Stina Bécherel et Annicka Spangenberg proposent un voyage dans leurs fantasmes, leurs bonheurs et leurs frayeurs. La mère Stina continue de créer et de composer des images où espace et personnages semblent émerger des contes de Perrault ou de Tolkien et des décors des Mille et une nuits. Annicka la fille a une prédilection pour le travail à la plume et les motifs. Elle remplit l’espace et tranche dans le vif… D’où le titre de l’exposition, Splitter, à découvrir chez Imaaya.
Splitter est une exposition à quatre mains où l’enjeu consiste semble-t-il davantage à faire connaître le travail d’Annicka Spangenberg qu’à revoir les aquarelles de sa mère Stina Bécherel. Aussi peut-être la rupture se joue-t-elle non seulement dans le style ou le medium de prédilection, mais entre les générations, du métissage volontaire d’une mère suédoise venue vivre une autre vie sous les tropiques à celui inné d’une fille née ici qui est allée faire ses études dans les pays froids avant de cheminer ici.
Stina Bécherel vous dit tout net qu’elle peint de moins en moins et préfère depuis quelque temps la broderie. Attention, pas n’importe laquelle, une forme de broderie savante, faite de reliefs et de couleurs vives qui mêle les points dans des formes abstraites toutes en rondeur. Elle présente d’ailleurs chez Imaaya quelques spécimens de ces pièces ouvragées à regarder plutôt qu’utiliser ou vêtir. Le peintre s’est mis aussi à la mosaïque ces dernières années au pays natal en Suède où elle a longuement séjourné. Ce qui ne l’empêche pas de présenter une quinzaine de pièces à la galerie de Pointe-aux-Canonniers.
Les travaux qu’elle présente cette fois-ci ont d’ailleurs perdu la note tropicale qu’elle a su si bien entrecroiser à son propre imaginaire en recréant des espaces mi-aquatiques, mi-végétaux où les êtres semblent aux prises avec les éléments. Cette grande illustratrice qui semble savoir manier les pinceaux les plus fins à l’aquarelle présente cette fois des personnages associés au bestiaire symbolique, qui répondent en contrepoint aux hommes oiseaux qu’Annicka exécute dans un tout autre trait.
Certains décors de Stina Bécherel prennent ici le tour des miroitements et courbes de quelque architecture persane d’où pourrait émerger une Shéhérazade en quête de liberté. Aussi est-il frappant de constater que certains de ces décors ne suggèrent des formes humaines que de manière très évanescente et partielle, comme fondus et happés par une force sidérale. Là où des personnages apparaissent ostensiblement comme sujet du tableau, ils se dissocient de tout réalisme par leur attitude et parfois aussi par leur tête devenue animalière…
Chez Annicka Spangenberg, la composition est délimitée au trait et chaque espace rempli d’une multitude de motifs dans un agencement en mosaïque. Des visages se mêlent aux symboles, des silhouettes semblent se dématérialiser, des corps oublient les lois de la pesanteur. Beaucoup de ces travaux sont bicolores, jouant du contraste entre le travail à l’encre de Chine et celui de la couleur. L’humour, parfois grinçant, et les questionnements philosophiques sur la condition de l’individu s’opposent à d’autres travaux qui semblent alors relever davantage d’univers oniriques et majestueux où l’oiseau — et son masque — occupe d’ailleurs une place de prédilection. La minutie du trait et les compositions déstructurées font le charme de ces compositions à découvrir pas à pas. Si elle a toujours bricolé et dessiné depuis l’enfance, Annicka Spangenberg travaille actuellement comme freelance dans le stylisme, notamment avec Emilien Jubeau. Elle a aussi été monitrice de plongée pendant plusieurs années.