Suivant la libération des quotas de sucre en octobre prochain – signifiant qu’il n’y aura plus de quotas européens de production ni d’exportation – et avec un excédent mondial de sucre en perspective, le contexte est plus difficile pour les producteurs. Et Maurice n’est pas en reste, les cours mondiaux devant donc subir les conséquences de ce retour aux excédents.
Face aux difficultés à venir et en vue de garder la tête hors de l’eau, Omnicane Ltd a, depuis quelques années diversifié ses activités., Une diversification qui est passée par la réforme de l’industrie cannière avec l’institution en 2014 d’une distillerie d’éthanol, dont deux sous-produits, le gaz carbonique et la vinasse, sont élaborés et utilisés respectivement dans la fabrication de boissons gazeuses et dans l’élaboration de fertilisant bio. En ligne avec sa politique de développement durable, Omnicane, avec le soutien financier et la Commission de l’océan Indien (COI) et de l’Union européenne (UE), s’investit désormais dans un projet novateur. Celui de la production d’énergie. 3 MW annuellement. Le tout généré à partir de la vinasse.
Produire de l’électricité à partir des produits dérivés de la canne. Ce n’est pas une idée hors de la portée des Mauriciens. Le pays dispose de compétences dans le domaine. Omnicane l’a prouvé à la COI et à l’UE, qui ont décidé de financer le projet novateur à travers un don de 263 791 euros, représentant 5 % du budget total qui avoisine les 4, 6 millions d’euros, soit quelque Rs 200 millions.
Première phase pour 2019
Une présentation de ce projet, dont la première phase démarre en 2019, a eu lieu la semaine dernière dans l’enceinte d’Omnicane à La Baraque, l’Escalier, en présence de la présidente de la République, Ameenah Gurib-Fakim, aux côtés de la chef de la délégation européenne, Marjaana Sall, et du secrétaire général de la COI, Hamada Madi. Pour la réalisation de ce projet, des cuves de grande capacité seront aménagées à l’Escalier, sur un terrain de deux hectares non loin de la distillerie. Ces cuves sont destinées à la  «digestion aérobique », soit la méthanisation de la vinasse.
À ce jour, la vinasse, issue de la mélasse, est utilisée pour la production de biofertilisant, suivant un procédé d’évaporation. Ainsi, Omnicane compte optimiser cette ressource, d’abord en transformant les résidus de cendres de la centrale thermique en un additif propre pour le ciment et ensuite pour une production d’électricité à partir du gaz émis par le processus de méthanisation. Selon les promoteurs, plus de la moitié de la vinasse restante après la fabrication du bioéthanol, soit 415m3/jour, ou 120 000 tonnes par an, sera méthanisée pour produire de l’électricité à partir du gaz créé, à raison de 3MW de courant par an injecté sur le réseau du CEB.
La première phase du projet est annoncée pour 2019 et la production de biogaz est estimée à 3 000 000 m3. Ce qui permettra une production de 1, 5 MW d’électricité dans un premier temps. L’objectif est d’atteindre en 2022, en marge de la deuxième phase, une production de 3 MW d’électricité, soit 8 000 heures de courant par an.
Lors de son discours, Jacques d’Unienville, le CEO d’Omnicane, est revenu sur la réforme entreprise par l’industrie sucrière, qui est passée de la production de sucre à la production d’électricité à partir de la bagasse, la production de bioéthanol, la raffinerie et le carbon burn out. Face aux difficultés qui guettent le secteur, a-t-il rappelé, il est impérieux de continuer à innover. D’où l’optimisation des sous-produits de la canne.
Outre les Mauriciens qui seront les bénéficiaires de cet apport d’électricité verte, c’est le pays dans son ensemble qui en sortira gagnant, a souligné Jacques d’Unienville, faisant ressortir que ce projet contribuera à une réduction de l’importation des combustibles de fossiles, une sécurité énergétique accrue et une réduction des émissions de CO2. Un projet qu’encourage la COI et l’UE, sous le programme Énergies, qui comprend une quinzaine de projets dans la zone océan Indien. L’utilisation de cette production d’énergie renouvelable fera prochainement l’objet de discussions et d’échanges avec les autorités concernées.