Keithya Flore (catégorie enfant) et Soobiraj Rangasami (catégorie adulte) ont décroché le premier prix de la dictée en kreol organisée par la Creole Speaking Union dans le cadre du Festival international kreol (FIK) 2015. Ils ont reçu leur prix du Premier ministre par intérim, Xavier-Luc Duval, lors d’une cérémonie à Quatre-Bornes samedi dernier.
« Li interesan et li fasil », souligne Keithya Flore, 9 ans, heureuse d’avoir décroché le premier prix. La petite fille, élève en Std V à l’école primaire Saint Jean-Bosco, apprend la langue créole depuis la Std I. Ce qui ne l’empêche pas d’aimer les autres langues, dont le français, qu’elle trouve « facile » également. C’est son père qui l’a inscrite à la dictée en 2015. « Mo ti inpe per. Per ki mo pa resi », dit-elle.
Andyano Rioux a décroché, lui, le 2e prix pour la même catégorie. Cet élève en Form V au collège d’État de Piton trouve le kreol « passionnant ». Il explique : « Mo kontan ekrir. mo abitie ekrir kreol par mo mem et mo ti envi kone kot mo ete. » Comment a-t-il appris la grafi larmoni ? « Mo ser fer sa lang la liniversite et mone apran ar li », dit-il. Saurenza Laurent, quant à elle, a décroché le 3e prix. Âgée de 9 ans, elle est en Std V à l’école Père Laval. Elle a commencé son apprentissage écrit et de la lecture du créole en Std I. Une tâche qu’elle trouve « relativement facile ».
Pour la catégorie adulte, c’est Soobiraj Rangasami qui a décroché le premier prix avec un sans-faute. Cet employé du secteur touristique est aussi très actif en traduction de magazine en kreol morisien. « Depi lontan mo fer kreol. Nou ti komans par servi grafi LPT (Ledikasyon Pu Travayer) pou tradiksion. Apre nou koumans servi enn grafi fransize pou fasilit lektir et, depi 2013, nou servi zis grafi larmoni. » Notre interlocuteur, habitant Terre-Rouge, est membre de l’église des Témoins de Jéhovah, et c’est pour le compte des paroissiens qu’il participe dans une équipe de traduction. Il note qu’au début, soit en 1999, ils ont appris le kreol selon la graphie de LPT avec les responsables du cours de literacy de LPT. Il souligne qu’il n’a pas été difficile pour lui de passer à la grafi larmoni en 2013. Heureux d’avoir décroché le premier prix, il indique s’être inscrit à la dictée, avec sa fille, « pour le fun ».
Ryan Krishna Appadoo a, lui, décroché le 2e prix pour la catégorie adulte. S’il a appris le kreol par lui-même, avec l’aide du dernier dictionnaire créole édité sous la direction d’Arnaud Carpooran, linguiste et président de la Creole Speaking Union, il affirme avoir appris la langue selon la graphie officielle « très très vite ». Selon lui, « se enn langaz simp, tre fonetik, et pa neseser fer bel bel letid et al o fon linguistik pou apran li ». Notre interlocuteur travaille dans les secteurs de l’informatique et du marketing et fait du théâtre durant son temps libre. Il affirme écrire ses textes en kreol depuis plusieurs années.
Enfin, sur la troisième marche du podium côté adulte, on retrouve Anisha Jamoodhee. Cette enseignante du primaire a appris le kreol morisien lors de sa formation pour devenir institutrice au Mauritius Institute of Education (MIE) en 2013. « Li enn etap a suiv. Nou fin apran et zordi mo enseigne kreol dans lekol », souligne-t-elle, se disant « fière et heureuse» d’avoir été primée. « Mo pa ti attan. Mo ti kon mone byen ekri me mo pa ti attan. » Elle en est à sa deuxième participation. « Premyer fwa mo ti fer boucou fot », avoue-t-elle.
Dans une déclaration à la presse, à l’issue de la cérémonie de remise de prix, le Premier ministre par intérim a loué l’initiative de la CSU en soulignant que « c’est une manière de faciliter l’apprentissage de la lecture et de l’écriture du kreol morisien, qui est entré dans le cursus scolaire ». Pour Xavier-Luc Duval, l’entrée à l’école de la langue kreol est « un signe de respect ». Il concède que notre langue maternelle « est difficile à lire et à écrire » pour la majorité des Mauriciens et estime que les dictées et le concours littéraire lancé en 2015 par la CSU est une manière de les y familiariser et de les encourager à apprendre à la lire et l’écrire.
Le Premier ministre par intérim a aussi procédé à la remise de prix aux gagnants du premier concours littéraire en kreol organisé par le CSU. Il s’agit de Mélanie Pérès pour le roman Tigann – traverse enn fam dan divan kontrer, Aanas Ruhomaully pour son receuil de nouvelles Longanis, saser, korbo ek lezot ti-zistwar, et Tenusha Jundoosing, pour son recueil de poèmes rekonfor dan letan dir. Les ouvrages sont édités par la CSU sous la direction de son président, Arnaud Carpooran.