Fresh Up Ltd, sise à Grand-Bois, est une petite entreprise familiale spécialisée dans la culture de légumes bio. Son propriétaire est un jeune homme de 22 ans, ayant choisi de quitter le domaine de l’enseignement académique pour devenir entrepreneur, et ce dans le domaine agricole. Pourtant, c’est un domaine qui n’attire pas beaucoup les jeunes. Mais Ashraf Kaleem Ozeer est confiant qu’il peut entamer une carrière réussie dans ce secteur. Rencontre avec ce jeune entrepreneur vert.

Ashraf est maraîcher biologique dans un village au sud du pays. À 22 ans seulement, il est chef d’entreprise et propose des légumes biologiques de saison selon des principes agro-écologiques. Il a décidé de relever le défi pour répondre aux enjeux économiques, sociaux et environnementaux. Ashraf est issu d’une famille très modeste. Son père exerçait comme laboureur alors que sa mère était femme au foyer. « Nous étions l’une des familles qui devaient travailler le matin pour avoir de quoi manger le soir. Mes parents avaient à leur charge trois enfants. J’étais élève au collège Aleemiah, à Phoenix, mais j’ai choisi d’abandonner les études après la Form III car je voulais soutenir ma famille sur le plan financier », raconte Ashraf.

Dans un premier temps, le jeune homme s’inscrit à des formations pour devenir chef religieux. Mais il abandonne à mi-chemin. Il prend alors de l’emploi comme vendeur dans une grande entreprise produisant des boissons gazeuses. « Je n’avais alors que 17 ans. En parallèle avec mon emploi, je suivais des cours afin de compléter mes études académiques. J’ai aussi suivi des cours à temps partiel à l’Université de Maurice en vue d’obtenir un diplôme. J’ai travaillé pendant quatre ans et demi pour le compte de cette entreprise. Puis, je me suis dit qu’il était temps que je fasse quelque chose de plus sérieux », dit-il. Avec un diplôme en langue ourdou, Ashraf se lance à la recherche d’un emploi dans l’enseignement. Mais il réalise très vite que la liste des enseignants en attente est trop longue et qu’il aura peut-être à attendre très longtemps avant de pouvoir décrocher un emploi comme enseignant dans un collège.

C’est ainsi qu’il prend la décision de se lancer à son propre compte. Ashraf démarre une étude sur le marché local pour mieux comprendre ce qui est en demande. « Issu d’une famille de laboureur et de planteur, je voulais pratiquer un métier en ligne avec celui de mon père. Je voulais apporter des innovations à ce qu’il faisait déjà. Donc, la culture de légumes bio m’a semblé une idée géniale. Le sondage que j’ai effectué sur le marché à l’époque démontrait que Maurice est très en retard dans ce domaine. Très peu de gens faisaient de la culture bio, surtout les jeunes, et je voulais relever ce défi », indique Ashraf.

Le jeune entrepreneur explique d’emblée qu’il a puisé son inspiration des pays étrangers où les jeunes se lancent dans un métier traditionnel mais soutenu par la technologie. Pourquoi la culture bio ? Ashraf explique qu’à Maurice, les planteurs ont tendance à utiliser beaucoup de produits chimiques dans les plantes et légumes, ce qui peut être nuisible à la santé des consommateurs. « Quand je me suis lancé dans le métier, mon objectif n’était pas seulement de produire des légumes bio et sains mais aussi de sensibiliser les consommateurs sur l’importance de consommer des légumes sains, sans produits chimiques. Mais d’autre part, je comprends que les légumes bio ne sont pas facilement accessibles aux consommateurs et, s’ils sont disponibles, ils sont chers. Les consommateurs de la classe pauvre et moyenne ne peuvent se permettre d’acheter des légumes bio tous les jours. Mon plan était de produire ces légumes pour ces consommateurs », fait-il ressortir.

Il n’était pas difficile pour Ashraf de relever le défi. Le jeune entrepreneur relate qu’il assistait son père dans les champs depuis qu’il est petit. « J’ai grandi en observant mon père dans les champs. De plus, mes frères et moi avions l’habitude de l’aider, notamment à préparer la terre, à semer des graines et à cultiver des plantes. Donc, il n’y avait rien de nouveau dans ce que je faisais. Il fallait juste que je sache utiliser la technologie en parallèle », précise-t-il.

Pour un début, Ashraf installe un système aquaponique sur le toit de sa maison de 15 mètres par 13 mètres où il fait pousser des laitues bio. Le système, malgré sa petite dimension, me permet de cultiver entre 5 000 et 7 000 laitues par mois et j’en produis 12 variétés. Dans un premier temps, Ashraf ne cultivait que des laitues, car il devait aussi assurer sa place sur le marché. Désormais, il cultive aussi des tomates, des poivrons, des concombres et d’autres légumes en grande demande.

Avec ses économies, Ashraf a fait l’acquisition des terres. Il a alors étendu sa culture aquaponique sur une partie de ses terrains et envisage de se lancer à grande échelle à partir de l’année prochaine. « J’envisage de lancer un système aquaponique sur une superficie d’un arpent l’année prochaine. Ainsi, je pourrai cibler un plus grand nombre de consommateurs. Toutefois, j’aimerais pouvoir entamer une étude avant de me lancer, car il est important de savoir ce que le marché réclame. On ne peut prendre le risque de cultiver des légumes qui ne sont pas en demande sur le marché », dit-il.

Pour le moment, le plus gros client d’Ashraf demeure Noordally Shipping. « Il prend des légumes en grande quantité. Mais je livre aussi à des cliniques et des petites entreprises spécialisées dans la restauration et livraison à domicile. Je cible aussi les hôtels qui favorisent la consommation de légumes bio », indique Ashraf. Et d’ajouter qu’à ce stade, il travaille seul, mais avec le soutien de sa famille. L’année prochaine, avec l’agrandissement de son entreprise, il projette de proposer de l’emploi à quelques personnes.

Pour finir, Ashraf dit « ne pas regretter » son choix de se lancer dans un domaine « rejeté » par les jeunes en général. « Quand on parle d’agriculture, ce qui vient dans la tête des jeunes, c’est de se salir les mains dans la boue. Or, ce n’est pas du tout le cas. Le système aquaponique est un système d’agriculture moderne et automatisée. Non seulement c’est un système qui a modernisé le secteur agricole, mais il est aussi facile à maîtriser. Il faut tout simplement régler le système et, tous les matins, à mon réveil je nourris mes poissons. Puis, je vérifie mes légumes un par un pour enlever les feuilles mortes. Ensuite, je dois analyser l’eau pour vérifier ses substances et je suis tranquille pour le reste de la journée. Je me concentre sur la livraison et les clients », soutient le jeune entrepreneur.

Son plus grand rêve, outre agrandir son entreprise, c’est d’ouvrir une école où il pourra enseigner le système aquaponique. « Je pense que les jeunes hésitent à se lancer dans ce domaine en raison d’un manque de sensibilisation et de formation. J’aspire à ouvrir une école où je pourrais enseigner les techniques de la culture aquaponique aux jeunes comme aux plus âgés. Dans ce sens, je pourrais motiver plus de jeunes à se lancer dans le domaine », conclut-il.