• Certains ne veulent pas retourner dans la zone franche et d’autres veulent rentrer chez eux, mais il n’y a pas d’argent pour leurs billets d’avion
  • L’ambassadrice du Bangladesh, Rezina Ahmed, sur le terrain hier pour régler « des problèmes de communication »
  • Délai jusqu’au 31 mars pour libérer les dortoirs du Happy Village

Réunion de crise à Union Flacq hier après-midi. L’ambassadrice du Bangladesh, Rezina Ahmed, les Receiver Managers Afsar Ebrahim et Georges Chung, le syndicaliste Feyzal Ally Beegun ainsi que des employeurs potentiels sont venus à la rencontre des Bangladais licenciés de Palmar Ltd du groupe Thierry Lagesse. Ils étaient des centaines entourant l’ambassadrice en vue de faire entendre leur voix. Trois semaines après la fermeture des usines du Palmar Group, la majorité d’entre eux n’ont pas encore été redéployés. Ce n’est pas faute d’avoir essayé. Le ministère du Travail et la Mauritius Export Association (MEXA) y travaillent depuis la fermeture des usines.

Selon les informations glanées sur place, beaucoup ne veulent plus retourner dans la zone franche ou, encore, ne sont pas satisfaits des conditions des nouveaux employeurs. « Nous voulons travailler dans les supermarchés. Nous avons des compatriotes qui travaillaient dans d’autres usines et qui sont déjà chez Intermart, chez Super U… » disent quelques hommes. D’autres encore veulent aller travailler dans des plantations ou sur des chantiers de construction. Il faut dire que depuis la fermeture de l’usine, les Bangladais reçoivent régulièrement la visite d’employeurs potentiels, venus chercher de la main-d’œuvre étrangère. « Cela ressemble à un marché aux esclaves. Même un marchand de kebab de Port-Louis est venu faire son choix », commente le syndicaliste Feyzal Ally Beegun.

L’ambassadrice Rezina Ahmed tente tant bien que mal de faire entendre raison à ses compatriotes. Même si les discussions sont animées par moments, elle finit par s’imposer. « Si vous êtes venus ici pour travailler dans la zone franche, vous ne pouvez aller travailler dans un autre secteur. La loi est ainsi, il faut vous y plier », explique-t-elle. Les licenciés, eux, exigent de retrouver les mêmes conditions que chez le Palmar Group. « Avec nos heures supplémentaires, nous touchions jusqu’à Rs 12 000 par mois. Mais il y a des usines qui veulent nous recruter, où nous nous retrouvons avec Rs 7 000 seulement. » Ce chiffre exclut l’hébergement et la nourriture du salaire minimum.

D’autres encore ont travaillé dans un département spécifique comme la teinturerie et n’ont pas les connaissances pour travailler dans un autre département. Des femmes ayant travaillé comme machinistes pour la confection de t-shirts disent avoir des difficultés à travailler avec le denim dans une autre usine, où elles ont fait des essais. D’autres licenciés encore veulent tout simplement rentrer chez eux. Mais qui couvrira les frais des billets ? Les Receiver Managers ont, eux, fait comprendre qu’ils n’avaient pas les moyens nécessaires pour cela. Déjà, ils s’occupent de la nourriture des 350 Bangladais et des 50 Malgaches depuis la fermeture de l’usine. Responsabilité qui prendra fin au 31 mars. Déjà, à cette date, ils devront rendre les dortoirs à la compagnie sucrière Alteo. Dans un tel cas, apprenons-nous, c’est le bureau du Premier ministre qui doit prendre en charge le rapatriement. Feyzal Ally Beegun rappelle que, par le passé, les employeurs devaient verser une garantie bancaire, laquelle servait pour ce genre de problème. « Mais Shakeel Mohamed a annulé cette obligation quand il était ministre du Travail. »

S’expliquant sur cette situation, Rezina Ahmed dit avoir fait le déplacement pour régler les petits « problèmes de communication ». Elle ajoute que les travailleurs bangladais n’étaient pas au courant qu’ils ne pouvaient changer de secteur. De même, elle affirme que tout sera fait pour que chacun soit redéployé selon ses capacités dans son département respectif. « Il y a également 25 personnes qui veulent rentrer au Bangladesh. Soit pour des raisons familiales, soit parce qu’elles sont presque à la fin de leur contrat. »

À l’issue de la rencontre d’hier, les différents représentants des usines intéressées par de la main-d’œuvre bangladaise avaient déjà fait leurs offres. L’usine Denim propose ainsi de reprendre 100 ouvriers, Universal Fabrics et Kline Textiles, 30, Real Garments, 41, et VS Textiles, 10. Il reste maintenant à savoir si les travailleurs concernés se rendront bien dans ces usines car, jusqu’ici, ils n’avaient pas montré grand intérêt. Toutefois, s’ils ne libèrent pas les dortoirs d’Union Flacq au 31 mars, les autorités n’auront d’autre choix que d’avoir recours à la police. Pour ce qui est des 50 Malgaches, les procédures pour leur redéploiement sont en cours. « Il n’y a pas de problème à leur niveau », fait-on comprendre.

Du Happy Village aux « dortoirs de la honte »

Les camps sucriers d’Union Flacq, où résident aujourd’hui les ouvriers étrangers, en majorité des Bangladais, ont été critiqués par le passé en raison de leurs conditions insalubres. Dans chaque maison, il y a trois chambres à coucher et, dans chaque chambre, on retrouve trois à quatre personnes avec, en plus… des bobonnes de gaz et autres équipements pour faire la cuisine. Pourtant, ce qui était auparavant le hall du village pour des activités diverses a été converti en cantine. Des cuisiniers ont été spécialement recrutés pour la gérer.

Les conditions d’hygiène laissent à désirer et il paraît que les maisons suintent en période de pluies. Autant de raisons qui ont amené le syndicaliste Feyzal Ally Beegun à qualifier ces maisons de « dortoirs de la honte ». L’ex-ministre du Travail Shakeel Mohamed avait même fait une visite des lieux par le passé. 

Pourtant, ce quartier connu comme le “Happy Village”, a bien accueilli des Mauriciens par le passé. Des travailleurs de la sucrerie de Fuel (devenue Alteo) y ont vécu pendant toute leur carrière avec leurs familles. Nostalgiques, ceux-ci parlent aujourd’hui d’une dégradation des lieux. « Le Happy Village n’est plus ce qu’il était. On critique l’état des maisons, mais nous y avons bien vécu pendant des décennies. C’est plutôt une question d’entretien. Quand nous étions là, les maisons étaient repeintes, le gazon tondu, les cours embellies… Si nous y avons vécu, les travailleurs étrangers peuvent aussi y vivre, mais il faut les entretenir. » 

Mise à part l’état des lieux, certains problèmes de mœurs sont également déplorés. « Les hommes et les femmes cohabitent dans ce lieu. D’autres reçoivent la visite de leurs compatriotes féminines pendant le week-end… La situation est incontrôlable », commente une source proche du dossier.