JONATHAN CHICOT

« Il ne suffit pas d’engranger les récoltes du savoir, du savoir faire, ni de vendanger les fruits du savoir-être et du savoir-devenir, encore faut-il accepter de les offrir pour s’agrandir ensemble. » – Jacques Salomé.

Il est toujours bon de se rappeler que de par notre nature, nous sommes des êtres grégaires. Aristote disait d’ailleurs que « l’homme est un être sociable ». Dans le contexte africain, cette dimension de la communauté est très présente. Pour l’Africain, on n’existe que parce que l’on appartient à une communauté. D’où l’expression, « Je suis parce que nous sommes ! » Ce sens d’appartenance est pour lui fondamental. Cela ne veut pas dire que je suis tout à fait ce que l’autre est, il n’est pas question d’uniformité ici mais plutôt de diversité ou mieux encore, de complémentarité. L’autre m’aide à m’achever, à découvrir mon identité et à mettre mes atouts, mes talents, au service de tous et en vue du bien commun.

En effet, on ne peut parler de vivre-ensemble sans parler d’altruisme. Cette question de l’altérité doit toujours revenir en perspective dans la mesure où je veux établir dans mes relations une place pour l’autre et pour moi, donc une relation avant tout de qualité ou l’autre se sent épanoui. L’autre ne m’est guère semblable, c’est vrai. Il est au contraire très différent, il est unique, mais une vraie relation avec lui est pourtant possible. Comment ? En taisant nos préjugés, nos idées préconçues, nos conclusions hâtives pour favoriser le dialogue. « Le vrai dialogue n’est possible qu’à partir de nos différences, en les assumant », dit souvent Jonathan Ravat. De plus, « Communiquer, c’est accepter de partager nos différences », pour reprendre les mots de Jacques Salomé. En dialoguant avec l’autre, je réalise combien je me suis trompé à son sujet et vice versa.

Et puis après un premier dialogue, on constate que l’on peut faire un bout de chemin ensemble tout en respectant les convictions de l’autre qui ne sont pas forcément les miennes. C’est à ce moment que le vivre-ensemble prend tout son sens et s’exprime. On crée ainsi un espace qui favorise la rencontre, l’échange combien bénéfique. On n’est plus dans la logique de la supériorité mais dans celle de la proximité. Et souvent en allant vers l’autre on se découvre, et notre vie a désormais un sens.

À l’approche des prochaines élections, c’est important selon moi de se rappeler tout cela. Nous sommes une nation arc-en-ciel avec toutes ses richesses mais aussi ses failles. Nous cohabitons sur une même île mais prenons nous vraiment le temps et nous donnons-nous suffisamment de moyens pour nous connaître, pour fraterniser ? Ne soyons pas divisés, encore moins pendant cette campagne électorale, rappelons plutôt cette belle ambiance d’unité qui a régné dans notre pays pendant les derniers Jeux des îles et la visite du Pape François. Seuls on va vite, ensemble on va loin…