José Thérèse, saxophoniste et fondateur de l’Atelier Mo’Zar s’en est allé en novembre dernier. Deux mois après son décès, les autres bénévoles de cette école de musique de Roche-Bois continuent d’oeuvrer pour offrir aux jeunes issus de milieux défavorisés un futur meilleur en leur transmettant leur savoir-faire et leur amour de la musique. Par ailleurs, d’ici à deux semaines, les élèves de l’espace artistique qui fête le 2 février ses 19 ans, poursuivront leur apprentissage dans une structure nouvellement sortie de terre et composée de six salles de classes.
Les cours à l’espace artistique Mo’Zar ont repris mercredi. Il est 16 heures. Une vingtaine de jeunes âgés de 12 à 20 ans investissent peu à peu l’étage de l’ancien domicile de feu José Thérèse à Roche-Bois. En attendant leur professeur, le trompettiste Philippe Thomas (Après le décès de José Thérèse, Philippe Thomas s’est vu confier la direction des cours) qui ne tardera pas à arriver, les élèves, dont certains toujours en uniforme, gagnent les pièces de répétition avant de déballer les instruments mis ici à leur disposition. Dans cette vieille maison aux murs sans parure, plafonds fissurés et rares meubles abîmés, les instruments — même ceux qui doivent être réparés — prennent des allures de mobilier. Sur la terrasse, quelques élèves, contemplent la pluie qui tombe, tout en se morfondant de l’arrivée de leur professeur.
Ces jeunes qui fréquentent l’espace artistique Mo’Zar sont ceux qui ont décidé de consacrer leur temps libre à l’apprentissage de la musique. Aussitôt rentrée chez elle après l’école, Otavia Francis, 16 ans, joueuse de flûte traversière, a enfilé une autre tenue pour se précipiter à son cours de musique. «En ce moment, nous répétons pour le concert du 31 janvier qui se tiendra au Morne dans le cadre de l’abolition de l’esclavage». Cette étudiante en forme 4 fait partie des élèves entrés à l’atelier il y a quelques années. «J’ai toujours aimé la musique. Plus tard, j’aimerais être musicienne», nous dit la Rocheboisienne.
L’atelier Mo’Zar a été créé le 2 février 1996 pour les enfants issus des régions défavorisés, dont des recalés du CPE. Dix-neuf ans plus tard, ce sont aussi des élèves du secondaire et du tertiaire qui s’y sont inscrits. Yannick Louise, 19 ans, est un étudiant à l’UTM (Université de Technologie de Maurice). Comme les autres élèves, cet habitant de Pointe-aux-Piments se rend aux cours trois fois la semaine. «J’ai d’abord appris la flûte, puis j’ai voulu essayer le saxophone. Car, comme mon père, René Louise, vocaliste jazz, je joue aussi dans les hôtels. Bien que j’étudie le Management pour trouver un emploi stable, je continuerai, durant mon temps libre, à jouer dans des hôtels». Ce voeu de faire carrière dans la musique est aussi celui de beaucoup d’entre eux. Comme le plus jeune, Jazzy Christophe, 12 ans et habitant Batterie Cassée. Quant à Fabien Alexandre, 16 ans et habitant Grand-Baie, il ne sait pas encore s’il embrassera une carrière dans la musique. En tout cas, il travaille d’arrache-pied pour se perfectionner au saxophone. «La musique, c’est un petit plus dans ma vie», dit celui qui suit des cours depuis quatre ans maintenant. À l’issue de ce parcours, il est considéré comme ayant un bon niveau. Selon lui, son mentor José Thérèse y est pour beaucoup. «Il m’a transmis son goût pour la musique. J’ai eu de la chance, j’ai beaucoup appris de lui».