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– Manuels gratuits pour les élèves de l’Extended Stream depuis 2018

– Interrogations des parents sur la date de l’obtention des manuels et inquiétudes parmi les libraires concernant l’avenir de leur commerce

Avec la promesse électorale de distriber gratuitement des manuels scolaires aux élèves des Grades 7 à 9, le gouvernement de L’Alliance Morisien ne dispose que d’un mois pour faire aboutir les démarches nécessaires afin de respecter son engagement. En effet, la rentrée scolaire de 2020 est presque derrière la porte et le ministère de l’Education se retrouve sous pression. Jusqu’à la fin de la semaine prochaine, tous les collèges auront complété l’étape de la publication des résultats des examens de fin d’année de même que la distribution de la liste des manuels requis pour l’année prochaine. En se basant sur les dernières Education Statistics, environ 45 000 élèves de Grades 7- 9 se trouvant dans le secondaire d’Etat et les collèges privés subventionnés obtiendront gratuitement les manuels. Les parents sont ravis de cette mesure leur permettant de faire des économies, mais ils sont impatients de connaître la date et le mode de distribution de ces manuels.

« Kan nou bann zanfan pou gagyn zot liv ? » Voilà l’interrogation des parents ces jours-ci. Ils craignent une distribution tardive des manuels, soit après la rentrée scolaire, et veulent donc être fixés sur la date à laquelle les livres seront disponibles. « Nou espere ki paran pa bou bizin fer manifestasion apre la rantre pou gagyn bann liv », disent-ils. Mais les parents de même que les chefs d’établissement se posent les mêmes questions au sujet du système qu’adoptera le gouvernement pour une distribution sans couacs. Les parents obtiendront-ils un “voucher” pour aller acheter les livres dans le circuit privé ? Est-ce que les écoles auront la responsabilité de passer les commandes des manuels pour leurs élèves et obtiendront par la suite le remboursement des dépenses ? Est-ce que le ministère enverra les livres dans les écoles ? Est-ce que tous les livres des Grades 7 à 9 figurant au programme d’études l’an prochain ont déjà été imprimés ? L’aide gouvernementale se limitera-t-elle qu’aux manuels du MIE?

Face aux interrogations des parents, Leela Devi Dookun, la vice-Première ministre et ministre de l’Education, a affirmé en début de semaine que les manuels seront disponibles pour la prochaine rentrée scolaire 2020 et que les officiers de son ministère étaient à pied d’œuvre pour mettre en place le système requis.

Il est bon de faire ressortir que les manuels des Grades 7 à 9 ont été préparés par le Mauritius Institute of Education et que le ministère de l’Education a ensuite lancé un appel d’offres pour le « printing and supply » de ces manuels. Le contrat a été alloué au début du mois d’octobre à trois soumissionnaires qui sont connus dans le domaine de l’édition, soit T-Printers, les Editions Le Printemps Ltée (ELP) et Bahadoor Printing. Chacun d’entre eux a obtenu un certain nombre de titres pour les “compulsory subjects” et pour les matières optionnelles, même si les rumeurs persistantes voudraient que l’un d’entre eux « aurait obtenu le plus gros morceau ».

Il y a 11 “core subjects” par Grade et on compte environ 15 000 exemplaires pour chacune de ces matières principales. Ainsi, pour les Grades 7 à 9, il doit y avoir un total de 495 000 livres disponibles rien que pour les “core subjects”. Le délai pour l’impression des manuels sera-t-il respecté ? « En général tous les livres le seront à la fin de l’année », affirme sur un ton catégorique Ahmad Sulliman, directeur des ELP et président de la Booksellers And Stationery Owners Association (BSOA). « Avec le Nine-Year Schooling, le nouveau programme d’études pour le “lower secondary” est en vigueur depuis 2018 et, de ce fait, des libraires ont encore des livres de Grade 7 et 8 en stock. A ce jour, je peux vous assurer que la plupart des titres pour les Grades 7 et 8 ont déjà été imprimés. Mais il y a un peu de retard avec certains titres pour le Grade 9 car nous attendons le feu vert du MIE. Il paraît qu’il y a eu mal de corrections à apporter à plusieurs manuscrits », ajoute Ahmad Sulliman. En effet, des enseignants ayant participé il y a quelques jours aux ateliers de travail organisés par le MIE au sujet du syllabus de Grade 9 pour l’an prochain confient au Mauricien « qu’ils y a eu plusieurs changements à apporter ».

Actuellement, c’est surtout le mode de distribution des manuels qui fait débat. Un point sur lequel nos différents interlocuteurs sont d’accord : « Il n’est pas question de remettre l’argent aux parents pour l’achat des livres », s’empressent de dire des officiers de la Private Secondary Education Authority, qui font état de certaines expériences négatives. Plusieurs interlocuteurs, dont des chefs d’établissement et des enseignants, ne sont pas favorables eux aussi à l’idée d’une contribution financière directe aux parents. De l’avis des officiers de la PSEA, la formule adoptée depuis quelques années pour les livres gratuits aux “needy students” est « satisfaisante ». Ils suggèrent ainsi au ministère de l’Education d’étendre le même système à son projet de distribution des manuels aux élèves de Grades 7 à 9.

« Dans le cas des “needy students”, les écoles achètent elles-mêmes les livres et à la présentation des reçus, la PSEA leur rembourse la somme qu’ils ont dépensée. Le système marche et il n’y a pas eu d’abus jusqu’ici. Pourquoi donc ne pas employer la même formule ? » dit-on. Les collèges accepteraient-ils cette responsabilité additionnelle ? « Notre responsabilité première est l’éducation et l’organisation de l’école, et pas d’aller négocier avec les librairies. Il n’est pas question que nous prenions la responsabilité de l’achat des manuels pour les élèves de Grade 7 à 9 ! » réagit avec agacement le manager d’un grand établissement privé de la zone 2. « Une telle tâche requiert du temps et la mise en place d’un dispositif avec les moyens nécessaires. On risque de venir nous dire par la suite qu’on a privilégié telle ou telle librairie et qu’il y a un manque de transparence dans l’achat des manuels », poursuit ce manager. Et ce dernier d’expliquer la raison pour laquelle les collèges privés ont accepté de fournir les manuels aux “needy students”. « Nous avons accepté de collaborer parce que le ministère remettait les livres à ces élèves très tard dans l’année scolaire et quelquefois au début du troisième trimestre. Ils étaient alors pénalisés dans leurs études », explique ce directeur de collège, soulignant qu’ils obtiennent le remboursement de leurs dépenses vers le mois de septembre, soit presque à la fin de l’année scolaire.

Si cette aide de l’État fait le bonheur des parents, en revanche, certaines librairies, et particulièrement les « petits commerces », craignent que le gouvernement prenne complètement à sa charge la distribution de 500 000 manuels, leur privant ainsi d’une rentrée d’argent annuelle sur laquelle ils comptent pour la survie de leurs business. « D’habitude, à cette période de l’année, il y a une affluence des clients chez moi pour l’achat des manuels. On comprend pourquoi les parents ne viennent pas. Nous sommes nous aussi dans l’attente de ce que le gouvernement va dire », explique sur ton aigri un commerçant de la capitale. Depuis le 12 novembre, la Booksellers And Stationery Owners Association a lancé un appel au gouvernement pour une rencontre « urgente » afin de dégager une stratégie pouvant être, selon ses dirigeants, une “win-win situation” pour les parents, pour le gouvernement et pour les librairies (voir en encadré la proposition des libraires).

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