de bonheur, de plénitude. Chacun de nous a la responsabilité de prendre soin de notre ‘maison commune’ comme nous le rappelle le livre de la Genèse et le Pape François dans son Encyclique ‘Laudato Si’, sinon c’est le chaos.

« Il n’y a pas de paix sans justice et il n’y a pas de justice sans pardon », disait St Jean-Paul II. Tant de pays sont en effet en guerre. Tant de femmes, d’enfants sont mutilés dans leur chair ; victimes de viol, de violence, de meurtre, certains en sont traumatisés à vie et désirent la mort. Il y a ceux qui sont obligés de fuir leur patrie ; on les appelle les migrants. À certains endroits du globe, vu l’instabilité économique et politico-sociale, certains sont exploités et d’autres meurent de faim… Se venger, rendre le mal pour le mal, est-ce cela la solution ? « Celui qui se sert de l’épée périra par l’épée », dit Jésus. C’est vrai que les coupables ‘doivent payer’ pour ces actes odieux. Il faut que justice soit faite. Cependant, Dieu seul est juge et Il est d’abord Miséricorde. Le Pardon, quant à lui, libère, guérit même s’il est parfois difficile à donner à l’agresseur, à l’oppresseur. Pour pardonner à son prochain, son semblable, la volonté de l’être humain des fois ne suffit pas, il faut aussi faire appel à la grâce divine.

Pour conclure, je crois fermement que la plus grande prière de l’homme, ce n’est pas celle pour la victoire, la réussite mais celle pour la paix, qui ne s’obtient pas en faisant constamment la guerre à ‘l’ennemi’ mais en pratiquant la justice à tout instant avec conviction, détermination et peu importe ce que cela en coûte. C’est ainsi et seulement ainsi que l’on peut vivre heureux.