En marge de la présentation du budget 2013, le président de l’Energy Efficiency Management Office Khalil Elahee a, dans une déclaration au Mauricien ce matin, souhaité l’introduction d’une taxe sur les profits réalisés à partir du charbon.
« Je m’attends à beaucoup de choses de ce budget par rapport à la maîtrise de l’énergie. Depuis longtemps je propose qu’on taxe les profits qui se font à partir du charbon. Ce n’est pas une green tax ou la taxe carbone. Il s’agit d’introduire une vraie fiscalité verte qui ne va pas pénaliser le petit peuple. Le développement durable a aussi une dimension sociale », a-t-il déclaré.
Parmi les autres mesures préconisées par Khalil Elahee figure la nécessité de s’assurer que les appareils électriques et électroménagers soient conformes aux normes d’efficacité énergétique. « 95 % des appareils commercialisés ne sont pas conformes à ces normes. Il y a une forte résistance de la part de certains commerçants. Il faut impliquer tout le monde ».
Notre interlocuteur souhaite également qu’un frein soit mis à la réduction de la superficie sous canne. « Il faut aller vers la biomasse ou la culture durable. On perd trop de superfie de canne », s’insurge-t-il. Khalil Elahee préconise un reboisement et une agriculture durable de manière à pouvoir produire de la biomasse. « Il faut introduire du biodiesel importé ou produit localement. Il faut utiliser le charbon en cogénération », a-t-il soutenu.
« Je m’attends aussi à ce que dans le budget on encourage la production énergétique au niveau des Small Independent Power Producers (SIPPs) et ensuite je souhaite vivement le développement des parcs éoliens. Il faut repenser les projets Bigarra et Curepipe Point. Nous devons aller vers l’éolien offshore et utiliser d’avantage l’énergie océanique ».
S’agissant de l’opposition manifestée contre CT Power, Khalil Elahee estime que c’est une occasion en or de faire quelque chose sur une question qui réunit les ONG, le secteur privé, le gouvernement, la population : un désir de se défaire de cette dépendance au charbon dans le long terme. « Certains disent non à CT Power, d’autres disent non aux IPPs. Nous, nous disons non aux deux d’une façon cohérente. Élaborons et mettons en oeuvre une politique énergétique fondée sur l’unanimité par rapport au désir d’avoir un autre avenir », affirme Khalil Elahee. « Je suis réaliste. On ne va pas le faire du jour au lendemain. Donnons-nous au moins trente ans pour nous libérer de cette dépendance sur le charbon ».
Pour Khalil Elahee il faut dépassionner le débat. « Ce qu’il faut surtout, c’est saisir cette opportunité et se dire qu’il y a une opposition à ce projet ainsi qu’à l’utilisation du charbon en général à Maurice y compris chez les IPPs. Il y a une prise de conscience concernant l’utilisation abusive du charbon, concernant le fait qu’on doit se débarrasser du charbon tôt ou tard. À la lumière de cette prise de conscience on devrait se tourner vers la maîtrise de l’énergie et vers les énergies renouvelables et diminuer de façon graduelle l’utilisation du charbon ». Pour M. Elahee, il faut dire non à CT Power mais aussi non à l’utilisation du charbon par les IPPs dans un avenir durable. « Leur contrat viendra tôt ou tard à terme et à ce moment-là il faudra dire non aux contrats qui vont favoriser le charbon ».
Khalil Elahee se plaint du manque de collaboration du CEB. « Lorsque le CEB diminue de 50 % le tarif du secteur BPO sans chercher une augmentation de l’efficacité énergétique, cela diminue de 50 % la rentabilité de tout investissement dans l’efficacité énergétique », conclut-il.