De St-Julien d’Hotman où elle est basée, Farm Basket, une entreprise créée il y a un peu moins de deux ans, cultive, vend et livre des légumes. Les commandes peuvent être passées en ligne et la livraison se fait sur quatre circuits à travers l’île. Cette initiative de Ravi Rambujoo attire de plus en plus de consommateurs. D’autant que « nous proposons des légumes sans produits chimiques, en attendant qu’ils soient certifiés bio ».
C’est à travers le site internet de Farm Basket que les commandes de légumes peuvent être passées. Elles sont enregistrées et livrées quatre fois par semaine, et ce dans les régions suivantes : Quatre-Bornes/Vacoas/Curepipe/Floréal (mardi); Grand-Baie/Port-Louis/Pailles (jeudi)?; Moka/Saint-Pierre/Ébène/Rose-Hill/Beau-Bassin/Albion (vendredi), et Rivière-Noire/Pointe-aux-Sables (samedi). « Notre entreprise est bien établie. Nous obtenons suffisamment de commandes et nous grandissons à petits pas », indique Ravi Rambujoo. Formé en Building and Construction Management, cet entrepreneur s’est reconverti en agriculteur il n’y a pas très longtemps. « Nous ne voulons pas aller trop vite car nous devons avoir suffisamment de légumes pour satisfaire les commandes. Je rencontre aussi mes clients individuellement pour leur expliquer notre philosophie car beaucoup d’entre eux ne comprennent pas encore ce qu’est un bon légume. Pou zot, si legim-la gro, zoli ek pa pike, li inpekab », déclare-t-il. « Cependant, il y a aussi des clients qui connaissent les gros problèmes de santé dans notre pays, comme le nombre de cas de cancer, en hausse. Ils recherchent donc des légumes sains. »
Pour les atteindre, Ravi Rambujoo se dit prêt à accueillir les clients qui souhaitent voir ses plantations lors d’une visite. « C’est plus un partenariat que nous voulons développer avec nos clients, qui nous aident vraiment à entrer dans le bio », soutient-il. Quant aux prix pratiqués par Farm Basket, ils se situent « ant bazar ek sipermarse ». Le transport est, lui, facturé à Rs 30 par commande et selon le circuit. Cinq personnes travaillent avec Ravi Rambujoo mais, dit-il, « la main-d’oeuvre devient rare ».
Vente à l’encan
L’idée de cultiver des légumes sans produits chimiques et d’assurer leur livraison auprès des consommateurs a germé dans la tête de Ravi Rambujoo après qu’il s’est heurté à un refus de la part des marchands de considérer ses légumes comme étant « sans produits chimiques ». Selon le système en vigueur à Maurice, le planteur cultive ses légumes et passe par la vente à l’encan avant de les vendre aux marchands. « À la vente à l’encan, on m’a dit : “Nou pa konn bio nanie nou, nou konn zis gro ek zoli legim. »
Ainsi, ses légumes sans produits chimiques passaient pour des derniers grades et étaient même des fois rejetés. « Pourtant, ils sont meilleurs pour la santé », souligne notre interlocuteur. « Je me suis dès lors demandé comment j’allais faire. Mais je savais que la clientèle recherchait mes produits. » Ravi Rambujoo a ainsi créé Farm Basket afin de vendre ses légumes directement aux consommateurs, à commencer par sa famille, ses proches et ses amis. Il les ravit grâce à du chou, du chouchou, des brocolis, des raves, des carottes et des brèdes.
De bouche-à-oreille, Farm Basket devient assez populaire. « Tout est basé sur la confiance. Nous jouons franc-jeu en montrant à nos clients clairement les légumes avec et sans pesticides. Nous leur donnons toutes les explications et ils ont le choix devant eux. Et ça marche bien pour le moment. » Ravi Rambujoo répète toujours à ses clients que « nous ne sommes pas des marchands de légumes, what is available, you get them fresh ».
Le nouvel agriculteur a été voir ce qui se fait dans le domaine du côté de la Food and Agricultural Research and Extension Institute (FAREI), qui l’a présenté à d’autres planteurs se trouvant dans la même situation que lui. « Tous luttaient pour produire des légumes sains, me nou ti tase avek sistem ki ena. J’ai suivi des cours sur le “bio-farming” et j’ai aussi fait mes propres recherches sur le net afin de pouvoir améliorer la qualité de mes légumes sans utiliser de produits chimiques. J’obtiens maintenant de meilleurs résultats », affirme Ravi Rambujoo. N’empêche, ajoute-t-il, que ce n’est pas facile de produire du bio. « Il faut persévérer, travailler avec passion et ne pas vouloir gagner de l’argent trop vite. Si on veut gagner de l’argent, on appliquera des produits chimiques, ce qui est néfaste pour la santé. La culture des légumes bio, c’est pour le long terme », souligne-t-il. Ravi Rambujoo cultive ses légumes sur une superficie de trois arpents, dont un consacré au “bio-farming”. Il s’est aussi lié d’amitié avec huit autres planteurs faisant la même chose que lui, « pour des échanges d’idées et de connaissances et, aussi, pour planifier au mieux nos cultures ». Et d’ajouter : « De cette façon, nous aurons une plus grande variété de légumes à offrir aux consommateurs. »
Débuts difficiles
Comme pour toute nouvelle entreprise, les débuts de Farm Basket sont difficiles. « Il nous faut persévérer. C’est un “learning process” avant tout, car ce n’était pas mon domaine. Mais ça va, on arrive à joindre les deux bouts », avance Ravi Rambujoo. Le plus difficile pour lui, c’est de faire face au climat. « D’un coup les grosses pluies et les cultures sont détruites et nous perdons nos investissements. Comment y faire face ? » s’interroge Ravi Rambujoo. Les insectes et les animaux constituent d’autres nuisances, « surtout les lièvres, qui dévorent nos haricots ».
Néanmoins, Ravi Rambujoo voit une lueur d’espoir dans les initiatives du gouvernement visant à encourager le “bio-farming” et qui propose en ce sens diverses mesures, dont des subventions sur l’achat d’équipements agricoles et, même, des caméras CCTV pour surveiller les plantations. Selon Ravi Rambujoo, le gouvernement « fait beaucoup de choses positives » en faveur du “bio-farming”. « Now, it’s a good time to do it puisqu’on a le soutien du gouvernement. Plus les planteurs s’adonneront à cette nouvelle pratique agricole, mieux ce sera pour la santé des Mauriciens. »
Ravi Rambujoo dit être entré dans l’agriculture « out of passion pour les légumes sans produits chimiques », étant lui-même végétarien. « Je veux développer mon entreprise, d’autant que la demande pour les légumes sains est là. Mais il faut du temps, il faut lutter, il faut apprendre », conclut-il.