L’association Les Amis d’Agaléga ne cache pas sa déception et son inquiétude devant le manque d’intérêt de certains adolescents pour les études secondaires peu de temps après leur arrivée à Maurice. Deux des jeunes pensionnaires de la Maison d’Accueil Agaléenne (à Roches-Bois) viennent de quitter l’école pour rentrer bientôt dans l’île en avançant un « problème d’adaptation » et, l’an dernier, deux autres résidents avaient aussi interrompu leur parcours scolaire. Et pourtant, ce centre d’accueil, géré par cette association, offre un encadrement correct, tant pour l’hébergement que pour les études de ces jeunes Agaléens.
Les habitants dans l’archipel sont peu nombreux et, de fait, la population scolaire est très faible : cette année, on dénombre seulement 12 élèves dans le “main stream” et cinq enfants pour la fillière Prevocational.   Ce n’est pas pour autant que le personnel est squelettique : on compte en effet sept profs et quatre non-teaching staff. MEDCO Agaléga, qui a ouvert ses portes en janvier 2008, offre des cours jusqu’à la Form III. D’où la raison pour laquelle les jeunes doivent venir à Maurice pour compléter leur parcours secondaire.  
Consciente de l’importance de l’éducation pour le développement personnel de tout individu et pour améliorer les conditions de vie dans l’archipel, Les Amis d’Agaléga en a fait son cheval de bataille depuis sa création, en mars 2003. Cette organisation fait partie de ceux qui ont beaucoup oeuvré pour une amélioration de la qualité de l’éducation primaire dispensée à Agaléga ainsi que pour la mise en place d’une structure pour offrir des classes au secondaire.  « Nou lorganizasion finn pran nesans dan komba pou ledikasyon de 3-zan apre nou finn resi amenn ledikasyon sekonder dan Agalega », dit avec fierté Laval Soopramanien, président de cette association.  Leur autre souci était l’accueil et l’hébergement des enfants se rendant à Maurice pour le collège. Après  plus d’une année de discussions et de négociations pour une aide financière concernant un projet pour le logement des jeunes garçons durant leur scolarité à Maurice, les responsables des Amis d’Agaléga ont pu convaincre des sponsors et l’Outer Islands Development Corporation de la nécessité de cet espace, qui a pour nom Maison d’Accueil Agaléenne.    Celle-ci se trouve dans une partie du bâtiment abritant les bureaux de l’association, à Roche-Bois.
La Maison d’Accueil Agaléenne peut héberger un maximum de huit jeunes, répartis dans deux dortoirs. Il y a en ce moment quatre résidents alors qu’au début de l’année scolaire,  ils étaient sept. Ces collégiens agaléens évoluent dans un environnement simple, mais l’endroit est agréable. Le centre est équipé d’ordinateurs et d’autres outils très utiles dans leurs études, et les résidents auront bientôt accès à une connexion à l’internet. On y a aménagé aussi un coin bibliothèque, qui sent encore le neuf, et une Ong vient de faire un don de livres au coût de Rs 40 000.  L’accompagnement scolaire est une autre caractéristique de ce centre d’hébergement. Pour une bonne cohabitation, les jeunes résidents sont tenus à respecter un certain nombre de règlements et un Resident Manager veille au bon fonctionnement de la maison.
Malgré cet espace de travail motivant et l’encouragement des responsables de l’association pour s’accrocher aux études, quelques résidents ont cependant abandonné l’école, à la grande déception de leurs bienfaiteurs. L’an dernier, deux des six pensionnaires avaient décidé de s’en aller et, cette année encore, la situation se répète avec les nouveaux venus. Un élève de Form IV au Collège Bhujoharry et un autre en 4e année de Prevocational du même établissement viennent en effet de renoncer volontairement à la possibilité de l’obtention d’un certificat de fin d’études secondaires. Ces deux jeunes attendent impatiemment la date du départ du prochain bateau. « Pa kapav adapte ar lanvironman-la. » Telle est la réponse qui fuse immédiatement lorsqu’on interroge les jeunes concernés. On a entendu aussi les raisons suivantes : « Mo pa abitie avek kalite manze ki manze dan Moris », « Mo pa kapav reste san mo mama », « Bann klas-la inpe difisil pou suiv », ou encore « Mo bizin al ed mo papa dan so travay ».
Les responsables des Amis d’Agaléga sont visiblement agacés et ne sont pas d’accord avec les arguments avancés par leurs jeunes protégés. « Ena bann argiman ki byen farfelu », soutiennent-ils. Selon les observations de Laval Soopramanien, certains de ces jeunes Agaléens, qui passent dans ce centre d’hébergement, ont du mal à s’adapter à la discipline. « On ne les enferme pas dans une prison puisqu’ils peuvent rendre visite à des membres de leur famille et nous organisations beaucoup d’activités pendant les vacances. Mais nous devons exercer un certain contrôle. Ces jeunes sont chez nous dans un but spécifique et on veut qu’ils s’appliquent à leurs études. Notre projet comprend aussi un volet de formation globale, mais certains d’entre eux ont du mal à respecter les consignes. Il est dommage qu’ils n’aient pas encore mesuré l’importance de l’éducation », dit  le président des Amis d’Agaléga.
Laval Soopramanien et ses proches collaborateurs, attristés par la décision des jeunes qui quittent l’école si tôt, estiment que cette situation mérite une action urgente. Ils ont décidé que, lors du prochain voyage du bateau, ils mettront le cap sur l’archipel pour relancer la campagne de sensibilisation des adultes à l’éducation et pour démarrer un nouveau programme de formation à l’intention des parents. Ils envisagent aussi de rassembler les jeunes pour en discuter.